Accueil
  English
  Arabic
  Russian
  Chinese
Aidez les victimes de la guerre : faites un don au CICR aujourd'hui
children-statement-060207
6-02-2007  Déclaration  
Le CICR dit « non » au recrutement des enfants-soldats
Discours prononcé par Alain Aeschlimann, responsable de la Division des activités de protection du Comité international de la Croix-Rouge, à l'occasion de la Conférence "Libérons les enfants soldats" organisée par l'UNICEF et le ministère des Affaires étrangères français à Paris, le 6 février 2007

Voir aussi le communiqué de presse publié le 12.02.2007 à l’occasion de la Journée de la main rouge.

©ICRC
Alain Aeschlimann

Excellences, mesdames et messieurs les Ministres,

Permettez-moi d'abord de remercier très sincèrement le gouvernement français et l’Unicef d'avoir invité le CICR à participer à cette très importante conférence internationale.

Le pourquoi et le comment les enfants sont recrutés représentent des questions complexes exigeant des réponse variables et adaptée aux différents contextes tous différents les uns des autres. Il ne peut donc y avoir de réponse simple, ni uniforme.

©ICRC/W. Lembryk/cd-e-00611
Congo (RDC), dans un centre pour ex-enfants soldats démobilisés.

Le respect de la dignité humaine et des droits des individus, dont les enfants, en particulier dans les conflits armés, dépend d'un faisceau de facteurs qui, ensemble, participent à la création d'un environnement propice à la protection. La responsabilité centrale pour un tel environnement repose sur les autorités concernées. J'emploie ici le terme générique qui recouvre toutes les autorités (qu'elles soient étatiques ou internationales en cas de forces multinationales, voire traditionnelles ou claniques) et les groupes armés. Ceci implique l’existence d’une volonté politique et de certaines capacités.

Cette responsabilité inclut l'adhésion aux traités internationaux pertinents, l'adoption de lois et directives, l'établissement d'institutions fiables, l'éducation et la formation, l'adoption de sanctions en cas de violations et le dédommagement d'éventuelles victimes.

Tous les Etats qui ne sont pas parties au conflit ont une responsabilité de faire respecter le Droit International Humanitaire selon les Conventions de Genève et jouent aussi un rôle central pour établir cet environnement favorable. Il en va de même des médias, des ONGs internationales, du système des Nations Unies ainsi que des Tribunaux et d'autres institutions et mécanismes internationaux.

Sur les plans national et local, les différentes composantes de la société civile, dont les ONGs, observent et contribuent à développer cet environnement favorable.

La réponse de tous ces différents intervenants ne peut être simple, ni réduite à un seul dénominateur commun. Il faut des actions diverses et complémentaires. L'action humanitaire du CICR est un élément constitutif important d'un tel environnement. Depuis sa création, il œuvre en faveur des victimes des conflits. Par leur vulnérabilité, les enfants sont au cœur de ses efforts. Le CICR se réjouit de l'intérêt beaucoup plus marqué de la communauté internationale à leur égard.

Le CICR s'efforce de développer des approches complémentaires par rapport à celles d'autres acteurs et intervenants. Sa valeur ajoutée est liée à sa très longue expérience des conflits armés, son expertise en droit international humanitaire, son caractère d'institution et d'intermédiaire strictement neutre et indépendant, sa proximité avec les victimes et son dialogue avec les autorités et les autres porteurs d'armes à tous les niveaux, sa capacité de déploiement rapide, son engagement dans la durée et sa volonté de réponse multidisciplinaire aux besoins.

Plus concrètement, le CICR participe à la prévention du recrutement d'enfants de deux manières: par son action dans le domaine normatif et par ses activités opérationnelles sur le terrain.

Le développement du droit et des standards internationaux constitue une priorité. Gardien et promoteur du Droit International Humanitaire, le CICR a joué un rôle important dans la rédaction de projets de textes et les conférences diplomatiques qui ont abouti à l'adoption des Conventions de Genève en 1949 et de leurs deux Protocoles additionnels en 1977. Le droit humanitaire protège les enfants à deux niveaux. D'abord, pour autant qu'ils ne participent pas directement au conflit, ceux-ci bénéficient des protections générales de la population civile contre les effets des hostilités. Ensuite, ils ont droit à une protection spéciale en reconnaissance de leurs vulnérabilités particulières. Concernant leur recrutement ou leur participation aux hostilités, les Protocoles additionnels ont fixé l'âge minimum à 15 ans. En 1977, il n'avait pas été possible d'obtenir plus.

Ensuite, le CICR a contribué, en tant qu'expert, à tous les travaux des conférences qui ont abouti aux développements significatifs du droit international touchant à la protection des enfants dans les conflits armés: la Convention relative aux droits de l'enfant, son Protocole facultatif , le traité d'Ottawa et le Statut de la Cour pénale internationale. Une lecture attentive du Protocole facultatif montre qu'il n'établit pas un âge minimum uniforme pour le recrutement et la participation aux hostilités à 18 ans. Par exemple, le recrutement volontaire d'enfants de 15 ans dans les forces armées gouvernementales est encore permis. Il y aura là matière à développement du droit dans le futur. Le CICR, les différentes Sociétés nationales de la Croix Rouge et du Croissant Rouge et leur Fédération internationale soutiennent un âge limite universel de 18 ans.

