2-11-1999 Bulletin quotidien de la XXVIIe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, no. 2 Cérémonie d’ouverture de la Conférence internationale Une déclaration forte, dans l’esprit de l’humanité « Cette Conférence doit exprimer d’une voix forte ses préoccupations et sa solidarité, et adopter des moyens d’action pratiques et mesurables pour améliorer la mise en œuvre du droit international humanitaire, ainsi que pour rendre plus efficace l’action humanitaire en général et celle du Mouvement en particulier » a déclaré la princesse Margriet, présidente de la Commission permanente, dans son message d’introduction. Elle a ajouté: « La Déclaration est destinée à transmettre un message au monde entier, dans l’esprit du pouvoir de l’humanité, comme un défi lancé à chacun d’entre nous. Nous ne devons pas nous laisser submerger par l’immensité des problèmes auxquels nous sommes confrontés, mais plutôt œuvrer ensemble à la construction d’un avenir meilleur. La Déclaration est un appel lancé en commun afin que cessent les actes de barbarie et que le monde fasse preuve de plus d’humanité. Nous, membres du Mouvement, espérons que cette Conférence pourra adopter la Déclaration telle quelle. » La princes se a conclu son discours en expliquant que le Plan d’action pour la Conférence internationale est un document de large portée et qu’il renferme une réflexion sur l’étendue de l’action du Mouvement et la coopération avec les gouvernements. L’engagement humanitaire Au cours de son exposé, la présidente de la Fédération, Astrid Heiberg, a évoqué le thème des catastrophes naturelles et de la préparation qui s’impose, indiquant que : « Si la guerre fait d’innombrables victimes, la nature peut se montrer plus cruelle encore. » Elle a ajouté que lorsqu’une catastrophe naturelle se produit, les plus durement touchées sont les personnes les plus vulnérables. Plus de 90% des décès causés par des catastrophes naturelles se produisent dans des pays en développement et les pertes économiques y sont, proportionnellement, vingt fois plus élevées que dans les pays développés. Le Dr Heiberg a invité à mettre davantage l’accent sur la préparation aux catastrophes et a exhorté les gouvernements à s’associer au Mouvement dans le cadre d’un partenariat pour la préparation. « Ensemble, nous pouvons prévenir bien des détresses. Nous ne cessons de dire que nous voulons changer l’existence des personnes vulnérables. Or, cela est réalisable; toute la gageure est là. Prendre cet engagement humanitaire, nous le pouvons. Faisons-le donc sans plus tarder.» Évoquant le passé, le président du CICR, Cornelio Sommaruga a fait allusion à la fin de la guerre froide qui a « déchaîné des haines et des tensions qui ont atteint leur paroxysme dans des conflits d’une exceptionnelle violence, en particulier dans les Balkans, le Caucase et l’Asie centrale. » M. Sommaruga a également fait allusion à l’adoption de la Convention d’Ottawa, aux préoccupations que suscitent le commerce des armes légères et l’exode de victimes innocentes prises dans la tourmente de la guerre. « Il faut replacer l’Homme et le respect de la dignité humaine au centre de la réflexion et de la prise de décision politique, car les hommes et les femmes demeurent le principal souci des États et de la communauté internationale. Le président a conclu par ses mots « les victimes de la guerre ont mis leurs espoirs en nous, sachons répondre à leurs attentes. » « Tout au long de son histoire, le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a fixé les normes de l’action humanitaire dans le monde. Vous avez inspiré la communauté des nations et vous avez été un indispensable partenaire des Nations Unies, a déclaré Louise Frechette, secrétaire générale adjointe de l’Organisation des Nations Unies, au début de son vibrant discours. Mme Frechette s’est référée au 50e anniversaire des Conventions de Genève : en cette année anniversaire, la dernière de la dernière décennie d’un siècle de guerres, de génocides et d’immenses souffrances, nous ne pouvons pas dire que les Conventions soient universellement respectées. Nous ne pouvons pas dire non plus qu’au cours des conflits qui ont marqué la dernière décennie, la population ait été épargnée, » a-t-elle ajouté. « Au cours des années 90, les civils sont devenus la véritable cible des opérations militaires menées dans le cadre des campagnes de génocide et d’épuration ethnique.» Elle a cité le rapport d u Conseil de sécurité sur la Protection des civils dans les conflits armés et la Cour pénale internationale avant de conclure par ces mots : « Puisse cette dernière Conférence internationale de notre Mouvement pour le XXe siècle, être pour nous tous une source d’inspiration