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31-10-2007  Éclairage  
Afghanistan : sur le front des soins de santé
Sharifa Seddiqi est une femme étonnante. Non seulement c'est la seule chirurgienne de la province méridionale afghane de Kandahar, ravagée par la guerre, mais en plus elle dirige le principal hôpital de la région.

©ICRC/ M. Kokic /af-e-00773
Un blessé par balle dans le service des soins intensifs.

C'est un travail qui demande du courage. L'hôpital Mirwais de Kandahar dessert une population de 3 millions de personnes dans ce qui demeure l'une des régions les moins sûres et les plus violentes du pays. C'est aussi un endroit où la société est résolument traditionnelle et où les femmes continuent de subir des contraintes particulièrement fortes.
« Bien sûr, une femme en Afghanistan doit affronter de grandes difficultés, notamment pour acquérir un métier », déclare le docteur Seddiqi, 38 ans, vêtue d'une ample robe noire et la tête couverte d'un long châle blanc. « Mais j'ai eu la chance que ma famille m'ait toujours soutenue. Je suis fière d'être maintenant à un poste aussi important. »

Même se rendre au travail le matin peut présenter un danger. « Avec tous les attentats suicides et les explosions, j'ai parfois peur d'être tuée, d'être au mauvais endroit au mauvais moment, confie la chirurgienne. Mais je ne peux pas pour autant rester enfermée chez moi. »

En tant que directrice de l'hôpital, le docteur Seddiqi collabore étroitement avec le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), qui soutient l'hôpital Mirwais depuis onze ans. Après avoir réhabilité le service chirurgical, l'institution a étendu son soutien à tout l'établissement, qui compte 380 lits, en signant récemment un accord sur cinq ans avec le ministère de la Santé publique afin de mettre en œuvre un ensemble de réformes.

« Ensemble, nous voulons avant tout élever les normes des services hospitaliers à un niveau convenu à l'échelon national, et faire en sorte qu'il y ait à la fois l'équipement et les compétences nécessaires pour répondre aux besoins des patients à l'avenir, explique le Dr Seddiqi. Nous avons déjà réalisé beaucoup de choses, mais comme vous allez le voir, il reste encore un long chemin à parcourir. »

Après avoir participé à quelques réunions et traité des questions administratives, la directrice entame, comme chaque matin, sa tournée des services.

Passant devant de petits groupes de femmes enveloppées jusqu'aux pieds dans la traditionnelle burka, qui attendent avec inquiétude devant une salle d'opération, elle fait une remarque à un groupe de quatre policiers armés encadrant leur collègue blessé. Elle leur demande de laisser leurs armes à l'extérieur. Ils refusent. « C'est un vrai problème, soupire-t-elle. Dans cet hôpital, on voit entrer et sortir des hommes armés appartenant aux différents groupes de combattants des alentours, et cela rend les gens nerveux. Mais nous sommes en train de construire une nouvelle barrière de sécurité qui permettra de démilitariser réellement l'établissement. »

À l'unité de soins intensifs pour hommes, la chirurgienne voit les nouveaux cas. Ont été admis deux hommes blessés par balle lors d'un cambriolage et un garçon de six ans dont le visage et le torse sont contusionnés, et les mains et les pieds très abîmés : il a trouvé un engin explosif dans son jardin et l'a ramassé. « Les accidents de voiture représentent généralement la grande majorité des patients en chirurgie, précise le Dr Seddiqi. Mais nous recevons parfois beaucoup de blessés de guerre, militaires ou civils, y compris des victimes de mines. »

Dans l'unité de soins intensifs pour femmes, qui est séparée, il y a plusieurs patientes brûlées. Une adolescente dont les jambes sont bandées de gaze est amenée à la salle de bains délabrée, pour la toilette. « Malheureusement, nous continuons à voir pas mal de jeunes femmes dont la vie est un véritable calvaire et qui tentent de se suicider par le feu, déplore le Dr Seddiqi. Dans certains cas, ce sont les maris qui mettent le feu à leurs femmes, pour les punir, mais la plupart du temps, ce sont les femmes elles-mêmes qui cherchent un moyen d'en finir. »

©ICRC/ M. Kokic /af-e-00774
Ella Scott (infirmière enseignante du CICR) examine un bébé dans l'unité pédiatrique

