16-09-1999 Stratégie de partenariat pour améliorer les conditions de vie des personnes vulnérables Document de référence XXVIIe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, Genève, 31 octobre au 6 novembre 1999
Les contraintes économiques mondiales ont contraint de nombreux gouvernements à réduire leurs investissements dans le secteur de la santé, alors même que le progrès rapide des techniques a entraîné des augmentations considérables du coût des services de santé, qui deviennent bien souvent inabordables pour les pauvres. Il est pourtant de plus en plus largement admis que la santé de la population est un facteur crucial pour le développement national, et que le respect des droits de l'homme est essentiel au développement et à la prospérité économique. Or la santé, y compris le bien-être social, est un droit qui est violé lorsqu'une partie de la population est privée des moyens et des services nécessaires à la préservation de la santé. Dans «La santé pour tous au XXIe siècle», l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) fait référence aux soins de santé primaires tels qu'ils avaient été définis lors de la Conférence de Alma-Ata de 1978, à savoir que les soins de santé primaires sont le moyen qui permettra d'atteindre la santé pour tous dans le cadre du développement général. Elle confirme que cet appel à la santé pour tous était, et demeure essentiellement, un appel à la justice sociale. La Fédération internationale et chaque Société nationale doivent plaider en faveur d'une meilleure santé pour tous, en particulier pour les personnes les plus vulnérables. Pour que ce plaidoyer porte ses fruits, il importe que les gouvernements reconnaissent le rôle et la responsabilité des Sociétés nationales et tirent parti de leur expérience en leur faisant une place au sein des organes nationaux de décision, de planification et d'exécution. 2. Les gouvernements assument la responsabilité d'ensemble des services de santé dans leur pays. Toutefois, nombreux sont les acteurs et les partenaires – y compris la population elle-même – qui façonnent et déterminent l'état de santé de la population. L'objectif de la santé pour tous ne pourra être atteint que si l'ensemble des partenaires agissent de concert. La Fédération internationale et les Sociétés nationales disposent d'un atout d'une valeur inestimable: les millions de volontaires qui aident la population et les communautés sur le terrain, dans la vie de tous les jours comme dans les situations d'urgence. Il s'agit d'une formidable ressource, qu'il convient d'exploiter au maximum pour mieux venir en aide aux populations les plus vulnérables. Les volontaires et le personnel des Sociétés nationales sont souvent une composante indispensable des services nationaux de santé et de protection sociale, mais ils ne peuvent travailler efficacement sans l'aide technique, politique et financière des gouvernements ou des organisations internationales. Les Sociétés nationales ont besoin de cet appui pour étendre leurs services aux zones et aux communautés – y inclus les zones déshéritées des grandes villes – qui pourraient, sans cela, n'avoir qu'un accès limité à ces prestations. 3. Malgré des réussites remarquables dans le domaine de la santé au cours du siècle qui s'achève, de nouvelles maladies infectieuses (le VIH/SIDA et le virus Ebola, par exemple) et des maladies transmissibles réémergentes (telles que la tuberculose et le paludisme) gagnent du terrain. La population des pays industrialisés n'est pas à l'abri, mais les maladies transmissibles touchent bien plus durement les pauvres et les défavorisés. L'analphabétisme, la pauvreté, la malnutrition, les mauvaises conditions de vie et l'insuffisance ou l'absence totale d'installations et d'infrastructures de santé et d'hygiène, associés au manque d'information, sont autant de facteurs qui accroissent le risque encouru par une population d'être exposée aux maladies infectieuses et contaminée par elles. À condition de disposer de l'appui et des ressources nécessaires, la Fédération internationale et les Sociétés nationales peuvent, grâce à leurs réseaux nationaux étendus, aider à combattre la maladie par des programmes d'éducation et d'information, ainsi que par la promotion de modes de vie sains. Les sections Jeunesse des Sociétés nationales sont particulièrement efficaces en matière d'éducation des jeunes par les jeunes, pour la prévention du VIH/SIDA et d'autres maladies sexuellement transmissibles. Cette manière de procéder est tout aussi valable pour la tuberculose, le paludisme et d'autres maladies que la vaccination permet de prévenir. La Fédération internationale et les Sociétés nationales ont à plus d'une reprise démontré leur efficacité dans la lutte contre des épidémies soudaines. Elles étaient à l'œuvre dernièrement au Gabon ainsi qu'en République démocratique du Congo (ex-Zaïre) lorsque le virus Ebola s'est brutalement propagé, dans les républiques de l'ex-Union soviétique pour combattre la diphtérie, et dans un certain nombre de pays du monde entier où des populations étaient touchées par des épidémies de choléra, de méningite et d'encéphalite japonaise. 