31-03-2002 Revue internationale de la Croix-Rouge No. 845, p. 221-235 Le suivi de XXVIIe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ![]() Contents Introduction Complexité du suivi de la XXVIIe Conférence internationale Mise en place du suivi de la XXVIIe Conférence L’importance du suivi de la XXVIIe Conférence Introduction
Le Plan d’action et les engagements sont intimement liés car ils abordent des thèmes identiques ou complémentaires. Ils apparaissent comme les pièces maîtresses de la Conférence et une stratégie de suivi a été peu à peu mise en place afin de s’assurer de leur mise en œuvre, complète ou partielle. ![]() Complexité du suivi de la XXVIIe Conférence internationale
Peut-on pour autant conclure que celui-ci est dénué de tout effet sur le plan juridique ? Rappelons ici l’opinion individuelle du juge Lauterpacht, qui considère qu’une résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies recommandant aux États membres une mesure déterminée « crée une certaine obligation juridique qui, si rudimentaire, souple et imparfaite qu’elle soit, est cependant une obligation juridique [...]. L’État en question, s’il n’est pas tenu d’accepter la recommandation, est tenu de l’examiner de bonne foi » [12]. Ainsi, une résolution prise par un organe dûment mandaté, tel que la Conférence internationale, comporte un élément juridique opposable aux États membres de cet organe. Dans cette perspective, les États sont tenus d’accepter et d’examiner ces résolutions de bonne foi. Rappelons également que ce type de résolution possède une certaine pertinence sur le plan juridique du fait de son rattachement à d’autres sources du droit [13]. La valeur juridique de cette résolution est renforcée par son mode d’adoption, le consensus, défini en droit international comme « un système de décision sans vote, où le silence général témoigne de l’absence d’objection dirimante de la part des États membres et autorise l’adoption d’un texte » [14]. L’adoption du Plan d’action par consensus démontre que celui-ci porte dans son contenu une convergence de volontés et qu’il est l’expression d’une conviction juridique et d’une volonté d’action des membres de la Conférence. En l’adoptant par consensus, les délégués étatiques, comme tous les autres membres de la Conférence, ont fait la preuve de l’importance qu’ils attachaient au Plan d’action. Ainsi, leur consentement non équivoque atteste l’existence d’une volonté générale effective de s’engager, pour les quatre années suivantes, en faveur de la protection des victimes des conflits armés et des catastrophes en prenant des mesures concrètes. Si l’on ne peut attribuer au Plan d’action une force obligatoire, il ne faut cependant pas en diminuer l’importance juridique au regard de la démonstration précédente. Quant aux nombreux engagements pris par les membres de la Conférence, il s’agit de promesses ayant une valeur politique et morale, plus que juridique. Cette analyse serait cependant incomplète si elle omettait la prise en compte des engagements et ce, de par la nature et la fonction de la Conférence internationale. Car, comme nous l’avons déjà mentionné, le rôle prépondérant de la Conférence n’est plus à prouver. Celle-ci est à l’origine des fondements juridiques du Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, dont elle a jeté puis précisé les bases [15]. Mais au-delà de cet aspect juridique, elle donne, de par le caractère permanent de sa structure, des impulsions décisives au sein du Mouvement. Elle dégage les priorités et les lignes directrices pour les actions à mener, toujours au sein du Mouvement, tout en restant « un lieu de dialogue sur la mise en œuvre et le respect du droit humanitaire ». [16] La Conférence est un forum important, qui reste une force de cohésion entre les composantes du Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et les États parties aux Conventions de Genève. Cet aspect ne doit pas être négligé dans l’appréhension du Plan d’action et des engagements. Caractéristiques du Plan d’action La particularité du Plan d’action a dû être également prise en compte