En traversant le service de pédiatrie, bondé, le docteur s'arrête pour parler avec la mère d'une fillette de 18 mois en état avancé de malnutrition. L'enfant, émaciée, est dans les bras de sa sœur âgée de dix ans, qui reste à l'hôpital pour s'occuper d'elle quand leur mère part. La femme a six enfants et est de nouveau enceinte.
« Le problème, c'est que beaucoup de ces personnes sont sans instruction, pauvres et déplacées par le conflit, explique le Dr Seddiqi. Il arrive souvent que les mères n'allaitent pas leurs enfants assez longtemps et qu'ensuite elles ne leur donnent que de l'eau sucrée. De plus, les enfants nés à la maison ne sont pas vaccinés. Quand ils tombent malades, il est parfois impossible de les amener jusqu'à l'hôpital, à cause de l'insécurité qui règne ici. »

Nous arrivons au département d'obstétrique au moment même où l'obstétricien expatrié du CICR essaie de mettre au monde un bébé qui se présente par le siège ; calmement, il donne des instructions à la multitude de sages-femmes, d'infirmières et de parentes pressées autour du lit.

La situation est critique : la jeune mère de 18 ans a des convulsions et est à moitié comateuse ; elle fait de l'hypertension et, à ce stade, une césarienne lui serait sans doute fatale. On trouve finalement une machine à oxygène que l'on amène dans la salle d'accouchement. Elle ne fonctionne pas.

Chassant les mouches dans la chaleur et la puanteur, l'obstétricien réussit finalement à sortir le bébé, une fille, qu'il emmène immédiatement dans la salle de soins néonatals. Secondé par une sage-femme, il dégage le nez et la bouche de la nouveau-née et lui insuffle de l'oxygène à l'aide d'une pompe manuelle, l'hôpital ne disposant pas de respirateurs. Mais leurs efforts frénétiques sont vains : au bout de quelques minutes, le cœur de l'enfant cesse de battre, et le petit corps sans vie est enveloppé dans une couverture et remis à la grand-mère.

« Au moins, dans ce cas, la mère a des chances de se rétablir, remarque l'obstétricien. Et le fait que le bébé était une fille rend, d'une certaine façon, la perte moins tragique pour la famille. La mère devra certainement avoir un autre enfant très bientôt. »

En Afghanistan, le taux de mortalité des nouveau-nés et des enfants de moins de cinq ans est parmi les plus élevés du monde, avec une moyenne de 1 000 décès par jour, d'après l'UNICEF. Cela est dû en partie au fait que 90 pour cent environ des femmes rurales, selon les estimations, accouchent à domicile sans aucun soin médical.

Pour ceux qui réussissent à atteindre l'âge adulte, l'espérance de vie n'est que de 42 ans, d'après l'Organisation mondiale de la santé. Diarrhées, infections respiratoires, paludisme et malnutrition sont les plus grandes causes de décès. L'Afghanistan est l'un des très rares pays au monde où la poliomyélite est encore endémique.

©ICRC/ M. Kokic /af-e-00772
Sharifa Seddiqi (directrice de l'hôpital de Mirwais) and Bronwen Markham (CICR) travaillent ensemble pour améliorer les soins aux patients.

« Grâce à la politique d'investissements à long terme et de soutien appliquée par le CICR, beaucoup de progrès ont déjà été réalisés, depuis l'amélioration de l'hygiène et des pratiques cliniques à la remise en état du système d'approvisionnement en eau, en passant par la formation du personnel. Cependant, les attentes du public sont parfois démesurées, déplore le Dr Seddiqi. Les gens attendent des changements rapides, sans comprendre le concept de renforcement des capacités pour obtenir des résultats durables. Quel est l'intérêt d'avoir du matériel sophistiqué si l'on ne peut pas l'entretenir ? Nous devrions nous efforcer de parvenir à des normes réalistes pour le contexte afghan – et non pour un contexte occidental – et nous rappeler que nous commençons à zéro, que nous partons d'un état de délabrement total. »
« Évidemment, il y a toujours de grosses lacunes, ajoute-t-elle. Nos priorités pour l'année prochaine sont notamment de mettre en place un système fiable de collecte de données, qui fait toujours cruellement défaut ; d'améliorer et de développer les services gynécologique et pédiatrique ; de poursuivre la réhabilitation de l'infrastructure de l'hôpital ; et, en particulier, de remettre en état la morgue. »

De retour dans son bureau, le Dr Seddiqi est assaillie par des membres du personnel et des visiteurs qui réclament son attention et demandent des solutions immédiates à une multitude de problèmes. Elle délègue calmement les tâches, puis ferme bien sa porte et se verse une tasse de thé.

« J'adore mon travail, malgré le stress », sourit-elle. Et son vœu le plus cher pour l'avenir ? « Avoir un enfant. Mais je ne quitterais pas mon travail pour autant. Il reste tant à faire. »

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31-10-2007