4. Dans la plupart des situations d'urgence, la rapidité de la réaction initiale et des premières mesures d'assistance peuvent être déterminantes en termes de vies humaines et en ce qui concerne l'ampleur des dégâts matériels subis par la zone touchée. Lors d'inondations et de tremblements de terre, l'assistance au cours des premières 48 heures est généralement fournie par des membres de la communauté elle-même, ou par leurs voisins. Cette période est cruciale, car c'est à ce moment que les chances de survie des victimes sont les plus fortes; après ce délai, les chances de survie décroissent rapidement avec chaque jour qui passe. La célérité des premiers secours joue aussi un rôle important pour sauver des vies et réduire le risque de blessure permanente ou débilitante en cas d'accident (où qu'il se produise: à domicile, sur le lieu de travail ou sur la route), de catastrophe naturelle ou d'urgence médicale (comme les infarctus). En période de conflit aussi, les premiers secours sont cruciaux pour le bien-être des victimes. La formation aux premiers secours, outre qu'elle permet une intervention rapide, est une méthode efficace et peu coûteuse de limiter les conséquences des risques sanitaires et des accidents qui touchent l'ensemble de la population. La formation de secouriste est utile à quiconque, mais certains groupes de la population en retirent un avantage tout particulier: ainsi des automobilistes, des enfants des écoles et des jeunes, des travailleurs de l'industrie, des bénévoles communautaires et des policiers. Depuis fort longtemps, les Sociétés nationales sont la source unique ou principale de formation aux premiers secours dans leur pays. Elles continueront à offrir ce service, mais leur activité serait grandement facilitée par une meilleure reconnaissance et une coopération accrue de la part des autorités. Si la formation au secourisme était intégrée aux programmes scolaires à tous les échelons, les Sociétés nationales pourraient faire systématiquement bénéficier de leur expérience et de leurs connaissances les responsables de l'éducation dans l'ensemble du pays. De la même manière, faire de la formation de secouriste une obligation légale pour l'obtention du permis de conduire permettrait de garantir que les enseignements préventifs des premiers secours toucheraient le plus grand nombre possible de personnes, pour leur propre bien et pour celui des personnes ayant besoin d'assistance.
11. Les activités des Sociétés nationales contre la discrimination et la violence au sein de la communauté sont d'une importance cruciale et croissante dans le monde d'aujourd'hui. Les questions à traiter dans ce domaine peuvent comprendre le risque de discrimination contre les réfugiés et les demandeurs d'asile, contre les personnes atteintes de maladies ou d'incapacités, ou contre les communautés marginalisées ou minoritaires. Un certain nombre de Sociétés nationales ont aussi lancé de nouveaux programmes pour traiter de la question de la violence au sein de la communauté en coopération avec leur gouvernement, avec d'autres organisations communautaires et avec les médias. Cette mobilisation reflète une prise de conscience croissante du fait que la violence est bien un problème quotidien dans de nombreuses communautés. Cette composante du programme n'exige pas seulement un engagement individuel accru de la part des Sociétés nationales au sein de leurs communautés respectives, mais aussi une coopération renforcée à l'intérieur du Mouvement pour partager les idées et les données d'expérience dans la lutte contre les problèmes de discrimination et de violence à l'intérieur de la communauté. Il s'agit donc de développer les connaissances et les compétences du Mouvement dans son ensemble pour répondre aux problèmes croissants de violence et de discrimination qui se manifestent dans le monde entier. Objectif final 3.3. Capacités accrues des Sociétés nationales et partenariat efficace avec les États 12. La résolution 5 de la XXVIe Conférence internationale appelait les États et le Mouvement à resserrer leur coopération de diverses manières, en particulier afin de renforcer les capacités des Sociétés nationales de répondre aux besoins humanitaires des personnes vulnérables. a) Le développement des capacités des Sociétés nationales représente ici un aspect