La finale de ce championnat, qui était organisé par l'Organisation mondiale de volley-ball pour athlètes handicapés, s’est déroulée fin décembre à Phnom Pehn. En battant la Pologne, le Cambodge a remporté la troisième place.
La famille et les amis de Phan (38 ans) ont été ravis de le voir sauter, contrer, servir et plonger à travers le terrain. Comme d'autres victimes de mines au Cambodge, Phan a non seulement récupéré sa capacité de marcher, mais il a aussi retrouvé la possibilité de gagner de l’argent et, avant tout, la dignité de vivre à nouveau sa vie.
Les champs de mutilation du Cambodge
Bien après la fin du conflit, le Cambodge demeure l'un des pays le plus infestés de mines antipersonnel au monde. Les Nations Unies estiment que plus de 40 % des villages sont contaminés et que le territoire national est jonché de quatre à six millions de mines et autres engins explosifs. Au Cambodge, on évalue à 36 000 le nombre des victimes de mines antipersonnel. Le CICR apporte son soutien à deux centres de réadaptation physique ainsi qu'à un atelier de fabrication de composants orthopédiques à Phnom Pehn. Il dispose en outre d’équipes mobiles qui se rendent dans les villages difficiles d'accès.
Phan a fait bien du chemin depuis le jour où, il y a 12 ans, il a marché sur une mine antipersonnel, près de chez lui, dans la province de Kandal. L'explosion lui a arraché la moitié inférieure de la jambe droite, et il a cru qu’il allait mourir. De retour à la maison après plusieurs semaines d’hôpital, Phan avoue être resté plongé dans une profonde dépression pendant six mois. « Je ne savais pas comment j’allais pouvoir subvenir aux besoins de ma femme et de mes enfants. Au Cambodge, c'est déjà assez difficile de gagner sa vie quand on a ses deux jambes. »
Sa vie a changé grâce aux soins qu’il a reçus au centre de réadaptation physique de Kompong Speu géré par le ministère des Affaires sociales, des Anciens combattants et de la Réinsertion des jeunes, et soutenu par le CICR.
Technologie simple
Comme d'autres handicapés cambodgiens qui réapprennent à marcher après la perte d'un membre dû à un accident de mine, Phan a reçu une jambe artificielle en polypropylène avec un pied en caoutchouc naturel, selon une technologie mise au point par le CICR. D’un coût peu élevé, la prothèse devait être simple, facile d'usage et résistante au climat. Chaque membre artificiel est spécialement adapté aux besoins de la personne.
« Je me suis rendu à trois reprises au centre : la troisième fois, ma prothèse était parfaitement adaptée », explique-t-il, en ajoutant que c'était une « sensation extraordinaire » que de pouvoir enfin se tenir debout tout seul. « Je n’aurais jamais cru que je pourrais remarcher un jour. »
Il a fallu deux mois à Phan pour s'habituer à sa prothèse et pouvoir recommencer à travailler, après quoi il s’est mis à la course et au volley-ball. Et c’est ainsi que depuis 1996, il joue dans la ligue nationale de volley-ball du Cambodge pour handicapés.
Comme sur des ressorts
Les prothèses sont contrôlées deux fois par an au centre afin de faire des ajustements et des réparations. En tant que joueur dans l'équipe nationale, Phan a eu le privilège de recevoir une prothèse high-tech qui lui permet plus de vitesse, de suspension et d'ampleur dans ses sauts. Des entreprises occidentales ont offert des articulations spéciales et des pieds dynamiques pour améliorer la performance des membres artificiels.
Comme cinq autres de ses coéquipiers, Phan a reçu sa « super jambe » juste deux mois avant le début de la coupe du monde. Il a fallu près de dix essais pour ajuster parfaitement la prothèse. Mais tout lui était offert.
Après chaque match, Phan enlève sa prothèse high-tech et remet sa jambe standard offerte par le CICR, pour un usage quotidien. Quand il n’est pas sur les terrains de volley, Phan s'entraîne au semi-marathon. Il travaille comme menuisier.
Pour Phan, la véritable victoire n'est pas uniquement dans la médaille de bronze qu'il a remportée à la coupe du monde. « Maintenant, j'arrive à faire tout ce que je faisais avant et je peux subvenir aux besoins de ma famille, comme tout un chacun. Je ne fais plus de différence entre ma jambe artificielle et l'autre. Je n’ai donc plus de quoi m’apitoyer sur mon sort », se réjouit-il.