1. De quelle manière la situation humanitaire a-t-elle évolué en RCA ces six derniers mois ?
Dans le Nord-Ouest et le Nord-Est de la République centrafricaine, la situation est relativement figée en termes de mouvements de population. Les gens qui ont fui leurs villages pour se réfugier en brousse sont, pour la plupart, toujours en brousse. Le début de la saison des pluies constitue le changement principal. Les déplacés vont devoir vivre une seconde saison des pluies sous la bâche ou des abris de fortune. Donc, si les opérations militaires n'ont connu que de légers soubresauts ces derniers mois, notamment à Birao début mars, les besoins humanitaires se sont aggravés.
L'évaluation de ces besoins n'est d'ailleurs pas tâche facile vu l'étendue des régions concernées et l'éparpillement relatif des organisations humanitaires. Le CICR est présent de manière permanente à Paoua et à Kaga Bandoro et nous allons ouvrir une sous-délégation à Birao, ce qui nous permettra d'avoir une meilleure vue d'ensemble. À ce stade, il est important de ne pas oublier la population résidente qui elle aussi a dû subir les conséquences des affrontements armés, tout comme les personnes qui sont retournées sur leurs terres ont besoin d'assistance. Pour faire court, les besoins sont gigantesques car ils découlent des conséquences des conflits mais également de décennies de sous-développement et d'une pauvreté endémique.
2. En quoi consiste la réponse du CICR ?
En gros, le CICR s'est engagé en 2007 en faveur de 100,000 personnes, la plupart étant déplacées. Des distributions ont commencé fin avril dans la région de Paoua, d'autres sont sur le point d'avoir lieu dans celle de Kaga Bandoro. Notre action s'étendra dans le Nord-Est quand nous serons prêts logistiquement.
Notre réponse est pluridisciplinaire puisqu'elle inclut des articles de première nécessité, comme des couvertures, des moustiquaires, des ustensiles de cuisine, mais aussi des outils agricoles et des filets de pêche ainsi que la réhabilitation des points d'eau dans des endroits stratégiques.
La réponse du CICR est également et avant tout fondée sur la protection. En ce sens, nous essayons de convaincre les porteurs d'armes de changer de comportement, qu'ils appartiennent aux forces régulières, à la Garde républicaine ou aux groupes rebelles. Nos contacts bilatéraux avec eux sont toujours l'occasion d'insister sur le sort de la population civile et sur le respect des principes fondamentaux s'appliquant à la conduite des hostilités. Évidemment, une assistance matérielle aux victimes des conflits internes s'avère en l'espèce nécessaire.
3. Le CICR augmente en cours d'année son budget pour la RCA. Quelles en sont les raisons ?
Précisons immédiatement que le montant de cette rallonge s'élève à CHF 5,539,000, pour un budget initial pour les activités en RCA en 2007 de CHF 5,249,321.
Les fonds obtenus vont nous servir à intensifier les opérations sur le terrain. Contrairement à d'autres pays où nous intervenons, qui peuvent disposer d'un port et d'un réseau routier acceptable, la République centrafricaine est un défi logistique. Pour être efficace en Centrafrique, il faut non seulement importer les biens d'assistance mais aussi les acheminer à l'intérieur du pays. Ceci se fait par avion la plupart du temps et donc requiert la mise en place d'un système logistique coûteux, d'autant plus que certaines parties du pays ne sont pas accessibles par la route quatre à cinq mois par an.
Rajoutons que la volonté du CICR d'assurer assistance et protection au plus près des bénéficiaires implique également un investissement certain en termes de personnel et de structures de fonctionnement dans un pays où rien ou peu de choses existent, même si nous sommes très vigilants sur les dépenses engagées. En fin de compte, c'est surtout l'augmentation du nombre de victimes que nous voulons atteindre qui détermine le coût de nos programmes. Rappelons que ce nombre est passé en 2007 de 40,000 à 100,000 personnes.
4. La sécurité constitue-t-elle un problème ?
Les conditions de sécurité sont volatiles et compliquées et il reste beaucoup à faire pour mieux comprendre les interactions locales et vraiment être efficace. À titre d'exemple, il a fallu que s'écoule un an après l'ouverture du bureau de Paoua pour que nous saisissions tous les dangers qu'impliquent nos déplacements dans cette région infestée par les coupeurs de route. Il faut du temps. Ce n'est pas en traversant le pays une fois que l'on va comprendre les besoins de la population, les dangers qu'elle court et l'environnement sécuritaire.
Heureusement, l'image de la Croix-Rouge est très bonne en général, grâce à une approche neutre et impartiale, et également à la Société Nationale qui fait preuve d'efficacité opérationnelle malgré des moyens assez limités. Les humanitaires sont parfois confrontés à des accusations mettant en cause leur impartialité, du style "Vous n'aidez que les rebelles", mais ceci est monnaie courante dans tous les contextes et fait l'objet de constantes clarifications auprès des différents acteurs.