avant de s’atteler au suivi de la XXVIIe Conférence. Le Plan a été, dans un premier temps, rédigé conjointement par le CICR et la Fédération internationale, sous les auspices de la Commission permanente, puis débattu avec les membres de la XXVIIe Conférence. Le Plan d’action pour les années 2000-2003, tel qu’adopté dans sa forme résolutoire finale, aborde trois thèmes principaux, qui touchent à plusieurs aspects de l’action des différentes composantes du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Dans chaque thème est affirmé un certain nombre d’objectifs finals, assortis de mesures proposées en vue de leur réalisation. L’adoption d’un Plan d’action est en soi une innovation. Celui-ci répond à un souci d’efficacité puisqu’il définit des objectifs à long terme et fixe des tâches à accomplir – des actions spécifiques – pour les quatre années à venir. Ainsi, le Plan d’action s’analyse plutôt comme un calendrier, une planification des actions à mener, un document concret pour la réalisation des priorités humanitaires définies par la XXVIIe Conférence. Le champ couvert par les trois thèmes est large. Les mesures proposées accompagnant chaque thème sont nombreuses, mais concrètes et clairement définies. Elles prennent en compte les mandats et les moyens de chaque membre de la Conférence, à savoir les gouvernements, les Sociétés nationales, la Fédération internationale et le CICR. Le Plan d’action n’instaure pas de nouvelles obligations. Il reprend nombre des obligations contractées antérieurement, notamment par la signature des Conventions de Genève de 1949 et de leurs deux Protocoles additionnels. Il entre dans la catégorie des résolutions contenant des règles générales, énonçant des règles déjà reconnues en droit international humanitaire. Cependant, certaines nouveautés sont introduites, mais sous forme non impérative (notamment en ce qui concerne l’âge de recrutement des enfants comme soldats). Le Plan d’action est donc un instrument complexe, tant dans sa forme que dans son contenu. Cette complexité s’explique, en grande partie, par son caractère négocié et par la volonté des membres de la Conférence d’être – presque – exhaustifs quant aux domaines couverts. Quelles conclusions s’imposent, au regard des précédentes analyses, pour l’élaboration de la stratégie de suivi de la XXVIIe Conférence ? Du fait de la force juridique des instruments en question, le suivi ne saurait être un mécanisme rigide et contraignant. Il doit rester un processus souple pour pouvoir fonctionner correctement et sur le long terme. Le suivi doit être conduit de manière à traduire l’assentiment des participants à mettre en œuvre un texte qu’ils ont négocié entre eux. Cela signifie que, dans le cadre de ce suivi, la recherche d’informations ne doit pas se faire exclusivement au CICR ou à la Fédération internationale. Quitte à recueillir une information moins complète, il faut privilégier celle que rapportent les participants. La mise en place d’un processus auquel les participants sont pleinement associés est tout aussi importante, sinon plus, que la somme des informations récoltées. ![]() Mise en place du suivi de la XXVIIe Conférence
Dans cette perspective, une politique de suivi conjointe a été élaborée par le CICR et la Fédération. Dans un premier temps, le document principal de la Conférence (le Plan d’action et la Déclaration l’accompagnant) a été publié dans plusieurs langues (anglais, arabe, espagnol, français et russe) et distribué aux acteurs concernés [21]. Les délégations du CICR et de la Fédération internationale ont également été mobilisées. Leur contribution s’avère essentielle dans la stratégie de suivi. En effet, par le biais de leurs contacts sur le terrain, elles ont la possibilité d’avoir accès à des informations importantes pour le suivi de la mise en œuvre de la XXVIIe Conférence. Ainsi, certaines délégations vont travailler à attirer l’attention des Sociétés nationales et des gouvernements sur l’importance de la mise en œuvre du Plan d’action et des engagements pris lors de la Conférence. Une correspondance directe a été établie avec