important. Pour prendre l'exemple des activités dans le domaine de la santé, certaines initiatives récentes en Europe et en Afrique illustrent les avantages que présente l'exploration de types inédits d'association entre les Sociétés nationales et les autorités nationales de santé. Ces nouvelles initiatives de santé se caractérisent par le renforcement des structures de partenariat entre les Sociétés nationales et les ministères de la santé à travers des engagements allant du moyen au long terme. Ces partenariats précisent les fonctions et les responsabilités que les Sociétés nationales acceptent d'assumer, parfois avec l'appui de la Fédération internationale ou d'autres partenaires. Ils ont aussi pour objet d'intégrer plus pleinement les Sociétés nationales au dialogue politique national sur des questions de santé précises. On peut citer à titre d'exemple la conception d'un grand programme lancé en mars 1999 pour lutter contre l'augmentation spectaculaire de l'incidence de la tuberculose et des cas de VIH/SIDA associés, ainsi que des maladies sexuellement transmissibles, en Russie, au Bélarus, en Moldova et en Ukraine. L'exécution du programme repose au premier chef sur les infirmières visiteuses de la Croix-Rouge dans chaque pays. Ce programme a une perspective à long terme de 10 à 15 ans, avec une phase initiale de trois ans. Après une période de planification et de consultations intensives avec des organisations nationales et internationales, le programme concentre ses activités sur la sensibilisation du public, les soins et la prévention, le soutien social et l'appui aux structures de diagnostic. La réussite de ce projet dépendra essentiellement de la participation des individus et des associations qui pourront être mobilisés à travers les Sociétés nationales et à leurs côtés, pour travailler en étroite coordination avec les ministères de la Santé (dans le contexte de la politique nationale de la santé) ainsi qu'avec les organisations nationales et internationales spécialisées, telles que l'OMS et l'UNICEF. La Fédération internationale a en outre lancé récemment une nouvelle initiative destinée à encourager une collaboration plus étroite entre les Sociétés nationales et leurs gouvernements respectifs en Afrique, afin de lutter contre les problèmes de santé prioritaires du continent. Intitulée Initiative de santé des Sociétés Croix-Rouge et Croissant-Rouge africaines (ARCHI2010), elle vise à mettre en place une stratégie de santé empreinte de flexibilité au cours de la période 2000-2010, afin que les ministères de la Santé et les Sociétés nationales puissent concevoir et mettre en œuvre des interventions de santé prioritaires adaptées aux besoins et aux capacités spécifiques dans chaque pays. Cette initiative sera officiellement adoptée lors de la Conférence panafricaine des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, qui aura lieu au Burkina Faso en octobre 2000. L'initiative est déjà bien avancée; les Sociétés nationales dialoguent et effectuent des évaluations de concert avec la Fédération internationale et les ministères de la Santé pour passer en revue les activités en cours et définir les futures interventions prioritaires. b) Le volontariat est l'un des sept Principes fondamentaux du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Il exige que le Mouvement n'agisse en aucune manière par attrait du gain. À l'échelon individuel, cet esprit de service volontaire se manifeste par l'énorme quantité de travail et de temps offerte par des bénévoles – comme les volontaires de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge – au service des personnes vulnérables. Les volontaires donnent gratuitement leur temps et travaillent sans y être incités par le gain financier personnel. Il arrive qu'ils agissent dans le cadre d'un programme officiel organisé ou qu'ils apportent leur aide et leur concours de manière officieuse à des parents, à des voisins et à d'autres membres de la communauté. Le volontariat est une activité précieuse pour tous les pays et les communautés, et ceci pour au moins quatre raisons. Premièrement, le volontariat peut être considéré comme du travail non rémunéré, dont la valeur économique est souvent sous-estimée, voire totalement passée sous silence dans la comptabilité nationale. Deuxièmement, les personnes qui travaillent bénévolement remplissent une fonction importante en renforçant les ressources et les capacités de leur communauté, et en accroissant la participation et l'entraide. Troisièmement, les activités de volontariat structurées exigent un travail d'organisation et de décision touchant les activités à entreprendre. La participation aux procédures de décision du volontariat organisé encourage la participation aux