©CICR
Patrick Hamilton, chef adjoint sortant de la délégation du CICR à Kaboul.
Où en est le conflit aujourd’hui et comment l’avez-vous vu évoluer ces dernières années ?
Quand je suis arrivé en Afghanistan fin 2001, la plupart des régions étaient calmes. Les travailleurs humanitaires étrangers pouvaient se rendre pratiquement partout. Lorsque la vaste opération militaire internationale a commencé, à la fin de l’année 2001, l’Afghanistan a entamé à nouveau un chapitre sombre de son histoire. Début 2003, le pays est devenu nettement plus dangereux pour le personnel humanitaire, une évolution qui a culminé par le meurtre d’un délégué du CICR. Cet événement a marqué la fin de l’accès humanitaire tel que nous le connaissions et le début d’une véritable insurrection. Depuis lors, le conflit est allé en s’intensifiant. Aujourd’hui, le nombre de régions touchées continue d’augmenter et les combats deviennent plus violents.
Quelles conséquences le conflit a-t-il sur les civils ?
La population civile est prise en étau entre l’opposition armée d’une part, et les forces afghanes et internationales d’autre part.
Le conflit se déroule pratiquement au sein de la population civile, qui à l’évidence souffre donc de ses conséquences directes, notamment des tirs croisés, des frappes aériennes, des attentats suicide et des engins explosifs artisanaux.
Mais il y a aussi les conséquences indirectes. Les affrontements privent les civils de services de base tels que les soins de santé, parce que les équipes médicales ne peuvent pas accéder aux régions isolées et que les habitants ne peuvent pas venir en ville où se trouvent les médecins. Souvent, il faut des jours aux femmes enceintes pour se rendre dans un hôpital, car il n’y a pas d’établissement médical à proximité de chez elles. Nombre d’entre elles sont encore en route lorsque les contractions commencent, et certaines ont perdu la vie, avec l’enfant qu’elles portaient, faute d’avoir pu trouver de l’aide à temps.
Ces dernières années, le coût humain de la guerre n’a cessé d’augmenter, et il a maintenant atteint des niveaux effrayants. Il est temps d’inverser cette tendance !
- En Afghanistan, pratiquement tout le monde est touché par le conflit armé, que ce soit directement ou indirectement.
- Beaucoup d’Afghans ont dû fuir de leur foyer, ont vu leurs biens sérieusement endommagés, n’ont qu’un accès limité aux infrastructures de base, sont sans nouvelles de leurs proches ou ont perdu leurs moyens de subsistance.
Conclusions d’une
enquête menée en 2009 par Ipsos pour le CICR
(en anglais).
Vous dites que la manière dont cette guerre se déroule a un impact néfaste sur les civils. Que fait le CICR au sujet de la conduite des hostilités ?
Ces trois dernières années, nous avons entamé ou repris des discussions substantielles avec les pays qui ont déployé des forces armées en Afghanistan, avec l’OTAN, avec les forces de sécurité afghanes et avec l’opposition armée. L’objectif, c’est de faire en sorte que tous acceptent la mission du CICR, qu’ils nous donnent accès à ceux qui souffrent des conséquences du conflit et que nous discutions des moyens de modifier la conduite des hostilités, ce qui réduirait l’impact de la guerre sur les non combattants.
Ce que les dirigeants de toutes les parties nous disent maintenant avec une clarté sans précédent, c’est qu’ils veulent s’efforcer de protéger les civils des conséquences du conflit. Cette volonté prend forme, par exemple, dans les récentes directives tactiques de l’OTAN ou dans les récentes déclarations des chefs talibans.
Néanmoins, les combats continuent à tuer des civils. Il reste beaucoup à faire pour que cette volonté se concrétise par une meilleure protection, et la réalité ne changera pas tant que le conflit ira en s’intensifiant.
Vous parlez d’une volonté d’atténuer les conséquences que subissent les civils. Qu’est-ce qui est à l’origine de ce changement d’attitude ?