les membres et participants de la Conférence, afin de les informer de la mise en place d’une telle stratégie et de les sensibiliser à l’importance de leur participation à ce processus. Le travail de sensibilisation s’est prolongé par des actions de mobilisation dans diverses enceintes. L’importance du Plan d’action, des engagements et de leur mise en œuvre a été rappelée à l’occasion de réunions internationales (par exemple, celle de l’Organisation de l’unité africaine) ou au sein du Mouvement (séminaires régionaux, réunions statutaires telles que le Conseil des Délégués). Une analyse croisée des thèmes abordés par le Plan d’action et des domaines couverts par les engagements a été effectuée afin de confirmer le constat fait précédemment, à savoir que, dans la majorité des cas, la mise en œuvre des engagements coïncidera avec celle du Plan d’action. Cette analyse a pour but de faciliter l’appréhension de l’ensemble complexe que constituent le Plan d’action et les engagements. Elle vise également la collecte d’informations et la prépa-ration du rapport pour la prochaine Conférence, comme l’exige la résolution 1. Toujours dans la même optique, un questionnaire reprenant l’analyse croisée du Plan d’action et des engagements a été élaboré afin de recueillir des informations aussi exhaustives que possible sur leur mise en œuvre. La forme du questionnaire est unifiée et a vocation à s’adapter aux différentes catégories de destinataires. Le questionnaire couvre tous les domaines abordés tant par le Plan d’action que par les engagements. Il appartient donc à chaque participant de choisir les sujets sur lesquels il souhaite fournir des informations, en fonction, notamment, des engagements spécifiques auxquels il a souscrit lors de la XXVIIe Conférence. Enfin, une base de données a été créée sur Internet pour faciliter ce suivi [22]. Elle comporte diverses informations :
Une présentation de la base de données « Suivi XXVIIe Conférence » et de la stratégie de suivi a été assurée pendant toute la durée du Conseil des Délégués, tenu à Genève, en novembre 2001. Le Conseil des Délégués regroupe les représentants des composantes du Mouvement, qui « se réunissent pour débattre des questions qui concernent le Mouvement dans son ensemble » [23]. À ce titre, il constitue un lieu privilégié pour la sensibilisation à la politique de suivi. Le stand qui a été mis en place à cette occasion pour présenter cet outil a attiré, trois jours durant, un nombre de visiteurs important, le bouche à oreille étant le moyen de promotion le plus efficace. Les interlocuteurs ont fait part de leur satisfaction quant au concept même du suivi organisé. Pour nombre de délégués de Sociétés nationales, il s’agissait essentiellement de rappeler les engagements particuliers pris par leur Société. Dans ce contexte, la possibilité de voir ces engagements en ligne sur Internet et de les imprimer a été très appréciée. La partie de la base de données intitulée « implementation » (mise en œuvre) a particulièrement intéressé les délégués, car y figurent les avancées des participants à la Conférence, du moins celles qu’ils ont signalées au CICR. Pour les Sociétés nationales, il était très important que leur nom y figure, car c’était le gage de leur implication dans ce suivi. Le « Web », par son attrait incontestable, a donné une tout autre dimension au suivi. En effet, le fait que l’information soit disponible – par le biais d’Internet – n’importe où et pour n’importe qui, a éveillé un immense intérêt pour le suivi de la XXVIIe Conférence, ce dossier influant ainsi directement sur la visibilité des participants à la Conférence, en l’occurrence des Sociétés nationales. L’« impact Web » a également joué en faveur du questionnaire, l’élément clef de la récolte d’informations et, par là même, des données disponibles. Internet va ainsi assurer au suivi un certaine « couverture médiatique » qui, en général, constitue « un encouragement positif, pour les États, en matière de présentation des rapports » [24]. Cette couverture médiatique et ses implications politiques permettent de contourner