structures démocratiques locales et contribue à étayer la société civile. Enfin, le volontariat est en soi une activité de socialisation qui aide à intégrer et à assimiler les volontaires dans leur communauté. C'est particulièrement précieux pour les volontaires qui sont eux-mêmes marginalisés ou exclus, ou encore arrivés de fraîche date – migrants, réfugiés ou demandeurs d'asile. Le volontariat a été profondément affecté, au cours des années récentes, par les bouleversements politiques et sociaux intervenus dans le monde. La transformation des structures sociales dans les pays du Nord font que les gens disposent de moins de temps libre; dès lors, le volontariat entre en concurrence avec les activités de loisirs pour occuper le temps restant. Dans les pays du Sud, les besoins de travail bénévole ne cessent de croître, pour soutenir parents, amis et membres de la communauté victimes des catastrophes naturelles, de l'épidémie de VIH/SIDA, et des changements dans l'offre de services de santé et des services sociaux. En Europe orientale et dans les pays de la Communauté des États indépendants (CEI), le volontariat n'est plus subventionné par l'État, ce qui a engendré la confusion dans l'esprit de la population quant à la signification et à la nature du travail volontaire. On estime que les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge du monde entier comptent environ 105 millions de volontaires. Le Mouvement soutient le volontariat, il dépend des volontaires et il est façonné par les volontaires. Les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge offrent des services communautaires et des services de santé qui sont fournis, soutenus et dans bien des cas administrés par des volontaires. Le Mouvement appuie le volontariat non structuré, en développant les aptitudes et les compétences des volontaires et des bénéficiaires. La formation communautaire aux premiers secours en est un exemple. C'est une activité qui accroît la connaissance et les compétences au sein d'une communauté, et qui permet aux gens de s'entraider en dehors du cadre formel des programmes et des services organisés. Enfin, les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge sont dans une large mesure dirigées par des volontaires issus des communautés locales. C'est de cette manière que les Sociétés nationales s'efforcent d'être représentatives des communautés pour lesquelles elles travaillent et d'œuvrer en leur nom. Les gouvernements peuvent soutenir le volontariat en créant un cadre législatif propice au travail des organisations fondées sur le bénévolat et permettant à la population de pratiquer facilement ce type d'activité. Les autorités ont tout à gagner à collaborer avec ces organismes dans un esprit de partenariat. Une législation favorable au volontariat devrait :
c) On ne saurait refermer ce chapitre de la relation entre les États et les Sociétés nationales sans examiner les questions touchant les ressources et le financement. Les Sociétés nationales sont des organisations volontaires à but non lucratif qui doivent recueillir des fonds auprès de diverses sources pour financer leurs activités. Dans la plupart des pays, il y a souvent concurrence pour l'accès aux ressources entre une multitude d'organisations bénévoles. Rappelons toutefois que les Statuts du Mouvement appellent les États, au paragraphe2 de l'article2, à «[encourager] la création d'une Société nationale sur son territoire et en [favoriser] le développement».
De la même manière, et pour donner suite à la demande formulée par la XXVIe Conférence internationale en 1995, la Fédération internationale a coordonné la rédaction d'une loi-type sur les Sociétés de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge, qui sera présentée à la Conférence de 1999 (voir l'Annexe III au présent recueil). L'objet de cette «loi-type» sur les Sociétés nationales de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge est d'encourager les gouvernements et les Sociétés nationales à accorder toute l'attention nécessaire aux aspects juridiques de la tâche consistant à soutenir et sauvegarder les fonctions des Sociétés nationales, et, parallèlement, de proposer des dispositions types touchant les principaux domaines de préoccupation du Mouvement, dont les législateurs peuvent s'inspirer. Les Sociétés nationales ont un mandat très particulier, défini par les États dans les Conventions de Genève, dans les Statuts du Mouvement et dans des résolutions de la Conférence internationale. Dans leur pays, les Sociétés nationales accomplissent au nom des autorités des fonctions publiques dans le domaine humanitaire. Il est dans l'intérêt général des États de protéger concrètement ces fonctions, afin que les Sociétés nationales