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13-02-2008  Éclairage  
Tchad : avec les déplacés de N'Djamena
Des milliers de personnes ont fui les combats dans la capitale tchadienne pour trouver refuge dans des lieux plus sûrs. Les équipes du CICR et de la Croix-Rouge du Tchad viennent à leur rencontre. Reportage de Inah Kaloga, du CICR.

Au cours des jours qui ont suivi les combats qui ont secoué la capitale tchadienne, le CICR et la Croix-Rouge du Tchad ont mobilisé leurs équipes afin de prendre en charge les blessés, et de collecter et inhumer les dépouilles. Mais, ce n’est là qu’un exemple des activités menées par la Croix-Rouge pour venir en aide aux victimes du conflit tchadien.

« Je suis très contente de vous voir. Retrouver des gens qui viennent de N'Djamena, ça nous rassure et nous encourage à rentrer, car nous sommes là depuis quatre jours, sans nouvelles, inquiets », nous confie Henriette, une mère de famille qui a quitté la capitale tchadienne au plus fort des combats pour se réfugier à Kormanda, une petite localité en périphérie, à proximité du poste frontière de Kousseri, au Cameroun.

Elle explique à des volontaires de la Croix-Rouge du Tchad et aux équipes du CICR qui les accompagnent les circonstances de son départ de N'Djamena, en pleine nuit, avec six enfants, dont le plus âgé a 13 ans. Henriette souhaite rentrer ; elle veut revoir sa maison, ses amis et prendre des nouvelles de certains de ses proches restés à N'Djamena.

Les équipes de la Croix-Rouge ont entrepris de parcourir la ville et ses environs afin d'évaluer les besoins de la population et de s'informer de la situation des personnes qui ont dû se déplacer à cause du conflit. Beaucoup ont trouvé refuge chez des proches ou des amis, alors que d’autres ont été accueillies par des familles bienveillantes.

Quatre heures de marche enceinte

C'est le cas de Madjiguinam, une jeune femme de 28 ans qui vient de donner naissance à son premier enfant. Profitant de l'accalmie qui a suivi les combats, Madjiguinam, enceinte, a quitté N'Djamena le 4 février au matin. « Je craignais que ça ne reprenne. Mon mari travaille dans l'est du Tchad et j'avais peur de rester là, sans soutien pour mon enfant qui allait naître. Je savais que ma tante était venue ici. Dès que le calme est revenu et que les combats ont cessé, j'ai réuni quelques affaires et je me suis mise en route.

« J'ai marché quatre heures ; il n'y avait presque personne dans les rues. Arrivée [à Kormanda], j'étais tellement fatiguée, que j’ai immédiatement commencé à avoir des contractions. Cela a duré quatre jours ; j'avais peur ; c'était ma première grossesse, vous comprenez ? ». À l'issue de ce long travail, Madjiguinam, aidée par des femmes du village, a donné naissance, le 9 février à l'aube, à un petit garçon, dont, faute de moyen de communication, le père ignore l'arrivée.

« C'est également notre travail de nous assurer que les gens vont bien, d'évaluer leurs besoins et de tout mettre en oeuvre pour nous assurer que les autorités responsables prennent des mesures pour atténuer les conséquences de ce conflit », explique Thomas Merkelbach, chef de la délégation du CICR à N’Djamena.

En parcourant la ville

Nombreux sont ceux qui ne connaissaient que la mission médicale de la Croix-Rouge. Au fur et à mesure des jours, alors que les volontaires de la Société nationale sillonnent la ville pour suivre la situation des habitants, identifier et localiser les personnes qui ont dû partir, et enregistrer celles qui ont perdu tout contact avec leurs proches, les termes « protection » et « assistance », pierre angulaire de la mission de la Croix-Rouge du Tchad, prennent tout leur sens.

Si beaucoup de personnes ont quitté leur foyer à cause des combats, la plupart rentrent petit à petit et tentent de reprendre le cours de leur vie. Madjiguinam et son enfant seront dirigés vers des structures médicales, et la Croix-Rouge s'assurera que son époux ait enfin des nouvelles d'elle.

« Nous sommes partis sans rien, la peur au ventre. Nous n'étions pas blessés, mais nos âmes étaient vides. Maintenant nous ne savons pas ce qui nous attend, mais à travers cette épreuve, nous avons appris énormément. La solidarité des communautés qui nous ont accueillis et la sollicitude de la Croix-Rouge qui est venue jusqu'ici, dans ce village éloigné, pour savoir si des gens de N'Djamena s'y trouvaient, tout ça, c'est inestimable pour nous », conclut Henriette.

Alors qu’Henriette rentre chez elle et que Madjiguinam berce son enfant, les équipes de la Croix-Rouge continuent d'évaluer les conséquences de cette bataille, quartier après quartier, personne par personne. « C'est une question de respect et de dignité pour ces personnes qui pourraient être ma mère, mon frère, ma sœur. Ils n'y sont pour rien ; la guerre les a trouvés là, mais leur vie les attend à N'Djamena », résume simplement un volontaire.

©CICR/I. Kaloga
Kormanda, en périphérie de N'Djamena. Un volontaire de la Croix-Rouge du Tchad parle avec Henriette et ses enfants.

©CICR/I. Kaloga
Kormanda. Madjiguinam, avec son petit garçon, né alors qu'elle fuyait la capitale.

©CICR/I. Kaloga
Kormanda. Un volontaire de la Croix-Rouge du Tchad note les informations concernant les personnes déplacées afin d'évaluer les besoins.

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13-02-2008