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4-11-1999    
Stratégie de partenariat pour améliorer les conditions de vie des personnes vulnérables
Rapport de la Commission plénière; Thème III du Plan d'action
XXVIIe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, Genève, 31 octobre au 6 novembre 1999

Voir: document de référence

Président de la Commission : M. Teofilo Siman, Président de la Croix-Rouge salvadorienne

Co-Présidents : M. Boris Shikhmuradov, Ministre des Affaires étrangères du Turkménistan; M. Christopher Lamb, Ambassadeur d'Australie

Rapporteur : Mme Anne Anderson, Ambassadeur, Représentant permanent d'Irlande



C'est un privilège pour moi d'être le rapporteur pour ce thème important.

Qu'entend-on par « personnes vulnérables »?

Il convient, pour commencer, d'essayer de définir le terme « personnes vulnérables ». De nombreux délégués ont examiné la question et proposé des définitions allant du général au très particulier. L'idée le plus souvent avancée a sans doute été que la pauvreté engendre la vulnérabilité [1] et qu'il est capital d'éradiquer la pauvreté si l'on veut diminuer la vulnérabilité.

Les statistiques effrayantes de la pauvreté dans le monde – « ce champ de bataille appelé pauvreté »Traduction CICR., selon un délégué – ont été mentionnées. L'accentuation des disparités économiques entre les nations et au sein de celles-ci met à l'épreuve tous nos gouvernements, ainsi que les acteurs humanitaires. Les niveaux de l'aide au développement, les questions relatives à l'endettement, les règles du commerce international sont autant de facteurs étroitement liés à la sphère d'activité de la Croix-Rouge. Il a été souligné que la «mondialisation des responsabilités » doit faire partie de cette tendance à la mondialisation.

De nombreux intervenants ont distingué des catégories plus spécifiques de personnes vulnérables: les femmes, les enfants, les personnes âgées, les handicapés, les réfugiés et les personnes déplacées ont été parmi les plus fréquemment citées.

Une remarque générale s'impose toutefois. Parler de vulnérabilité, c'est évoquer les victimes. À propos d'un de ces groupes vulnérables – les réfugiés –, la directrice générale de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), le Dr Brundtland, nous a rappelé dans son allocution d'ouverture que les populations de réfugiés ne sont pas simplement les bénéficiaires passifs de l'aide qui leur est distribuée, mais qu'ils sont des acteurs pleins de ressources pour faire face aux situations d'urgence dans lesquelles ils se trouvent, et ce, malgré les contraintes qui leur sont imposées. Cette même idée a été exprimée dans plusieurs interventions : les personnes vulnérables non seulement méritent notre compassion mais elles forcent aussi notre respect; elles doivent être impliquées en tant qu'acteurs au lieu d'être considérées comme le simple objet de l'action humanitaire.

Certains intervenants ont décrit des catégories très spécifiques de personnes vulnérables dont leur Société nationale s'occupe en priorité. L'un d'eux, par exemple, a indiqué que la catégorie sur laquelle sa Société concentre la plupart de ses efforts est celle des filles-mères et de leurs enfants.

La vulnérabilité, c'est évident, fait partie de la condition humaine, et nul d'entre nous n'est à l'abri. Mais comme de nombreux intervenants l'ont souligné, ce sont les plus vulnérables – ceux qui sont vulnérables à plusieurs égards et qui, par conséquent, sont deux ou trois fois plus menacés – qui requièrent en tout premier lieu notre attention.


Premier objectif : Une meilleure santé pour les personnes vulnérables au travers d'une coopération renforcée entre États et Société nationales

Un certain nombre de délégués ont mis l'accent sur les améliorations à apporter dans le secteur de la santé. Il a été relevé que l'accès aux soins de santé est non seulement un droit dont les populations devraient jouir, mais également un facteur clé du développement.