demeurent capables de les assumer, dans les conditions définies par l'État et formulées dans des traités internationaux ainsi que dans les résolutions de la Conférence internationale (y compris dans les Principes fondamentaux). Afin d'aider les Sociétés nationales à respecter les Principes fondamentaux, il est essentiel que les autorités prennent des engagements, sous forme d'un texte de loi, pour garantir par exemple qu'il n'existe qu'une seule Société nationale de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge dans un même pays, qu'elle soit ouverte à tous les membres de la société et jouisse de leur confiance, qu'aucun obstacle – de nature fiscale par exemple – ne s'oppose à ce que la Société nationale reçoive un soutien financier de la part de la population, que son nom et son emblème ne puissent être usurpés, que les principales forces religieuses, financières ou politiques n'influencent pas la Société en faveur d'intérêts particuliers plutôt que l'intérêt général des personnes les plus vulnérables, etc. Ces raisons ont convaincu de nombreux États d'adopter une loi spéciale ou d'accorder un statut juridique particulier, différent du statut habituel des organisations non gouvernementales, à leur Société nationale de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge. Ces lois spéciales définissent la nature juridique de la Société nationale, son mandat ainsi que les principes qui guident son activité (tels qu'ils sont définis dans les instruments internationaux évoqués ci-dessus), les mesures d'appui, financier et autre, octroyées par l'État, telles qu'exonérations fiscales sur les avoirs et les revenus de la Société, mesures d'incitation fiscales pour encourager les dons du public, etc. En outre, pour être reconnue par le CICR conformément aux Statuts du Mouvement, et admise au sein de la Fédération internationale, la Société nationale de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge doit être reconnue par le gouvernement du pays comme auxiliaire des pouvoirs publics dans leurs activités humanitaires, afin d'être autorisée à accomplir les fonctions attribuées aux Sociétés nationales par les Conventions de Genève. Cette loi portant sur la reconnaissance de la Société nationale doit être adoptée par la plus haute autorité possible de l'État (pouvoir législatif ou pouvoir exécutif). Dans de nombreux pays, le texte officiel consacrant la reconnaissance de la Société nationale par le gouvernement a été adopté par une loi approuvée par le pouvoir législatif, ou suivi par l'adoption d'une telle loi. L'adoption et la forme de ce genre de loi dépendent toutefois de la constitution de chaque pays. Ce projet de loi-type, qui se fonde sur une analyse de la législation actuellement en vigueur dans plus de vingt pays de toutes les régions du monde, a été préparé par la Fédération internationale et le CICR dans le cadre de la Commission conjointe pour les Statuts des Sociétés nationales. Il a fait l'objet de discussions avec des membres des organes directeurs et de gestion, ainsi qu'avec des juristes, des Sociétés nationales du Ghana, de l'Ouganda, du Suriname, des États-Unis d'Amérique, de la Chine, de l'Allemagne, du Danemark, du Royaume-Uni, de l'Autriche, de la Suède, de la Bulgarie, de la Fédération de Russie et du Bélarus. La Fédération internationale et le CICR ont l'intention de poursuivre la mise au point de cette loi-type après la XXVIIe Conférence, en collaboration avec des experts des gouvernements et des Sociétés nationales intéressés. Premièrement, il serait approprié de réviser le projet de loi-type à la lumière de l'évaluation de l'assise juridique des Sociétés nationales, dans le cadre de l'étude approfondie sur la relation actuelle entre les États et les Sociétés nationales que le projet de Plan d'action demande à la Fédération internationale et au CICR d'entreprendre. Deuxièmement, la loi-type est conçue avant tout pour servir d'outil aux gouvernements. Il serait donc judicieux de consulter les experts des gouvernements intéressés afin de tenir compte du point de vue des «utilisateurs» ainsi que de la diversité des systèmes juridiques. C'est la Fédération internationale qui jouera le rôle directeur dans ce domaine, en coopération avec le CICR et les Sociétés nationales intéressées, et avec l'appui de celles-ci dans le cadre du volet «développement institutionnel» de son plan stratégique 2000-2010. L'étude de l'évolution des relations entre les États et les Sociétés nationales ne doit pas se limiter aux aspects juridiques touchant le statut des Sociétés nationales. Il faut aussi accorder l'attention nécessaire à la raison d'être des Sociétés nationales, c'est-à-dire leurs programmes et leurs activités, lorsqu'ils sont entrepris en conjonction avec les pouvoirs publics à l'échelon national ou local. Il convient de rappeler que les Statuts du Mouvement stipulent, au paragraphe3 de l'article2, que «Les États (...) soutiennent, chaque fois que possible, l'action des composantes du Mouvement. De leur côté, ces dernières soutiennent, conformément à leurs statuts et autant que possible, les activités humanitaires des États». 