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15-05-2009  Éclairage  
Afghanistan : portraits d’aveugles
Dad-e-Khuda, Zalmai et Jamaluddin sont tous aveugles et vivent dans le marastoon du Croissant-Rouge afghan à Kaboul. Ils y trouvent le soutien dont ils ont besoin pour vivre, et peuvent y acquérir de nouvelles compétences qui leur redonnent espoir en un avenir meilleur.

©CICR/VII/James Nachtwey/v-p-af-e-01513
Dad-e-Khuda, 32 ans, a perdu la vue à 11 ans en jouant avec un engin non explosé.

Dad-e-Khuda, 32 ans, a perdu la vue à 11 ans. Il jouait dans un champ avec des amis lorsqu’un engin abandonné a explosé. « Tout d’abord, je n’ai rien senti, se rappelle-t-il. Puis je me suis assis sur une pierre et je me suis rendu compte que j’avais mal au visage. » Il a perdu l’usage de ses deux yeux.

Aujourd’hui, Dad-e-Khuda est l’un des quelques hommes aveugles qui vivent dans le marastoon du Croissant-Rouge afghan à Kaboul. Le marastoon, littéralement « maison d’accueil », abrite plus de 100 hommes, femmes et enfants démunis de tout le pays.

« Je suis ici depuis 10 ans, raconte Dad-e-Khuda. Les quatre premiers mois je ne faisais rien, mais ensuite j’ai commencé à suivre des cours pour aveugles. Je suis en neuvième année maintenant. »

Il espère que ses études lui permettront de devenir enseignant. « Aller à l’école me permet de découvrir le monde », dit-il.

Bien qu’il partage sa grande chambre claire avec d’autres pensionnaires, Dad-e-Khuda mène une existence solitaire, écoutant et apprenant par cœur le Saint Coran. Il admet lui-même être un solitaire. « Le marastoon me fournit de la nourriture et des vêtements, remarque-t-il. Je n’ai besoin de rien d’autre. Ma famille me rend parfois visite. »

« Je vis ici maintenant », ajoute-t-il, faisant référence au marastoon, « mais je n’y resterai peut-être pas toute ma vie. En apprenant le Saint Coran, je pourrai travailler comme enseignant et vivre seul. »

* * *

©CICR/VII/James Nachtwey/v-p-af-e-01512
Zalmai, qui vit au marastoon depuis 23 ans, a progressivement perdu la vue, jusqu’à ne plus pouvoir travailler.

À 54 ans, Zalmai vit au marastoon depuis 23 ans. Chaque jour, il commence par réciter ses prières et passe une grande partie de la matinée assis au soleil devant sa chambre, à bavarder avec les autres hommes aveugles. Sa journée se termine par d'autres prières et la récitation de sourates du Saint Coran.

« Les aveugles n’ont aucun avenir, dit-il. C’est comme de vivre sous terre. »

Quand il était jeune, Zalmai vendait des chewing-gums et des billets de loterie pour gagner sa vie, mais sa vue s’est détériorée et les temps sont devenus durs. Lorsqu’il a perdu la vue, il a été expulsé de la maison où il vivait et s’est retrouvé au marastoon.

« Je resterai ici aussi longtemps qu’on me nourrira, fait-il remarquer. Dieu seul sait ce qui arrivera à l’avenir. »

* * *

©ICRC/J. Powell
Aveugle depuis l’enfance, Jamaluddin a une femme aveugle et une fille de sept ans, bien-voyante.

La famille de Jamaluddin vivait dans un village à quelque 30 kilomètres de Kaboul. Il a perdu la vue à deux ans, quand on lui a administré un médicament « local » pour soigner une douleur aux yeux. « Je serai aveugle pour le reste de ma vie », soupire-t-il.

Grâce à un couple de Canadiens qui lui ont enseigné le braille, Jamaluddin a obtenu un poste d’enseignant à l’école des aveugles et son avenir est assuré. « Après nous avoir donné des cours, ils sont rentrés dans leur pays », dit Jamaluddin, parlant de ses professeurs. « Ils étaient bons. Je prie pour eux chaque jour. »

Il souhaiterait avoir son chez-soi, mais les loyers sont beaucoup trop élevés pour son salaire d'enseignant. De plus, il a découvert que les gens sont réticents à louer une maison à un non-voyant : « On me dit, ‘Vous êtes aveugle. Vous pourriez mettre le feu à la maison’. »

Ce type de sentiment n’a pas cours au marastoon, où Jamaluddin vit depuis sept ans avec sa femme aveugle et leur jeune fille, qui ne l’est pas. « La nourriture est bonne, dit-il satisfait, ils me donnent des vêtements et il y a du bois pour le feu. »

Surtout, il est heureux d’avoir un travail qui lui fait oublier ses soucis chaque jour. « Venez visiter l’école, supplie-t-il. Il y a beaucoup d’enfants aveugles. Ne venez pas me voir, moi, venez voir les enfants. Si vous pouviez les aider, ce serait très gentil. »

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15-05-2009