pour le XXIe siècle. » Le partenariat, l’évolution de la nature des conflits et la protection des agents humanitaires: tels furent les thèmes choisis par les trois orateurs invités. Gro Harlem Brundtland, directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé, a déclaré: «Dans de nombreux domaines, le partenariat est aujourd’hui la clé du succès. Nous avons le devoir de tout faire pour mieux collaborer à l’avenir, afin d’aller vers de nouvelles réussites». Carol Bellamy, directrice générale de l’UNICEF, a souligné que voici quatre ans, son organisation collaborait avec des partenaires dans tout juste 15 situations de conflit, et que ce chiffre était maintenant plus de trois fois supérieur. «Dans chacun de ces cas, a-t-elle expliqué, il s’agit de situations qui menacent gravement la vie et le bien-être des femmes et des enfants, ainsi que l’avenir des sociétés mêmes dans lesquelles ils vivent.» Catherine Bertini, directeur exécutif du Programme alimentaire mondial, a elle aussi insisté sur les violences impitoyables dont les femmes et les enfants font l’objet en temps de guerre. «Ce sont les hommes qui font la guerre; les femmes et les enfants pâtissent des conséquences», a-t-elle déclaré. Madame Bertini s’est félicitée de l’importance accordée par la Conférence à la question du respect par les parties à un conflit armé de leur obligation de protéger la population civile, tout en déplorant l’apparition d’une nouvelle catégorie de victimes: les agents humanitaires. Elle a proposé l’adoption d’un protocole facultatif à la Convention de 1994 sur la sécurité du personnel des Nations Unies et du personnel associé, tout en ajoutant qu’une ratification rapide du Statut de Rome sur une Cour pénale internationale était une nécessité absolue. «Nous estimons que l’entrée en vigueur effective de ce traité exercera un effet dissuasif de poids sur les attaques lancées contre le personnel humanitaire.» À l’écoute des voix de la guerre Écouter les personnes qui ont vu et vécu les pires effets de la guerre pour découvrir comment mieux protéger les populations en temps de conflit: telle était l’idée maîtresse du projet Les voix de la guerre, dont les résultats ont été présentés à la Conférence internationale par le directeur du Département du droit international et de la communication du CICR, Yves Sandoz. «Essayer de transmettre le point de vue des personnes touchées par la guerre était un projet à la fois ambitieux et risqué, a-t-il expliqué, mais le CICR n’en a pas moins décidé de tenter l’aventure. Je saisis aujourd’hui cette occasion pour remercier tous ceux qui ont pris part à ce projet d’y avoir consacré tant de labeur et d’enthousiasme.» Ce sont, au total, plus de 20000 personnes – civils et combattants – que l’on a interrogées pour recueillir leur opinion sur les règles fondamentales qui devraient être appliquées en temps de guerre et sur les raisons pour lesquelles ces règles sont si souvent violées. Le CICR et la société Greenberg Research Inc., spécialisée dans les sondages d’opinion, ont recouru à des centaines de questionnaires, de groupes de discussion approfondie et d’entretiens individuels, avec le concours de volontaires de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge dans 17 pays. Les participants ont été choisis en fonction de critères bien définis, les débats et discussions se sont déroulés conformément à des directives strictes, et l’ensemble du matériel a été traduit et enregistré pour qu’il soit possible de s’y référer à l’avenir. M.Sandoz a présenté un résumé des résultats les plus marquants du projet, expliquant qu’une analyse plus détaillée serait réalisée à une date ultérieure. «Ce sondage est un outil très précieux, a-t-il déclaré, et donne des renseignements utiles sur la manière dont nous pouvons mieux faire comprendre le droit humanitaire et ses principes.» Une majorité écrasante des personnes interrogées– entre 87 et 98%– sont d’avis que dans les situations de guerre, les civils ne devraient pas faire l’objet d’attaques. L’étude montre que beaucoup savent qu’il existe des règles à ce sujet, mais aussi qu’il est très difficile de les faire appliquer. Ainsi, 26% de ceux qui ont répondu ont déclaré que les combattants attaquent les civils «parce qu’ils se moquent des lois». De grands progrès ont été faits récemment dans la mise en œuvre du droit humanitaire, mais une loi n’est efficace que si les violations sont réprimées. Près de 60% des personnes interrogées dans des pays en guerre estiment que les criminels de guerre devraient être punis. «Si ces gens-là ne sont pas jugés et punis, a dit l’une d’elles, ils n’hésiteront pas à recommencer.» Les résultats de cette consultation sur «Les voix de la