14. La section 12b) ci-dessus a traité de l'importance du volontariat et de l'importance de l'appui fourni par les États pour permettre son développement. a) Confrontées à des bouleversements sociaux et politiques de grande ampleur, les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge se doivent de mieux saisir les tâches qui leur incombent en matière de volontariat. Il y a deux grandes catégories de questions à résoudre. La première concerne la nature et l'objet du travail volontaire: pourquoi est-il utile et approprié dans divers contextes économiques, sociaux et politiques, et comment s'inscrit-il dans les objectifs stratégiques du Mouvement? Le deuxième ensemble de questions concerne l'administration des programmes qui recourent au volontariat: étant donné les bouleversements sociaux et politiques intervenus, comment faire pour mieux recruter et mieux soutenir les volontaires? Dans ce contexte, il est indispensable d'entreprendre un travail de recherche et de définition de lignes de conduite, afin que la Fédération internationale et les Sociétés nationales parviennent à une meilleure compréhension analytique des tâches qui leur incombent, ainsi que des stratégies, des compétences, des structures, des activités et des cultures d'organisation qu'elles doivent encourager pour résoudre les problèmes que pose le volontariat à notre époque. b) La nature de la relation entre les États et les Sociétés nationales, qui a été examinée lors de la dernière Conférence internationale en 1995, n'a pas d'équivalent et confère de nombreux avantages aux deux parties. Au fil des ans, le statut des Sociétés nationales – auxiliaires des pouvoirs publics, mais en toute indépendance – leur a permis de jouer un rôle important pour répondre aux besoins humanitaires prioritaires des citoyens de leur pays, en temps de paix comme en temps de guerre. Et pourtant, au seuil d'un nouveau millénaire, il est important de réexaminer cette relation entre les États et les Sociétés nationales afin de s'adapter aux besoins et aux réalités d'un monde en mutation. La notion de Société nationale «auxiliaire des pouvoirs publics dans le domaine humanitaire», telle qu'elle est inscrite dans les Statuts du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, a une origine historique claire et précise. À l'origine, cette notion était utilisée dans le domaine étroit des secours aux soldats blessés et malades sur le terrain. C'est en somme l'idée même de Henry Dunant: des sociétés de secours qui assistent les services médicaux des forces armées. Il n'était pas question à l'époque de laisser des organismes privés de ce type intervenir sur les champs de bataille autrement que sous l'égide des autorités militaires, à la fois pour des raisons de sécurité et pour éviter que des abus soient commis par des tiers et par l'ennemi. Avec le temps, les fonctions des Sociétés nationales ont évolué. Dès 1863 – date de la création des premières Sociétés de la Croix-Rouge – ou presque, elles ont cessé de se limiter aux secours aux soldats blessés et malades, et même de se restreindre aux seules tâches associées à la guerre. Aujourd'hui, la plupart des activités des Sociétés nationales concernent des programmes sociaux et de santé ainsi que des tâches de secours qui ne sont pas directement liées au conflit. Et pourtant, aujourd'hui encore, en cette fin XXesiècle, la notion d'«auxiliaire» demeure pertinente pour les activités des Sociétés nationales, comme l'indiquent clairement plusieurs éléments. La notion d'«auxiliaire» est inscrite dans les Statuts du Mouvement, en particulier dans les dispositions concernant la définition des Sociétés nationales et les conditions de leur reconnaissance par le CICR, puis de leur admission au sein de la Fédération internationale en qualité de membre. Ces textes exigent l'adoption par l'État d'un texte législatif portant reconnaissance de la Société nationale, et la présence d'autres dispositions fiscales ou éléments touchant les relations officielles entre les États et leur Société nationale. Qui plus est, ce rôle d'«auxiliaire» est reflété aussi dans la relation particulière entre les États et les programmes des Sociétés nationales, qui bénéficient souvent de l'appui des pouvoirs publics. Il est arrivé que des fonctions importantes soient déléguées par l'État à une Société nationale, sur la