Il y a eu plusieurs facteurs. Tout d’abord, le fait que le conflit dure depuis très longtemps et qu’il va maintenant en s’intensifiant. Le grand nombre d’incidents qui frappent durement la population civile ne laisse insensibles ni les responsables politiques, ni les combattants, ni même quiconque lit les journaux. Il existe une prise de conscience croissante de la nécessité de mieux respecter les obligations juridiques et morales.
Cela étant, chacun défend aussi ses intérêts. Les deux partie veulent s’attirer la sympathie de la population, et elles sont bien conscientes qu’en causant des victimes civiles, elles ne font que se mettre à dos le peuple afghan et susciter davantage de ressentiment et de haine à leur égard.
Enfin, le dialogue discret que le CICR a entretenu avec les deux parties à permis de rendre celles-ci plus conscientes des conséquences de leurs actions. C’est un exemple de la manière dont le CICR remplit son double mandat de gardien du droit international humanitaire et de porte-parole des victimes des conflits armés.
Vous dites que la manière dont cette guerre se déroule a un impact néfaste sur les civils. Que fait le CICR au sujet de la conduite des hostilités ?
Ces trois dernières années, nous avons entamé ou repris des discussions substantielles avec les pays qui ont déployé des forces armées en Afghanistan, avec l’OTAN, avec les forces de sécurité afghanes et avec l’opposition armée. L’objectif, c’est de faire en sorte que tous acceptent la mission du CICR, qu’ils nous donnent accès à ceux qui souffrent des conséquences du conflit et que nous discutions des moyens de modifier la conduite des hostilités, ce qui réduirait l’impact de la guerre sur les non combattants.
Ce que les dirigeants de toutes les parties nous disent maintenant avec une clarté sans précédent, c’est qu’ils veulent s’efforcer de protéger les civils des conséquences du conflit. Cette volonté prend forme, par exemple, dans les récentes directives tactiques de l’OTAN ou dans les récentes déclarations des chefs talibans.
Néanmoins, les combats continuent à tuer des civils. Il reste beaucoup à faire pour que cette volonté se concrétise par une meilleure protection, et la réalité ne changera pas tant que le conflit ira en s’intensifiant.
Vous parlez d’une volonté d’atténuer les conséquences que subissent les civils. Qu’est-ce qui est à l’origine de ce changement d’attitude ?
Il y a eu plusieurs facteurs. Tout d’abord, le fait que le conflit dure depuis très longtemps et qu’il va maintenant en s’intensifiant. Le grand nombre d’incidents qui frappent durement la population civile ne laisse insensibles ni les responsables politiques, ni les combattants, ni même quiconque lit les journaux. Il existe une prise de conscience croissante de la nécessité de mieux respecter les obligations juridiques et morales.
Cela étant, chacun défend aussi ses intérêts. Les deux partie veulent s’attirer la sympathie de la population, et elles sont bien conscientes qu’en causant des victimes civiles, elles ne font que se mettre à dos le peuple afghan et susciter davantage de ressentiment et de haine à leur égard.
Enfin, le dialogue discret que le CICR a entretenu avec les deux parties à permis de rendre celles-ci plus conscientes des conséquences de leurs actions. C’est un exemple de la manière dont le CICR remplit son double mandat de gardien du droit international humanitaire et de porte-parole des victimes des conflits armés.
La plupart des Afghans ont des difficultés à accéder aux soins de santé. Qu’en est-il des victimes du conflit ?
En Afghanistan, les soins de santé de base sont assurés, au mieux. Le CICR est particulièrement préoccupé par les nombreuses attaques visant le personnel médical, les structures de santé, les malades et les blessés. De telles attaques sont contraires au droit international humanitaire et empêchent le personnel médical de travailler dans les régions où sa présence est le plus nécessaire.
D’après une enquête récente effectuée par Ipsos pour le CICR (voir encadré),plus de la moitié de la population afghane n’a que peu, voire pas accès à des soins de santé.