en partie les obstacles juridiques du suivi. ![]() L’importance du suivi de la XXVIIe Conférence Naïri Arzoumanian Doctorante Division de la doctrine et de la coopération au sein du Mouvement, CICR ![]() Notes 1. Comme le précise l’article 8 des Statuts du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge adoptés par la XXVe Conférence internationale de la Croix-Rouge à Genève en octobre 1986 (ci-après « les Statuts du Mouvement »), in Manuel du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, Comité international de la Croix-Rouge, Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, 13e édition, Genève, mars 1994, p. 439. 2. Article 9 des Statuts du Mouvement, op. cit., p. 439. 3. H. Haug, Humanité pour tous, le Mou-vement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, Institut Henry-Dunant, Genève, Berne et Haupt, 1993, p. 432. 4. Résolution 1, « Adoption de la Déclaration et du Plan d’Action », XXVIIe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge, Genève, 31 octobre - 6 novembre 1999, in RICR, no 836, pp. 849-876, disponible également sur le site www.cicr.org 5. Aux termes de l’article 10, chiffre 5 des Statuts du Mouvement, op. cit., p. 440, « la Conférence internationale adopte ses décisions, ses recommandations ou déclarations sous forme de résolutions ». 6. Jorge Castañeda, « Valeur juridique des résolutions des Nations Unies », in RCADI, vol. 129, 1970, p. 212. 7. Nguyen Quoc Dinh, Patrick Daillier et Alain Pellet, Droit international public, Librairie générale de droit et de jurisprudence, Paris, 1999, p. 371. 8. Article 9 des Statuts du Mouvement, op. cit., p. 439. 9. Richard Perruchoud, Les Résolutions des Conférences internationales de la Croix-Rouge, Genève, Institut Henry-Dunant, 1979, p. 48. 10. Ibid. 11. Voir en ce sens Richard Perruchoud, op. cit., pp. 91-165; François Bugnion, « Le Droit de la Croix-Rouge », RICR, no 815, septembre-octobre 1995, pp. 535-566. 12. Cour internationale de justice, Sud-Ouest africain, avis consultatif du 7 juin 1955, opinion individuelle du juge Lauterpacht, C.I.J. Recueil 1955, pp. 118-119. 13. François Bugnion, op. cit., p. 562. 14. Nguyen Quoc Dinh, Patrick Daillier et Alain Pellet, op. cit., p. 605. 15. Rappelons la première Conférence de 1863 dont les résolutions ont été maintes fois qualifiées de « constitution » du Mouvement. Notons également l’adoption et la modification des Statuts du Mouvement. 16. Philippe Abplanalp, « Les Conférences internationales de la Croix-Rouge, facteur de développement du droit international humanitaire et de cohésion du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge », RICR, no 815, septembre-octobre 1995, p. 571. 17. Annexe I du Recueil de documents, XXVIIe Conférence internationale, Genève, 31 octobre-6 novembre 1999. 18. Résolution 1, cf. note 4. 19. Ibid. 20. Ibid. 21. Le document est disponible sur le site www.cicr.org ou sur demande au Comité international de la Croix-Rouge. 22. La base de données « Suivi de la XXVIIe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge » est disponible à l’adresse suivante : <http://www.icrc.org/eng/conf27_followup>. 23. Article 12 des Statuts du Mouvement. 24. Elisabeth Kornblum, « Étude comparative de différents systèmes de rapports d’auto-évaluation portant sur le respect, par les États, de leurs obligations internationales », tiré à part, extrait de RICR, janvier-février 1995, no 811, p. 53. 25. Pour une analyse plus complète de cette procédure, voir Elisabeth Kornblum, op. cit., pp. 25-28. 26. Ibid, pp. 37-48. 27. Bilan de la Conférence, Cornelio Sommaruga, « Un pas dans la bonne direction », 19 novembre 1999, disponible sur le site www.cicr.org 28. Philippe Abplanalp, op. cit., p. 598. 29. Yves Sandoz, « La XXVIe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge : mythe et réalité », RICR, mars-avril 1995, no 812, p. 192. 30. Ibid, p.148. 31. Rapport de la Commission permanente de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge sur la Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, présenté au Conseil des Délégués, Genève, 11-14 novembre 2001, p. 6. |