base d'un accord spécial, par exemple dans les domaines de la transfusion sanguine, des services d'ambulance et de la formation du personnel infirmier. Le Mouvement est conscient depuis longtemps déjà des difficultés potentielles qui découlent de ce rôle d'auxiliaire. Ainsi, peu après la Seconde Guerre mondiale, plusieurs Conférences internationales ont insisté sur la nécessité de l'indépendance des Sociétés nationales par rapport au gouvernement de leur pays. Ce besoin d'indépendance a été réaffirmé par un grand nombre de résolutions adoptées par les Conférences internationales. Il a aussi été rappelé par le Principe fondamental de l'indépendance, inscrit dans les Statuts du Mouvement. Ces Statuts stipulent que tout État partie aux Conventions de Genève s'engage, en adoptant les Statuts du Mouvement, à respecter en tout temps l'adhésion de toutes les composantes du Mouvement aux Principes fondamentaux. Cet équilibre entre, d'une part, la nécessité de relations étroites entre l’État et la Société nationale du pays et, d'autre part, la nécessité pour la Société nationale de préserver son indépendance (en particulier pour ce qui touche au choix des programmes et des bénéficiaires) doit être préservé. Malheureusement, les critères permettant de s'assurer que cette indépendance est pleinement respectée ne sont pas toujours clairs. Bien que certains aspects puissent varier selon la situation socioéconomique et culturelle du pays, il y a sans aucun doute des éléments qui pourraient être précisés, en particulier ceux qui touchent l'assise juridique des Sociétés nationales. c) L'Assemblée générale de la Fédération internationale a décidé en 1997 de lancer la procédure de définition d'un nouveau plan stratégique, et elle a, à cette fin, nommé une Commission de planification stratégique, qui s'est vu confier un double mandat:
La Stratégie 2010, qui sera soumise pour adoption à l'Assemblée générale en octobre 1999, est axée sur l'amélioration des conditions de vie des personnes vulnérables. La Stratégie 2010 a pour objet de faire en sorte que les programmes de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge soient plus sensibles aux vulnérabilités locales. Bien consciente du risque de disperser trop largement les capacités disponibles, la Stratégie 2010 propose de concentrer les efforts sur les programmes permettant à la Croix-Rouge et au Croissant-Rouge d'apporter le plus de valeur ajoutée. Quatre «domaines de base» étroitement liés aux thèmes principaux de leur programme d'action ont été identifiés aux fins de la définition des programmes, pour assurer l'unité d'action. Ces «domaines de base» sont «promotion des Principes fondamentaux du Mouvement et des valeurs humanitaires», «intervention en cas de catastrophe», «préparation aux catastrophes» et «santé et soins à l'échelon communautaire». Concentrer les efforts permettra d'offrir des services de meilleure qualité, de mieux définir l'identité de l'institution et d'arrêter des prises de position plus précises grâce auxquelles la Fédération internationale pourra contribuer à bâtir un monde plus sûr respectant davantage l'être humain, réduisant et allégeant les souffrances et améliorant la santé et les soins dans la communauté. Pour atteindre ces objectifs, la Stratégie 2010 s'attaque à la nécessité de bâtir des Sociétés nationales plus solides et de développer la coopération tant à l'intérieur du réseau de la Fédération qu'avec les partenaires extérieurs. Notes : 1. Avant 1868, l'interdiction des armes empoisonnées – motivée par leurs effets excessifs – faisait partie des anciennes lois de la guerre en Inde, en Grèce, à Rome et au Moyen-Orient. En 1863, aux États-Unis, le Code Lieber (instructions données aux forces fédérales lors de la guerre de Sécession) « excluait totalement » ce moyen de guerre, pour les mêmes raisons. 2. Déclaration à l'effet d'interdire l'usage de certains projectiles en temps de guerre, signée à Saint-Pétersbourg le 29 novembre - 11 décembre 1868. 3. Protocole additionnel I de 1977, article 35.2. 4. Avis consultatif de la Cour internationale de Justice sur la licéité de la menace ou de l'emploi d'armes nucléaires, La Haye, 8 juillet 1996, rôle général no 95, par. 79. 5. Le concept de « maux superflus » figure dans Règlement concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre (La Haye) de 1899 et 1907, article 23 e). L'expression française couvre les deux notions rendues en anglais par superfluous injury et unnecessary suffering. 6. La traduction en anglais de l'original français «propres à causer» a varié dans le temps, mais depuis le Protocole additionnel II de 1977, l'équivalence est rétablie. 7. Protocole additionnel I de 1977, article 36. 8. Voir Section C de ce document. |