La coordination et les partenariats sont vitaux pour permettre une réponse rapide et effective face aux crises, notamment aux conflits, aux catastrophes et aux maladies.
Alors que les représentants du Mouvement tout entier se préparent à examiner ces questions urgentes avec les gouvernements et les organisations internationales, le directeur des opérations du CICR, Pierre Krähenbühl, présente son point de vue sur les raisons qui rendent la coopération si précieuse.
Le thème de la XXXe Conférence internationale est «Ensemble pour l'humanité» D'après votre expérience, quelles sont les raisons pour lesquelles les partenariats revêtent une importance primordiale dans le travail humanitaire ?
Pierre Krähenbühl : Il n'existe pas une seule zone de conflit dans le monde dans laquelle un acteur puisse tout seul couvrir les besoins des populations touchées. Nous sommes conscients des limites de ce que nous pouvons réaliser individuellement et nous savons qu'il nous faut travailler en coopération avec d'autres pour tirer pleinement profit de toutes nos possibilités.
La République démocratique du Congo en est un très bon exemple. Ce pays est environ de la taille de l'Europe continentale, les villages sont donc très isolés. Lorsque les enfants sont séparés de leur famille en raison du conflit, il peut se passer des semaines voire des années avant que le CICR ne réussisse à les identifier. Une fois que le CICR a localisé un enfant, la Croix-Rouge de la République démocratique du Congo le suit jusqu'à ce que la famille soit réunie.
Il arrive que le personnel et les volontaires soient obligés de se déplacer à pied, à bicyclette ou par tout autre moyen pour trouver la famille de l'enfant, souvent dans des zones reculées et hostiles. Si le CICR devait agir seul pour accomplir toute cette action, nous ne pourrions pas en venir à bout. De plus, la Société nationale de la Croix-Rouge a les compétences et les connaissances locales nécessaires pour opérer dans des communautés isolées. Elles seules ont accès à certaines régions, c'est pourquoi, si nous mettons en commun nos ressources et notre expérience, nous pouvons vraiment améliorer la situation. À mes yeux, c'est là que réside l'expression véritable du partenariat.
Des organisations telles que le CICR se trouvent confrontées à un nombre toujours plus grand de défis humanitaires, depuis le déplacement des populations jusqu'à la violence armée dans les grandes villes. Comment les partenariats du CICR au sein du Mouvement arrivent-ils à avoir un impact positif sur le règlement de ces problèmes ?
Les civils sont de plus en plus pris délibérément pour cibles dans les conflits. Ils sont aussi très directement touchés par les conséquences de la violence armée. Par exemple, les déplacements massifs de population ont un impact double : ils affectent les personnes qui s'enfuient et imposent un lourd fardeau à ceux qui le accueillent et les soutiennent.
L'Afghanistan, la Colombie et la Somalie sont de bons exemples de pays où nous travaillons en étroite coopération avec les Sociétés nationales hôtes comme premiers partenaires. Ces pays ont enduré des années de conflit et de déplacements massifs. Si nous n'avions pas collaboré avec les Sociétés nationales, notre action aurait été beaucoup plus difficile.
Il y a des actions que seules les Sociétés nationales peuvent mener à bien et il y a des domaines d'activité dans lesquels elles peuvent aller plus loin en raison de leur proximité avec les populations et de la manière dont elle sont perçues dans les communautés. Par ailleurs, à d'autres moments, une composante internationale du Mouvement, comme le CICR, peut avoir un meilleur accès à ces zones dans la mesure où elle est extérieure au pays et est perçue comme neutre. L'ensemble de ces deux approches nous permet d'atteindre beaucoup plus de personnes que nous ne pourrions le faire autrement.
Il importe également de reconnaître la valeur de la coopération entre les Sociétés nationales. Par exemple, au cours du conflit armé au Liban l'année dernière, la réponse de la Croix-Rouge libanaise a été vraiment excellente, mais de nombreuses Sociétés nationales partenaires étaient présentes dans la région et elles ont apporté un soutien précieux.
Le séisme en Asie du Sud en 2005 est un autre exemple de coopération positive du Mouvement. Le Croissant-Rouge du Pakistan, la Fédération internationale, le CICR et de nombreuses Sociétés nationales ont participé à la phase d'urgence et continuent aujourd'hui d'apporter leur aide à la reconstruction des zones touchées par le tremblement de terre. En mettant en commun nos ressources et nos connaissances, nous avons réussi à mener à bien une opération remarquable dans cette région si lointaine et dévastée.
Le CICR oeuvre également à la promotion des relations avec les parties prenantes extérieures au Mouvement, notamment les gouvernements et les institutions multilatérales. Quelle est l'importance de ces partenariats ?
En souscrivant au droit international humanitaire, les États ont donné au CICR pour mandat de protéger et d'assister les victimes de conflit.
Sur le plan opérationnel, le droit international humanitaire est la clef de voûte du CICR. En sa qualité de gardien de ce corpus de droit, le CICR maintient un dialogue régulier avec les États sur les moyens de le renforcer et de le promouvoir. Ce type de coopération avec les gouvernements est essentiel à toutes nos actions.
Sous un angle historique, nous avons reçu un soutien considérable de la part des États, notamment, par exemple, de l'aide dans des environnements complexes et lors de négociations difficiles, et aussi un soutien diplomatique pour obtenir l'accès aux détenus. La dimension financière existe, bien sûr, elle aussi. Sans les contributions volontaires des gouvernements et des organes multilatéraux tels que la Commission européenne, nous ne serions pas en mesure de mener notre action. Nous sommes également très reconnaissants que nos donateurs soient prêts à verser des contributions en faveur des crises négligées ou oubliées. La qualité du financement que nous recevons nous confère une grande indépendance et c'est là un autre aspect fondamental de notre façon de travailler.
Les tentatives de développement de partenariats sont-elles susceptibles de remettre en cause la position indépendante du CICR ?
Le CICR est, avant tout et surtout, une organisation humanitaire indépendante et neutre. Ces deux principes sont au coeur de notre action et ils sont essentiels si nous voulons accéder aux populations touchées par le conflit. Nous ne prenons tout simplement jamais parti.
Lorsque vous observez ce qui se passe au Soudan, en Irak, en Afghanistan, à Sri Lanka, en Somalie, en Israël et dans les territoires occupés, la nécessité d'avoir une organisation indépendante et impartiale est, à mes yeux, parfaitement claire. Le CICR est actif dans les endroits les plus dangereux au monde et où règne une tension extrême, notre présence compte donc vraiment pour les victimes de conflit.
Nous nous engageons dans des partenariats avec d'autres acteurs humanitaires, tels que Médecins sans frontières (MSF) et les organismes des Nations Unies. Les personnes ayant besoin d'être secourues peuvent aussi bénéficier de cette coopération pragmatique.
Tant que nos partenaires reconnaissent la teneur de notre action humanitaire neutre et indépendante, et tant qu'ils sont prêts à accepter les contraintes qui en découlent, je ne pense pas qu'il puisse y avoir quelque difficulté de coopération que ce soit. Il nous faut également penser à la manière dont nous serons perçus par les différentes parties au conflit. Aussi longtemps que nos actions sont comprises, les partenariats nous rendent généralement plus forts.