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22-05-2009  Éclairage  
Afghanistan : un moment de répit à Kaboul
Quand la tristesse de la vie si souvent manifeste dans les rues poussiéreuses de Kaboul devient insupportable, le mieux est de se rendre au centre de réadaptation physique Ali Abad du CICR, en périphérie de la ville, comme l’a découvert Jessica Barry, coordonnatrice du CICR chargée de la communication.

©CICR/J.Barry
Idris dans la salle de physiothérapie. Faridoon est à gauche.

Ceux qui n’ont jamais visité le site spacieux du centre de réadaptation physique du CICR à Kaboul ont une excuse pour penser qu’un centre pour handicapés physiques est un endroit étrange pour retrouver le moral, mais ils ont tort.

Récemment, un après-midi, alors que j’étais assise sur un banc de jardin près d’une rangée de lits d’hôpital aux draps blancs dont les occupants prenaient le soleil dans la douce lumière du printemps, j’ai découvert que c’était un endroit non seulement de souffrances partagées, mais aussi d’espoir partagé. Tous ici, hommes, femmes et enfants, n’ont pas seulement en commun le fardeau de leur handicap, mais également foi dans le processus qui vise à les aider à le surmonter.

Prenons par exemple Idris Nawrozi, 12 ans, qui souffre de spina-bifida. Plus tôt dans l’après-midi, cet aîné de quatre enfants jouait bruyamment dans la salle de physiothérapie en courant après une petite balle jaune, quand il a vu entrer son ami et mentor Faridoon. Il s’est précipité pour lui dire bonjour. « Idris est le premier de sa classe à l’école », indique Faridoon, 29 ans, un physiothérapeute formé par le CICR qui est lui-même handicapé.

Aujourd’hui, Idris peut marcher et jouer, ce qui n’aurait pas été possible si un ami de la famille n’avait pas parlé à ses parents du centre de réadaptation physique du CICR et ne les avait pas encouragés à y emmener leur fils pour une consultation. Après une opération et trois ans de réadaptation , Idris peut dorénavant marcher tout seul et aller à l’école en bus. Mais son oncle doit encore le porter pour monter et descendre la colline où se trouve sa maison, les pentes raides étant trop difficiles à gérer pour lui. Surtout, Idris reçoit aussi une éducation, à la fois dans une école normale et au centre de réadaptation physique. Il est passionné par les langues.

« Le handicap n’est pas seulement la difformité et les problèmes physiques », explique Faridoon, quand Idris repart en gambadant, faisant rebondir sa balle jaune. « Il entraîne aussi des problèmes psychologiques. C’est pourquoi nous encourageons nos patients à s’occuper et à étudier. C’est un soutien psychologique qui les aidera dans leur vie. »

Ailleurs dans cette grande pièce claire, Naghmah, sept ans, une enfant à l’air grave et aux cheveux clairs, essaie sa prothèse pour la première fois. Blessée par une moto un an plus tôt, elle a passé les 12 derniers mois sur des béquilles. Aujourd’hui, son père, Sadar, l’a enfin amenée à Kaboul depuis leur ferme à Baghlan pour qu’elle se fasse soigner, et Naghmah fait ses premiers pas hésitants sur sa nouvelle jambe.

©CICR/J.Barry
Naghmah, une fille de sept ans au visage grave, a perdu sa jambe lors d’un accident de la route.

« Il faudra environ deux semaines avant qu’elle ne soit prête à rentrer chez elle, explique Faridoon. Elle devra ensuite revenir tous les trois mois pour faire vérifier sa prothèse. Et celle-ci devra être changée régulièrement à mesure qu’elle grandit. »

Sadar, enchanté, fait remarquer : « Sa mère sera la femme la plus heureuse au monde lorsqu’elle la verra à nouveau marcher ».

Le centre de réadaptation physique du CICR à Kaboul a été ouvert en 1988. Depuis, cinq autres centres ont été établis en Afghanistan. Initialement, le programme était uniquement prévu pour les victimes de mines terrestres et autres blessés de guerre. Mais avec le temps, des personnes souffrant de toutes sortes de handicaps – notamment pieds-bots, polio et paralysie due à des lésions de la moelle épinière– y ont été admises. L’un des plus importants des nombreux programmes du centre est celui qui est destiné aux enfants souffrant de paralysie cérébrale. Quelque 9 000 jeunes sont inscrits.

Enamullah, neuf ans, est en pleine séance dans la salle d’exercice pour les patients atteints de paralysie cérébrale, quand Faridoon entre. Son père, Haji Asadullah, un homme d’affaires de Ghazni qui a amené son fils à Kaboul le jour même, le regarde placer avec difficulté des pièces en plastique dans un panneau de bois perforé. Sa barbe grise et son turban noir rayé lui donnent un air majestueux.

Il est vital que les parents d’enfants souffrant de paralysie cérébrale – un handicap physique qui se traduit par des troubles du mouvement dus à des lésions aux centres moteurs du cerveau – les encouragent à faire régulièrement leurs exercices chez eux. Trop fier pour se charger lui-même de cette tâche, Asadullah n’en apprécie pas moins l’importance. « J’apprends à ma femme et à ma fille les exercices qu’on me donne pour mon fils, dit-il. Elles s’occupent de lui. »

©CICR/J.Barry
La paralysie cérébrale entrave les mouvements d’un enfant ; elle est due à des lésions cérébrales. Enamullah a des difficultés à marcher.

Les améliorations, bien que lentes, sont néanmoins réelles. « Enamullah aurait eu du mal à faire ce type d’activité précise au début », observe Faridoon, montrant le plateau perforé, désormais rempli. « Nous pouvons aussi l’aider à mieux marcher et à ne pas tomber. »

Il ajoute, pensif : « Nous pouvons améliorer ses conditions de vie, mais nous ne pouvons pas le guérir ».

La découverte de solutions à ce qui semble être des difficultés insurmontables est peut-être ce qui fait du centre de réadaptation physique un lieu où il est si stimulant de passer un après-midi. Mais ce n’est pas son seul enchantement. Cet endroit est une oasis de tranquillité au milieu du chaos de la circulation. Le complexe, contrairement à la majeure partie de Kaboul, n’est pas entouré de murs de protection en béton, mais d’une simple barrière de fer verte. Des gardes surveillent l’entrée et fouillent chaque visiteur pour vérifier qu'ils ne portent pas d'armes, car elles sont interdites. Les voitures sont également contrôlées. Les gardes sourient.

Juste avant que la chaleur de l’après-midi commence à faiblir et que les lits des patients soient ramenés à l’intérieur, un homme portant une chemise et des pantalons traditionnels, un costume appelé shalwar kameez, s’approche d’un ami couché à plat ventre sur un matelas. Ils n’échangent aucun mot, juste des gestes. Pouces levés, pouces baissés. Puis les pouces timidement levés à nouveau… une poignée de mains, un au revoir et les deux se séparent.

C’est un moment d’une grande simplicité, mais il résume tout ce qu’il y a de bon dans le travail accompli à Ali Abad. Il évoque la compassion et la bienveillance ; l’amitié et la communauté. Il dit au patient – un jeune homme aux yeux d’un bleu extraordinaire : tu n’es pas seul.

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22-05-2009