De même, des développements comme les Engagements et les Principes de Paris, à l'élaboration desquels le CICR a aussi contribué de manière significative avec l'UNICEF et d'autres organisations spécialisés, permettent une avancée importante.

Comme condition de son application, le droit international doit être intégré dans le droit national. Les services consultatifs en droit international humanitaire du CICR jouissent d'une grande expérience pour assister les Etats dans la mise en œuvre nationale de normes internationales protégeant la personne humaine.

Sur le plan opérationnel, le CICR est présent dans tous les théâtres de conflits. Il développe un large spectre d'activités en faveur des enfants en contribuant à leur protection. Son action est centrée sur la réalité du terrain, orientée vers des solutions effectives et concrètes, basée sur le dialogue avec les personnes concernées.

La grande majorité de ses activités a d'une manière ou d'une autre une fonction préventive. Permettez moi de mettre en évidence quelques activités opérationnelles qui contribuent plus particulièrement à la prévention du recrutement et de l'utilisation d'enfants:


    1. Le CICR réalise régulièrement des démarches auprès de groupes armés comme auprès d'autorités et forces gouvernementales sur la base de contacts qu'il a eus avec des membres de famille d'enfants, d'informations recueillies d'une autre manière et du monitoring qu'il effectue. Le CICR considère comme crucial d'établir et de maintenir un dialogue régulier avec tous les acteurs concernés. Grâce à son caractère neutre et impartial, le CICR a souvent un accès aux groupes armés que peu, voire aucun autre acteur n'a. Le CICR rappelle sans relâche les obligations qui incombent aux forces et groupes armés, y compris l'interdiction de recruter des enfants. C'est ainsi que nous avons obtenu la démobilisation de nombreux enfants, principalement en Asie et en Afrique.

    Outre le caractère illégal du recrutement d'enfants, le CICR insiste, dans ses contacts avec les forces et groupes armés, sur le fait que les enfants associés avec eux conservent certains droits et protection aussi pendant leur association. Ceci inclut le droit de ne pas être maltraités ou abusés sexuellement et de recevoir de la nourriture et les soins nécessaires.

    2. Pour être respecté, le droit doit être connu. Le CICR organise ainsi des programmes de formation et de promotion de la connaissance du droit humanitaire et des autres normes fondamentales pour les forces armées, les forces de police et les autres porteurs d'armes. Finalement, il est aussi important de sensibiliser et faire connaître leurs droits à tous les publics – à commencer par les enfants eux-mêmes, en particulier par la mise à disposition des autorités éducatives des modules intitulés « explorons le droit humanitaire ».

    3. Le dernier point que j'aimerais mentionner ici est le droit des enfants de vivre avec leurs familles. Les enfants qui se retrouvent seuls, sans la protection normalement assurée par l'environnement familial, dans un contexte déchiré par la guerre, sont beaucoup plus facilement recrutés.


Notre action en faveur des enfants non accompagnés, la localisation de leurs proches, l'échange de messages familiaux et les réunifications de familles constituent un élément crucial pour la prévention du recrutement. En 2006, le CICR a réunifié 2000 enfants avec leurs familles, dont près de 1000 enfants démobilisés. A fin décembre, il y avait encore 8'000 cas en suspens dont environ 600 enfants démobilisés. Pour les enfants démobilisés, le CICR s’efforce de suivre la situation de l'enfant après réunification avec sa famille.

Ces dernières années, le CICR a de plus en plus développé directement des activités ou soutenu conjointement avec la Fédération internationale des activités de Sociétés nationales de la Croix Rouge et du Croissant Rouge d'aide à la réintégration et d'assistance à des enfants démobilisés dans des centres provisoires ou dans leur communauté. Il est convaincu qu'une bonne réintégration est le meilleur moyen de prévention du re-recrutement. Or, en liaison avec les débats de hier après-midi, nous avons une préoccupation. Dans des pays où la fin des hostilités est assez récente et où le processus reste fragile, comme la Sierra Leone ou le Libéria, et où les cas restants sont en général des cas difficiles vu l'écoulement du temps, des ONGs, en particulier actives dans le domaine de la médiation et de l'appui psychologique, ont dû ou sont sur le point de mettre un terme à leurs programmes, faute de financement. L'engagement de longue durée indispensable auprès des enfants démobilisés est ainsi compromis.

La nécessité d'éradiquer le phénomène de recrutement d'enfants s'impose comme une œuvre d'humanité et de justice. Le CICR se réjouit de la présence d'autant de représentations gouvernementales à cette conférence et souhaite qu'elle résulte en des engagements fermes et concrets pour bannir de la réalité l'expression "enfant soldat".

Je vous remercie de votre attention.

Partager :
Autres documents dans cette section :
Droit humanitaire > Les enfants dans la guerre 

Vers le haut
Accueil | Plan du site | Recherche | Quoi de neuf | Contacts | Copyright | Politique de confidentialité | RSS
© 2008  Comité international de la Croix-Rouge
6-02-2007