Comme cela a été souligné, nous sommes encore loin de l'objectif de la santé pour tous d'ici l'an 2000 fixé par l'OMS. Il a été fait allusion à la charge que représentent la mauvaise santé et la maladie pour les populations des pays en développement. Dans ces pays, le SIDA, la tuberculose et d'autres maladies infectieuses et transmissibles font de terribles ravages aux effets disproportionnés. En beaucoup d'endroits, la mortalité infantile reste élevée et l'accès aux soins médicaux de base est limité. Certes, on est pleinement conscient des problèmes financiers auxquels les gouvernements de ces pays sont confrontés, mais la disparité entre les dépenses militaires et les dépenses en matière de santé qui a été constatée dans certains d'entre eux a, elle aussi, été mise en évidence.

Les délégués ont insisté à plusieurs reprises sur la responsabilité primordiale et irremplaçable que portent les gouvernements en matière de développement sanitaire de leur population. Or la meilleure manière de s'acquitter de cette responsabilité est d'envisager des partenariats aux niveaux national, régional et international. Je citerai comme exemples concrets de partenariat la nouvelle Initiative santé des Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge d'Afrique (ARCHI 2010), dont le but est d'amener les ministères de la Santé et les Sociétés nationales des pays d'Afrique ainsi que des organisations internationales à travailler ensemble, et le partenariat mondial sur la sécurité routière mis en place par la Banque mondiale, qui regroupe des gouvernements, des organisations de la société civile et des entreprises privées.

Certains intervenants ont estimé qu'on pourrait parvenir à de meilleurs résultats si l'on obtenait des organisations internationales qu'elles acceptent les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge comme partenaires pour mettre en œuvre les soins de santé.

Le SIDA et la tuberculose ont tout particulièrement retenu l'attention durant les débats. Plusieurs intervenants ont souligné la nécessité d'une mobilisation internationale plus importante afin de venir à bout des ravages causés par le SIDA dans les pays en développement : la situation actuelle a été présentée comme « socialement, politiquement et économiquement intolérable ». Quant à la tuberculose, elle est perçue comme un « indicateur qui repère les plus vulnérables ». On a relevé son incidence élevée dans les sociétés en transition et insisté sur le fait que dans les nouvelles stratégies de soins de l'OMS qui visent à combattre la tuberculose figurent des tâches particulièrement bien adaptées aux volontaires du CICR.


Deuxième objectif : De nouvelles initiatives en matière de fourniture de services pour répondre aux besoins des personnes vulnérables et pour réduire la discrimination et la violence dans la collectivité

J'ai déjà indiqué les catégories de « personnes vulnérables », telles qu'elles ont été définies lors des diverses interventions. Parmi les différentes catégories mises en évidence, de très nombreux intervenants ont accordé la priorité aux enfants : les enfants de la rue, les enfants exploités sexuellement, les enfants qui travaillent dans les pires conditions et les enfants qui sont entraînés dans les conflits armés. Aller à la rencontre de ces enfants – les plus vulnérables parmi les vulnérables – doit être une priorité absolue. Plusieurs gouvernements et Sociétés nationales ont fait part de leur expérience dans ce domaine et ont donné leur point de vue sur la meilleure manière d'établir le contact avec cette catégorie de personnes. Diverses initiatives, comme la mise sur pied de groupes de travail spécifiques au niveau national, ont été signalées.

Réduire la discrimination et la violence dans la collectivité a constitué un autre thème important de discussion. La pauvreté, l'isolement social et la drogue ont contribué à généraliser la violence dans nombre de nos sociétés. Les actes de violence familiale ont augmenté d'une façon telle que le foyer est devenu un lieu de menace et de terreur pour des millions de femmes dans le monde. Comme l'a relevé un des intervenants, «la maison et la communauté sont devenues de véritables zones de guerre» [2] pour un grand nombre de femmes.