Et pire encore, les habitants des régions isolées ont tellement peur d’être capturés par l’une ou l’autre partie que, bien souvent, ils n’essaient même pas de se rendre dans un établissement médical en ville.
Le CICR va donc continuer à insister sur le fait que la protection des services de santé et de ceux qui en ont besoin n’est pas qu’une question de respect du droit, mais relève bien de l’intérêt de chacun.
D’un point de vue opérationnel, quels sont les défis auxquels le CICR doit faire face dans un contexte aussi complexe et dangereux que le contexte afghan ?
Le défi le plus évident consiste à obtenir des garanties de sécurité pour avoir accès aux personnes et aux lieux. De par sa nature complexe, ce conflit nous oblige à dialoguer avec toutes les parties, à tous les niveaux, afin de les amener à comprendre, à accepter et à respecter la présence et le mandat du CICR, et à nous permettre de continuer à faire notre travail.
Les efforts que nous avons déployés ces dernières années pour rétablir le dialogue avec toutes les parties ont permis de restaurer le respect et la compréhension, du moins au niveau des responsables. Nous avons ainsi été en mesure d’étendre nos activités dans des régions dans lesquelles nous n’avions pas pu pénétrer pendant un certain temps, ce qui est encourageant. Toutefois, nous devons toujours être très prudents lorsque nous nous déplaçons. Il est absolument impossible d’obtenir de solides garanties de sécurité, ne serait-ce qu’en raison des milliers d’engins explosifs artisanaux et du taux de criminalité.
Ainsi, même si le CICR est à nouveau respecté dans de nombreuses régions, ce qui nous permet de faire plus, l’Afghanistan reste un contexte opérationnel extrêmement dangereux, avec beaucoup de zones interdites.
Comment le CICR fait-il pour maintenir le contact avec l’opposition armée ?
L’opposition armée et le CICR ont très vite cherché à entamer un dialogue, et le fait que nous ayons détaché des expatriés parlant le pashto pour renforcer notre équipe dans le pays a certainement fait une différence. Les contacts réguliers que nous avons eus avec les familles qui se sont adressées à nous à propos de leurs proches détenus aux États-Unis ou en Afghanistan ont aidé à bâtir la confiance, car la population a compris que nous étions prêts à l’écouter, à prendre ses problèmes au sérieux et à intervenir, sans intentions cachées. Cet élément a été essentiel.
Le dialogue avec l’opposition armée a d’abord porté sur des questions humanitaires, notamment sur les personnes blessées lors des affrontements et sur ce que nous pouvions faire pour les aider. Nous avons ensuite pu discuter du problème de la restitution des corps, aussi bien des civils que des combattants, à leurs familles, afin qu’ils puissent être enterrés dignement.
Partant de là, nous avons pu aborder d’autres questions, telles que la conduite des hostilités et l’accès aux personnes et aux différentes zones. Nous avons également pu évoquer la facilitation d’autres programmes humanitaires, par exemple une campagne de vaccination contre la polio.
Peu à peu, nous avons convaincu toutes les parties que nous ne faisions que ce que nous avions fait ces 30 dernières années, à savoir venir en aide aux victimes de la guerre, en traitant toute personne conformément au droit international humanitaire, quelle que soit son appartenance politique. Toutes les parties nous ont vus à l’œuvre, elles ont vu que nous restions fidèles à notre mandat et à nos principes de neutralité et d’indépendance. Par conséquent, elles se sont montrées de plus en plus disposées à nous laisser faire notre travail.
Comment résumeriez-vous la position du CICR concernant l’Afghanistan ?
Du point de vue du CICR, deux choses se sont produites au cours de l’année dernière : la mauvaise nouvelle, c’est que le conflit s’est étendu et que, par conséquent, le potentiel de souffrance pour la population a aussi augmenté ; la bonne nouvelle, c’est que toutes les parties s’engagent maintenant plus concrètement dans le domaine humanitaire aux côtés du CICR. Cet engagement doit aller beaucoup plus loin, mais c’est une lueur d’espoir au cœur des ténèbres.