guerre» devraient non seulement donner une nouvelle vigueur au débat humanitaire qui se déroule sur la scène internationale à l'aube d’un nouveau siècle, mais ils devraient également permettre au CICR d'être plus efficace dans l'action qu'il mène pour promouvoir et faire accepter les règles de la guerre. C'est en écoutant ces gens que l'on trouvera le moyen de faire admettre que même la guerre a des limites et que l'on pourra de ce fait mieux protéger les populations civiles. Les engagements à ce jour Pendant la première séance plénière de la Conférence, le président, le Dr Gabr, a annoncé qu’à titre exceptionnel, deux engagements, l’un émanant d’un gouvernement et l’autre d’une Société nationale, seraient présentés durant la séance. Tarja Halonen, présidente du Conseil de l’Union européenne et ministre finlandaise des affaires étrangères, s’est engagée, au nom de tous les États membres de l’UE, à lutter contre l’accumulation et la prolifération déstabilisatrices des armes légères et des armes portatives. Elle a également promis de continuer à appuyer à un niveau élevé l’action humanitaire contre les mines. S.A.R. la princesse Maha Chakri Sirindhorn de Thaïlande s’est engagée, au nom de la Croix-Rouge thaïlandaise, a développer les projets mis en œuvre dans le domaine de la santé, à créer un centre d’intervention en cas de catastrophe, à intensifier les activités de sensibilisation et à inciter le gouvernement de son pays à adhérer au Protocole additionnel I de 1977. Pendant la journée d’hier, les engagements suivants ont été présentés: Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge : Albanie, Australie, Belgique, Chili, Danemark, Espagne, États-Unis, France, Indonésie, Italie, Kirghizistan, Luxembourg, Pays-Bas, République dominicaine, Sao Tomé-et-Principe, Tadjikistan, Thaïlande, Turkménistan Gouvernements : Autriche, Danemark, Éthiopie, Finlande, Grèce, Luxembourg, Mozambique, Niger, République dominicaine, Union européeenne (représentant les États membres) Observateur : Croissant-Rouge et Croix-Rouge du Kazakhstan À ce jour, 134 Sociétés nationales, 13 gouvernements et cinq observateurs ont déposé des engagements. Présentation d’un ouvrage Après avoir procédé à une analyse approfondie avec des experts militaires de tous les continents, le CICR a publié un Manuel type de droit des conflits armés pour forces armées. L’auteur présentera cet ouvrage demain à 13h00 dans le hall du bâtiment de l’AELE (en face du CICG). « Uomini Contro » Le CICR convie les participants à une rétrospective de films de guerre intitulée « Uomini Contro », qui sera présentée par le réalisateur, Francesco Rosi. La projection, qui aura lieu ce soir à 19h30 à l’auditorium Arditi-Wilsdorf, 1, avenue du Mail (Genève), sera suivie d’un débat sur « le cinéma et les Conventions de Genève ». Les ateliers d’aujourd’hui Travailler en partenariat : appui des gouvernements au Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge - à partir de 17h00 à la salle A, bâtiment de l’AELE L’atelier examinera des partenariats stratégiques en vue de mettre en place un système permettant de renforcer la cohésion et la cohérence des programmes du Mouvement et de relever un défi difficile : améliorer le dialogue avec les gouvernements donateurs. La prolifération des armes portatives : un défi humanitaire - à partir de 17h00 à la salle B1 bâtiment de l’UIT L’atelier portera sur la prolifération des armes portatives et des armes légères et sur les violations à grande échelle des droits de l’homme et du droit international humanitaire qu’entraîne cette prolifération. Il mettra en lumière la nécessité pour les États de contrôler rigoureusement la circulation des armes portatives et des armes légères, ainsi que le rôle du Mouvement dans la sensibilisation aux conséquences humanitaires.
Astuce santé du jour Devrez-vous faire un long voyage et traverser plusieurs fuseaux horaires pour rentrer chez vous une fois la Conférence terminée ? Vous pouvez vous préparer à réduire les effets du décalage horaire. Deux ou trois jours avant le vol du retour, commencez à modifier vos heures de repas et de coucher. Le responsable des programmes de premiers secours à la Fédération, Eric Bernes, peut vous faire un plan sur mesure. Il suffit pour cela de vous rendre à l’infirmerie (derrière le bar à café) et de répondre à trois questions : Combien d’heures de décalage y-a-t-il entre Genève et votre pays ? À quelle heure vous levez-vous habituellement ? Allez-vous vers l’est ou l’ouest ? Vous recevrez alors un plan personnalisé qui vous aidera à arriver chez vous au mieux de votre forme. Bon voyage ! Ce bulletin n’est diffusé qu’à titre d’information. Il ne constitue pas un compte rendu officiel. |