Une autre voie que la violence
Dire que les volontaires de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, par leur adhésion à certains principes, tels l'humanité, l'impartialité et bien sûr le volontariat, constituent un symbole paraîtra à certains excessif. Après tout, ce sont des Principes d'action auxquels ils souscrivent, de leur plein gré, et qui doivent guider leur comportement. En quoi une telle adhésion a-t-elle une portée pour le reste de l'humanité? Et pourtant ...
C'est un autre modèle de société qu'offrent les volontaires, une société qui transcende les frontières, où prévaut l'entraide, dans laquelle l'être qui souffre est secouru non en raison du passeport qu'il porte, de son affiliation religieuse ou de son appartenance ethnique, mais parce que la dignité humaine existe. Cette dignité n'est pas comprise partout de la même façon, elle n'a pas partout les mêmes sources, mais elle est universelle. Dans des sociétés qui traversent une crise de valeurs, qui n'ont plus de repères, qui parfois se débattent tout simplement pour survivre, où les jeunes n'ont pas d'avenir, l'attrait de la violence est grand. Pourtant, dans toutes ces communautés, même celles qui ne sont connues bien souvent que par les épisodes les plus sanglants qu'elles traversent, il existe une voie alternative dans laquelle s'engagent des volontaires.
Une expression nouvelle, l' "afropessimisme" est apparue dans les médias, ce terme douloureux qu'utilisent certains analystes ou journalistes pour dire que beaucoup de pays d'Afrique, comme d'autres continents d'ailleurs, ont un avenir inquiétant, surtout ceux qui seront exclus des grands courants d'échange. Mais il est triste de ne dépeindre ces pays que sous le jour le plus sombre, souvent celui de la violence inter ethnique ou religieuse, alors que dans ces mêmes pays, discrètement, anonymement, des volontaires montrent non seulement que tous n'y succombent pas, mais qu'il existe de puissants courants contraires. Certes, au moment où certains volontaires tombent sous le coup de la folie humaine, on est saisi de doutes. Mais ces doutes sont passagers, car on sait, au fond de soi, qu'ils croyaient à ce qu'ils faisaient et que si le flambeau est tombé, ils auraient souhaité qu'il fût ramassé par d'autres et il le sera, il l'est déjà. C'est cela la Croix-Rouge ou le Croissant-Rouge, ce souffle puissant de la vie, de l'amitié, d'un altruisme qui ne se nourrit pas de théories, mais du vécu, cette conviction qu'il faut non seulement soigner, mais prévenir, qu'on peut atteindre la perfection dans les petites choses. Un sourire, une main qu'on tient, un regard, parfois, c'est déjà beaucoup.
Un engagement exigeant
Il est difficile de chiffrer le nombre des volontaires de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge car ils ont des profils différents selon les régions. Certains travaillent bénévolement, alors que d'autres, dans les régions où les conditions économiques sont dures, sont modestement rémunérés, mais tous ont un esprit de service et agissent de façon désintéressée. Ils sont des dizaines de millions de par le monde, avec des niveaux d'engagement différents. Autour de 20 millions sont régulièrement et profondément actifs. Il ne faut pas accorder aux chiffres trop d'importance, car le bonheur qu'ils apportent ne se quantifie pas. Mais 20 millions de volontaires en Albanie comme en France, en Agfhanistan comme au Burundi, au Sri Lanka comme aux Etats-Unis, dans les Grands Lacs Africains comme au Proche-Orient, en Asie centrale, comme au Caucase, c'est tout de même un grand hommage rendu à Henry Dunant, le fondateur de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Cela montre tout simplement qu'une idée, née dans l'esprit d'une personne, peut enthousiasmer pendant plus d'un siècle des femmes et des hommes sur tous les continents. C'est aussi la preuve que des jeunes de tous les temps ont un idéal et peut-être qu'ils se trouvent eux-mêmes dans le contact avec les autres et la découverte de la diversité de ceux-ci.
Pour mettre en oeuvre cette idée, il faut de la rigueur, de la discipline, de la ténacité et la volonté de surmonter les obstacles. Tant d'initiatives pourraient être citées. Il en est une qui est exemplaire, c'est la mise sur pied, par le Croissant-Rouge somalien, de cliniques pour les communautés. Des années de conflit ont laissé le pays exsangue, avec une infrastructure en partie détruite et plus de gouvernement central. Malgré des divisions profondes dans le pays, le Croissant-Rouge somalien est resté uni. Pendant plusieurs années, ce fut la seule organisation à même de travailler dans tout le pays. Aujourd'hui, il assure le fonctionnement de quarante-six postes de santé, assurant un service vital pour des communautés isolées. En l'absence d'un système de santé national, ces cliniques sont les seuls lieux où sont fournis des soins médicaux dans certaines régions. Des patients marchent parfois pendant des jours pour s'y rendre. De tels exemples doivent être mis en lumière pour redonner confiance en l'avenir.
Alors, le volontariat a-t-il toujours un sens ? Les vieillards transis qui dorment dans les rues des mégapoles, les enfants qui errent dans les bidonvilles, les malades du SIDA qui se meurent dans la solitude, les blessés qui reçoivent les premiers secours vous le diront : oui, plus que jamais. Alors, n'attendez pas face à la détresse des autres, engagez-vous !
Marion Harroff-Tavel
Directrice adjointe du droit international et de la communication