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31-12-1999  Revue internationale de la Croix-Rouge No. 836, p. 713-714 par Cornelio Sommaruga
Même la guerre a des limites

Cornelio Sommaruga est président du Comité international de la Croix-Rouge -- Discours prononcé à la cérémonie d'ouverture de la XXVIIe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (Genève, 31 octobre 1999).

Au moment où ce siècle de grands cataclysmes s'achève, où la plupart de nos repères se font flous, il est nécessaire de réaffirmer la priorité de l'être humain et de sa dignité. Nous -- les humanitaires --, nous le faisons quotidiennement aux côtés des victimes et des plus vulnérables, mais nous devons aussi pouvoir le faire avec les acteurs de la communauté des États.

Il y a de nombreuses conférences où les représentants des États se retrouvent, et il y en a d'autres où les organisations humanitaires débattent entre elles. Mais les occasions sont rares où les uns et les autres se trouvent réunis dans une même salle pour se pencher ensemble sur les grandes questions humanitaires de notre temps. Or, c'est ce qui va se passer à Genève à partir de demain. Les représentants de la plupart des 188 États parties aux Conventions de Genève, dont nous venons de commémorer le 50e anniversaire, vont dialoguer avec les représentants du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, en présence de nombreux observateurs, en particulier nos amis des ONG et des organisations internationales actifs dans l'action humanitaire.

Cette Conférence est donc le lieu privilégié de la rencontre entre la société civile internationale et les gouvernements. Et nous avons beaucoup à dire aux gouvernements. Qu'un tiers des six milliards d'êtres humains qui peuplent cette planète vivent au-dessous du seuil de pauvreté, avec moins de un dollar par jour. C'est inacceptable et ce n'est pas une fatalité. Que les graves atteintes à l'environnement provoqueront tôt ou tard des catastrophes dont nous ne mesurons pas encore l'ampleur. Que des efforts bien plus importants doivent être entrepris pour enrayer certaines maladies endémiques qui sévissent dans les pays les plus pauvres. Que les catastrophes dites naturelles sont bien souvent causées par l'homme. Et aussi que la guerre, qui semble prospérer sous diverses latitudes, n'autorise pas les exactions dont nous sommes, jour après jour, les témoins privilégiés.


Oui, même la guerre a des limites.

Non, il n'y a pas de fatalité.


On pourrait objecter, à juste titre, que les États ne sont plus les uniques acteurs sur la scène internationale. C'est pourquoi, ce soir, j'aimerais m'adresser également aux représentants des milieux économiques et financiers. Sans aucune volonté polémique. Juste pour leur dire que la globalisation économique a un corollaire indispensable: la globalisation des responsabilités. J'ose croire que la recherche du profit et l'intérêt général de la société humaine ne sont pas nécessairement incompatibles. Car s'ils le sont, alors il nous faudra choisir l'intérêt général.

Nous tous, ici réunis, allons au cours des prochains jours prendre un certain nombre d'engagements. Nous allons débattre, à l'occasion de divers ateliers. Nous serons peut-être parfois en désaccord. Mais nous allons travailler ensemble à promouvoir l'intérêt des plus démunis, des laissés-pour-compte, de tous ceux affectés par les conflits armés et d'autres types de catastrophes.

Car il n'y a pas de fatalité.

Nous pouvons, j'en ai l'intime conviction, opposer au pessimisme de l'intelligence l'optimisme de la volonté.

Car il ne s'agit plus de rêver d'un monde meilleur. Il faut y œuvrer.

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