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19-10-2009  Éclairage  
Sandra, combattante de la guérilla en prison : « C'est extrêmement dur d'être séparée de mon enfant »
À la prison El Buen Pastor de Bogota, des dizaines de femmes ayant combattu au sein des nombreux groupes armés colombiens se battent désormais pour rester en contact avec leurs enfants. Témoignage de Sandra, qui continue de croire en son avenir malgré une longue peine d'emprisonnement.


©CICR/VII/Franco Pagetti/v-p-co-e-00606
Sandra (chemisier rose) à la prison pour femmes El Buen Pastor de Bogota. Une section de la prison est occupée par 75 détenues accompagnées de leurs enfants.

Je m'appelle Sandra. J'ai 30 ans et je suis détenue à la prison pour femmes El Buen Pastor de Bogota, en Colombie. Une amie en dehors de la prison s'occupe de ma fille de huit ans. J'ai aussi un fils de deux ans, qui vit avec moi. Le matin, il va au jardin d'enfants de la prison, et l'après-midi, il joue dans notre cour avec six autres bambins. Nous sommes 75 détenues dans la section de haute sécurité appelée Patio 6.

J'ai décidé de prendre les armes quand j'avais treize ans, à une époque où les paramilitaires de la région de l'Uraba commettaient beaucoup d'actes de violence. Après qu'ils ont eu tué mon beau-frère et harcelé ma jeune sœur, j'ai choisi de rejoindre les FARC.

Ma famille a dû quitter ses terres, et mon rêve d'étudier un jour la médecine s'est brisé. En rejoignant la guérilla, j'ai pu acquérir des connaissances pratiques de la médecine. J'ai travaillé comme auxiliaire médicale auprès des communautés indigènes et d'afro-descendants dans les départements de Risaralda, Choco, Caldas et Quindio.

Il y a huit ans, alors qu'on évacuait des blessés, j'ai moi-même été blessée. Mes camarades m'ont envoyée à la ville pour que je me fasse soigner. Un ancien collègue m'a reconnue et m'a livrée à l'armée. J'étais alors enceinte de trois mois. Je courais le risque de perdre mon bébé, et la prison de la ville de Pereira, où j'étais détenue, n'avait pas les moyens de payer le traitement médical dont j'avais besoin. J'ai donc sollicité l'aide de la Croix-Rouge, qui a demandé instamment à l'Institut national pénitentiaire et carcéral de Colombie (INPEC) de me transférer à Bogota pour que je bénéficie de soins médicaux adéquats, payés par la Croix-Rouge.

Ma famille vit du produit de sa ferme, dans une zone rurale. Pour elle, c'est très compliqué de se rendre jusqu'au bureau de la Croix-Rouge de la ville la plus proche pour obtenir des billets d'autocar gratuits afin de venir me rendre visite à Bogota. Il y a des jours où j'ai hâte de revoir ma mère ; ma mère sera toujours ma mère. Les enfants aussi me serrent parfois le cœur. Être séparée de son enfant est dur à vivre, extrêmement dur. Même si ces huit années passées derrière ces murs m'ont appris à être forte, en réalité, je porte un masque : à l'intérieur, je suis faible.

©CICR/VII/Franco Pagetti/v-p-co-e-00615
Dans la prison El Buen Pastor.

Avant, ma fille pouvait me rendre visite une fois par semaine. Mais depuis février, la nouvelle réglementation n'autorise les enfants à venir nous rendre visite que le dernier dimanche de chaque mois. Dans cette prison, nous sommes plus de 1 200 détenues. La plupart ont des enfants, des petits-enfants, des neveux, des nièces et des cousins. Les jours de visite, de longues files d'attente se forment, tous les enfants sont fouillés au corps, alors cela prend du temps. Du fait de la surpopulation, nous ne pouvons passer que cinq heures par mois, en moyenne, avec nos enfants.

Ma longue peine de prison, plus que tout, est inhumaine. J'ai été incarcérée à l'âge de 22 ans. Quand je sortirai de là, je serai une mère célibataire de 35 ans avec deux enfants à charge. Dans ce pays, c'est difficile de trouver un emploi pour une femme de cet âge.

Je ne veux pas abandonner le secteur médical, je veux étudier la psychologie de l'enfant. Le manque d'argent est un obstacle pour l'instant, mais je crois aux miracles (rires)… Quand il y a l'envie, il y a la volonté, et quand il y a la volonté, alors nos vœux peuvent se réaliser.

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19-10-2009