Il a beaucoup été question, pendant la Conférence, de la nécessité de défendre les valeurs individuelles et communautaires qui favorisent le respect d'autrui. Selon un usage établi de longue date, les gouvernements et les Sociétés nationales se sont employés à diffuser les Principes fondamentaux du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et à mieux faire connaître le droit humanitaire. Cela doit rester une priorité. Toutefois, des recommandations ont été faites afin qu'ils prennent l'initiative d'actions de sensibilisation pour tenter d'agir sur les comportements au sein des communautés, de lutter contre la discrimination, de combattre le racisme et de mettre un terme à la violence en édifiant une culture de la non-violence. À cet égard, la communauté doit se faire entendre avec plus de force.


Troisième objectif : Capacités accrues des Sociétés nationales et partenariat efficace

Ce thème a donné lieu à une discussion particulièrement intéressante et à plusieurs remarques pertinentes. Diverses formes de partenariat ont été examinées :

– entre les Sociétés nationales et les gouvernements
– avec les organisations non gouvernementales
– avec d'autres acteurs humanitaires
– avec le secteur privé et celui des affaires
– entre les Sociétés nationales de différents pays

Un des intervenants a également fait allusion à de nouveaux modèles de partenariat entre les acteurs humanitaires et les forces armées, soulignant la nécessité d'élaborer de telles formes de partenariat avec un soin tout particulier.

De nombreux représentants de gouvernements et de Sociétés nationales ont exposé les innovations intervenues dans leur système de partenariat. Par exemple, une Société nationale a présenté un programme sur trois ans mené conjointement avec son gouvernement : bien centré sur le cœur du problème et garantissant la continuité, ce programme pourrait servir de modèle à d'autres Sociétés. Un autre intervenant a attiré l'attention sur la possibilité, pour les gouvernements, d'apporter un soutien accru aux Sociétés nationales en leur accordant un régime de faveur en matière d'imposition des dons.

Un grand nombre de délégations ont mis l'accent sur les valeurs qui doivent être à la base de tout partenariat : l'intégrité, le respect mutuel, la transparence, la reconnaissance de la culture de l'autre, la mise à profit des points forts de chacun.

À titre de contribution aux efforts visant à resserrer les liens entre les Sociétés nationales du monde entier, un délégué a proposé de solliciter le concours de l'UIT pour qu'elle leur fournisse les moyens nécessaires en matière de téléconférence afin de faciliter les relations entre Sociétés. Il est tout aussi important d'adopter une approche plus professionnelle de la communication afin de consolider l'action des Sociétés nationales en général.

De très nombreux intervenants se sont penchés sur la question du développement des capacités. Il est apparu vital de renforcer les capacités locales dans l'ensemble des pays, et plus particulièrement dans les pays exposés aux catastrophes. Dans son allocution d'ouverture, le Dr Heiberg, présidente de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, a invité les gouvernements à se joindre aux Sociétés nationales dans un « partenariat pour la préparation ». Comme d'autres, elle a souligné que pour être efficace, la préparation aux catastrophes se fait presque toujours à l'échelon local; la planification et la formation sont essentielles pour être prêt à intervenir lorsque survient l'urgence.

Il a été largement admis que les volontaires sont les principaux acteurs du Mouvement. Certains délégués ont fait état d'une tendance inquiétante à la baisse du nombre des volontaires et insisté sur la nécessité de recruter, de former et en particulier d'inciter davantage les jeunes à s'engager comme volontaires.

Enfin, des intervenants ont relevé la nécessité pour le Mouvement lui-même de s'efforcer sans relâche de parvenir à une plus grande unité et à plus de transparence. Comme l'a précisé l'un d'entre eux, nous devrions « envisager le futur de notre Mouvement sans aucun tabou» [3].

Je termine en soulignant que toutes les personnes qui se sont exprimées ont largement souscrit au projet de plan d'action.

Notes :
1. Traduction CICR
2. Traduction CICR
3. Traduction CICR

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