XXVIe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
Genève, 3-7 décembre 1995
La XXVIe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge s'est tenue à Genève du 3 au 7 décembre 1995. Organisée conjointement et ce, pour la première fois par le CICR et la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, la Conférence a accueilli quelque 1200 délégués représentant 143 Etats parties aux Conventions de Genève et 166 Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, le CICR, la Fédération ainsi que 68 institutions gouvernementales et non gouvernementales et Sociétés nationales en formation siégeant à titre d'observateurs.
La Conférence avait été précédée de diverses réunions du Mouvement, dont le Conseil exécutif et la Xe session de l'Assemblée générale de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et la session du Conseil des Délégués (1er et 2 décembre 1995).
La Cérémonie d'ouverture
(3 décembre 1995)
Un impressionnant diaporama en multivision sur les victimes des fléaux intitulé «Etats des lieux» a ouvert la cérémonie d'ouverture avant que, en sa qualité de président de la Commission permanente de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, le prince Botho von Sayn-Wittgenstein-Hohenstein ait souhaité la bienvenue aux participants et lancé un appel aux gouvernements pour qu'ils facilitent l'accomplissement des tâches du Mouvement, qu'ils appuient constamment ses efforts afin de renforcer l'aide humanitaire et l'assistance sociale. Il en a finalement appelé à l'union de tous pour honorer l'obligation du Mouvement de contrer la violence et l'oppression et de sauvegarder le respect de la vie humaine, la santé et la dignité de chaque individu.
Le président du CICR, M. Cornelio Sommaruga, a rappelé ce que la Conférence internationale avait apporté au Mouvement depuis plus d'un siècle: «Elle a été le creuset profond de l'élaboration du droit humanitaire», a-t-il déclaré notamment «elle a donné au Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge sa force et sa raison d'être elle lui a permis d'affirmer sa cohésion dans la diversité de Sociétés nationales unies par des principes communs d'humanité, d'impartialité et d'indépendance. Par les résolutions adoptées, cette Conférence a fait progressivement émerger une conscience humanitaire universelle dont nul ne peut, aujourd'hui surtout, nier les exigences. Enfin, réunissant côte à côte les Etats parties aux Conventions de Genève et les composantes du Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, cette Conférence est aussi l'expression d'une conception moderne de la communauté internationale où la société civile peut faire entendre sa voix»(...). «Il nous appartient en cette période de troubles et de violences, et c'est une responsabilité grave, de rendre efficace ce dialogue en faveur de toutes ces victimes. Pour cela, il nous faut, dans cette enceinte, nous élever bien au-dessus des querelles, différends politiques et intérêts égoïstes pour retrouver ensemble la volonté et les moyens de faire respecter dans tous les conflits ces valeurs de compassion, de tolérance et de respect de la personne humaine qui sont l'esprit du droit international humanitaire». Le président du CICR a enfin souhaité que la Conférence puisse arriver à «jeter les bases d'un contrat d'humanité renouvelé dont chacun se sente personnellement responsable».
Pour sa part, le président de la Fédération des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, M. Mario Villarroel Lander, a rendu hommage à l'action des millions de volontaires qui constituent la force du Mouvement, une «force de paix et de solidarité». La Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge est à ses yeux l'une des principales manifestations de l'action humanitaire dans le monde. Elle assure la cohésion entre les Etats et les composantes du Mouvement, à savoir ses Sociétés nationales, au nombre de 169 à ce jour, le Comité international de la Croix-Rouge et la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. «Ainsi composée, la Conférence est avant tout un haut lieu de dialogue apolitique où se débattent les questions humanitaires d'intérêt commun».
Le président de la Fédération a exhorté «les participants à la XXVIe Conférence internationale à s'évertuer à remettre en valeur les Principes fondamentaux du Mouvement et pour leur donner plus de force et augmenter le respect dû à la dignité humaine et aux valeurs humanitaires de façon que s'améliorent, dans le monde entier, les conditions des plus vulnérables».
M. Kaspar Villiger, président de la Confédération suisse, a souhaité la bienvenue aux participants au nom du gouvernement suisse. Evoquant les crises humanitaires qui ont frappé la communauté internationale et les multiples violations du droit humanitaire, M. Villiger a rendu hommage à l'action sans précédent du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge pour atténuer les souffrances des victimes de la guerre et des crises régionales. Mais, hélas, ce n'est pas suffisant. «Il faut réagir», a-t-il déclaré, «Nous, les gouvernements qui avons comme politique de soutenir ces organisations et de nous engager pour une amélioration de la condition humaine, nous devons nous mobiliser. Si nous ne le faisons pas maintenant, nous risquons de nous trouver confrontés à des crises encore plus graves à l'avenir. De son côté, la Suisse voit dans l'humanitaire, plus que jamais, une priorité de sa politique étrangère. Dans cet esprit, elle a organisé en 1933 la Conférence internationale pour la protection des victimes-de la guerre. Elle espère que la Conférence qui s'ouvre aujourd'hui en assurera le suivi» (...). «Il importe que les hommes politiques et les membres des forces armées acquièrent des réflexes humanitaires. Ceci est fondamental si l'on veut prévenir les crises humanitaires plutôt que de devoir les gérer une fois qu'elles sont apparues. Les Etats montrent des signes de fatigue face à la multiplication des crises humanitaires. Il faut renverser l'ordre des priorités et mettre l'accent sur la prévention avec tous les moyens dont nous disposons. Et lorsque des crises surviennent, il est fondamental que l'indépendance et la neutralité de l'action humanitaire soient respectées».
Enfin, en sa qualité de président du Conseil d'Etat de la République et Canton de Genève, M. Olivier Vodoz a souhaité la bienvenue aux délégués, il les a remerciés pour leur engagement sans faille, pour le soutien et l'espoir qu'ils apportent à tant de gens: «Votre présence à Genève», a-t-il déclaré, «rappelle au monde entier que votre lutte en faveur des victimes est permanente, malheureusement jamais achevée. L'écart grandissant entre les besoins humanitaires et les ressources disponibles impose que le monde se mobilise bien davantage encore pour vous assurer des moyens à la hauteur de votre mission».
Il a enfin formulé des voeux pour que la XXVIe Conférence internationale renforce les convictions humanitaires et confirme la nécessité de faire progresser le droit humanitaire.
La cérémonie d'ouverture a en outre été marquée par diverses manifestations: la lecture par des élèves d'une école de Genève des Principes fondamentaux de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, la présentation par des acteurs célèbres de témoignages de délégués et de victimes. Le point fort de la cérémonie a été sans conteste la prestation de «Dissimilis», groupe de jeunes musiciens handicapés venant de Norvège qui ont interprété des oeuvres de Grieg et de Jobin.