Madame la Présidente, Excellences, Mesdames et Messieurs,
Les femmes et la guerre, voilà des mots qui font surgir d’innombrables images. Ce sont des images puissantes, dont la diversité met en évidence la nécessité de réagir aux multiples réalités de la guerre pour les femmes.
Conscient des besoins divers des femmes confrontées à la guerre, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a publié une étude intitulée Les femmes face à la guerre. Il s’agissait, par le biais de cette étude, de cerner, dans toute leur complexité, les expériences que vivent les femmes en temps de guerre, afin de mieux répondre aux besoins des plus vulnérables. À ce jour, l’étude a été publiée dans cinq langues et lancée dans différents pays à travers le monde. Chaque lancement a été pour le CICR une occasion d’appeler à un respect et une mise en œuvre accrus du droit international humanitaire (la branche du droit qui protège ceux qui ne participent pas ou ne participent plus aux hostilités, et qui réglemente les moyens et les méthodes de guerre). Les femmes – comme les hommes – bénéficient d’une protection générale en application du droit humanitaire. Elles jouissent aussi d’une protection particulière, qui est liée à leurs besoins spécifiques et touche, par exemple, à la violence sexuelle.
Le CICR considère de longue date que la violence sexuelle est une violation grave du droit humanitaire. C’est pourquoi il se félicite de l’attention qui est accordée depuis quelques années au fléau de la violence sexuelle, dont les femmes et les filles sont les principales victimes. Sur une photo prise pour le CICR, une jeune femme se tient la tête entre les mains. La légende dit : « Sarah a survécu à la violence sexuelle ». Une photo ne pourra jamais refléter toute la douleur de cette femme et les craintes pour l’avenir qui l’assaillent. La violence sexuelle sous toutes ses formes, quel qu’en soit l’auteur, quelle qu’en soit la raison, est totalement inacceptable. Cependant, il ne faut pas occulter la myriade d’autres façons dont les femmes vivent un conflit armé.
L’étude Les femmes face à la guerre constate que la guerre a aussi de graves conséquences socioéconomiques pour beaucoup de femmes. L’anxiété qu’engendre l’absence des hommes est souvent renforcée par la perte de la sécurité financière lorsque l’homme était le seul soutien de famille. L’absence des hommes accentue les dangers auxquels les femmes et les enfants sont confrontés dans les zones de guerre. Il en résulte souvent une mobilité limitée et, partant, un accès limité à la nourriture, à l’eau et aux ressources. Et si l’on tient compte du rôle crucial que jouent les femmes dans les domaines des soins aux enfants, de l’agriculture, de l’alimentation et de la santé de base, il est clair que la communauté tout entière souffre lorsque les femmes souffrent.
Le veuvage et la perte d’un réseau de soutien familial peuvent priver d’une terre, d’un foyer, d’un héritage et de tout statut social les femmes qui survivent à un conflit. Nous qui sommes ici réunis aujourd’hui savons qu’en rentrant nous reverrons ceux que nous aimons ou que nous pouvons leur écrire ou encore décrocher le téléphone. Trop souvent, les parties à un conflit armé ne s’emploient pas suffisamment à retrouver les personnes portées disparues au cours des hostilités, prolongeant ainsi l’horreur de la guerre pour des dizaines de milliers de femmes à travers le monde. Pour ces femmes, la paix ne ramène pas la sérénité. Arrêter de rechercher le fils, le frère, le mari dont elles sont sans nouvelles serait pour elles une trahison. Telle est la dure réalité de la guerre pour d’innombrables femmes. La récente Conférence internationale du CICR sur les personnes portées disparues s’est concentrée sur rôle de tous les acteurs impliqués, et premièrement des États, pour soulager cette forme extrême de souffrance, d’abord en évitant les disparitions, ensuite en faisant tout leur possible pour élucider le sort de ceux qui disparaissent et pour soutenir les familles.
La situation que vivent les femmes en temps de guerre varie d’un contexte à l’autre. Il en va de même pour les actions à engager afin d’aider et de protéger les femmes qui ont subi ou qui subissent les effets de la guerre. Le CICR élabore actuellement des lignes directrices pour mettre en œuvre les conclusions et recommandations de l’étude Les femmes face à la guerre. Ce faisant, il cherche à sensibiliser les acteurs humanitaires aux besoins spécifiques des femmes et à adapter ses activités et ses programmes de manière à ce que ces besoins soient satisfaits. Néanmoins, c’est aux parties à un conflit armé qu’incombe au premier chef la responsabilité de respecter les règles du droit humanitaire. Quant aux États, ils ont pour responsabilité de traduire en justice les auteurs de violations.
Madame la Présidente, Excellences, Mesdames et Messieurs,
Le CICR appelle les États à protéger la population civile et à éviter qu’elle ne souffre des effets des hostilités. Chacun a pour responsabilité d’améliorer le sort des femmes en temps de guerre, et les femmes doivent être associées plus étroitement à toutes les mesures qui sont prises en leur nom. Leur force de caractère et leur ingéniosité ne peuvent qu’être utiles à la planification, la mise en œuvre et l’évaluation de ces mesures. Les violations des droits des femmes peuvent être évitées. Respecter et appliquer le droit humanitaire, tel est le défi à relever tout en gardant à l’esprit l’immense diversité des femmes face à la guerre. La protection des femmes en temps de guerre est une obligation et non une aspiration.
Merci Madame la Présidente.