Ce document est extrait de la brochure Vidas desplazadas publiée par la délégation du CICR à Bogota
Les personnes déplacées en Colombie
Par Barbara Hintermann, chef de la délégation du CICR en Colombie
Voir aussi :
les témoignages de Aurora, José et Ana
les activités du CICR en Colombie, janvier-juillet 2007
le film : Colombie : en quête de sécurité
La situation humanitaire en Colombie est difficile à vivre pour la population civile. L’une des conséquences de la situation actuelle est le déplacement forcé de millions de Colombiens qui ont été obligés d’abandonner leur maison, leurs terres, leurs cultures, leurs animaux et leur culture propre, pour affronter la froideur et l’hostilité des grandes villes où ils sont arrivés pour la plupart, et où la solidarité est souvent absente.
En Colombie et en particulier dans le cadre du conflit armé, la mission humanitaire du CICR inclut le maintien d’un contact permanent avec les victimes et la mise en place de différents programmes et projets intégrés afin de satisfaire aux besoins essentiels de ces personnes.
S’agissant des obligations de l’État colombien en matière d’assistance aux personnes affectées par le conflit armé, il faut mentionner les progrès importants qui ont été réalisés dans le domaine de la politique publique d’aide aux personnes déplacées. Le déplacement y est notamment reconnu du point de vue juridique, grâce à la promulgation de la loi 387/97 et de ses décrets réglementaires qui reconnaissent les droits des personnes déplacées et qui ont permis d’augmenter de façon substantielle le budget alloué à l’assistance humanitaire.
Malgré ces efforts louables qui ont été consentis de la part de l’Etat colombien et notamment des entités qui constituent le Système national d’aide à la population déplacée (Sistema Nacional de Atención a la Población Desplazada, SNAIPD), il est nécessaire de renforcer davantage les mesures d’assistance afin de redonner aux personnes déplacées la jouissance des droits dont ils ont été privés.
Je suis convaincue qu’avec les institutions solides dont dispose le pays, un engagement accru du gouvernement colombien, le soutien de la coopération internationale et la solidarité de la société civile en général, on devrait pouvoir mettre fin à la situation de vulnérabilité dans laquelle vivent les personnes déplacées. Mais il est nécessaire de ne pas se limiter à l’assistance humanitaire d’urgence ; il faut réussir à garantir leur intégration socioéconomique ou leur retour.
De son côté, le CICR, dont l'équipe est animée d'un grand sens de l'engagement, continuera de travailler, jour après jour, au renforcement de ses programmes d’assistance, s'efforçant ainsi d’être plus proche des victimes du conflit afin de leur fournir la protection et l’assistance requises, en fonction de leurs besoins les plus urgents et en tenant compte des différences propres à chacun.
Programme d’assistance du CICR à la population déplacée en Colombie
Par Christine Oberli, Coordinatrice de l'assistance à la délégation du CICR en Colombie
Les modalités de l’aide
L'aide est fournie à la population selon la façon dont elle se déplace :
- Sous forme d’aide globale, quand plusieurs familles se déplacent vers la commune principale la plus proche de leur lieu d’habitation. Dans ces cas, le CICR fournit une assistance directe à l’endroit où les victimes arrivent.
- En tant qu’aide individuelle, quand les familles partent une à une et qu’elles arrivent en général dans les grands centres urbains où le CICR leur apporte une assistance. Le personnel du CICR évalue les besoins au cas par cas et fournit ensuite l’assistance requise.
Jusqu’en 2002, les déplacements massifs représentaient le plus grand nombre de personnes assistées, totalisant près de 60 % de l'aide fournie par le CICR. Ces quatre dernières années cependant, les déplacements individuels sont parvenus à représenter 66 % de cette aide, ce qui montre bien qu’il y a une augmentation des déplacements « au goutte à goutte ».
L’aide du CICR consiste à fournir des aliments qui couvrent les besoins essentiels des personnes déplacées pendant une durée maximale de trois mois, pouvant néanmoins aller jusqu’à six mois pour les familles qui se trouvent dans des conditions spéciales de vulnérabilité (femmes, hommes ou adultes majeurs seuls chefs de famille, orphelins et familles comptant un handicapé). Sont également distribués, en une seule fois, des articles de ménage essentiels : articles de toilette, de cuisine, vaisselle, linge, draps, matelas ou hamacs, couvertures et moustiquaires.
Le Mouvement international de la Croix-Rouge
Depuis 2003, et grâce au programme de coopération conclu entre le CICR et la Croix-Rouge colombienne, l’assistance a été étendue aux personnes qui se déplacent à titre individuel vers les villes moyennes ou grandes. Ces programmes de coopération permettent au CICR de couvrir les besoins de 30 % des bénéficiaires de l’assistance individuelle.
La protection des victimes
Quand des populations sont ainsi déplacées, le CICR ne se limite pas à fournir une aide humanitaire d’urgence aux familles, il s’efforce aussi, par un dialogue confidentiel, de sensibiliser les parties au conflit aux conséquences humanitaires de ce conflit sur la population qui en est victime.
D’autre part, dans le cadre de son mandat, le CICR organise différentes activités qui visent à protéger la vie des personnes qui ont été victimes, entre autres, de menaces ; il les conseille et leur apporte le soutien dont elles ont besoin dans chaque cas.
L’accès à la santé
La santé est une des préoccupations principales des personnes déplacées. Pour que les familles puissent bénéficier d’une assistance médicale, le CICR les aide à se déplacer, à se loger et à obtenir des médicaments.
Les autres solutions possibles comme aide humanitaire
Pour que l’aide humanitaire qui est apportée corresponde mieux aux besoins des victimes des déplacements, un programme de distribution de bons a été mis en place en 2005 à Bogota. Il s’agit de permettre aux familles déplacées de pouvoir faire leurs courses sur des marchés proches de leur lieu de résidence et en fonction de leurs habitudes de consommation
(pour en savoir plus sur les bons d'achat).
Par ailleurs, et afin de contribuer à améliorer la sécurité alimentaire des familles déplacées, le CICR soutient depuis 2003 la création de cultures organiques de cycle court et l'élevage d'animaux de basse-cour.
Que signifie la coordination pour le CICR ?
En Colombie, la demande d’assistance humanitaire est grande. Toutes les mesures présentées plus haut requièrent une coordination permanente avec d’autres organisations pour venir en aide aux victimes du conflit armé. Sans pour autant renoncer à son indépendance et à sa neutralité, le CICR reconnaît qu’il est important de compléter les ressources dont dispose chacun afin d'apporter une assistance humanitaire plus étendue et plus efficace. C’est pour cette raison par exemple qu’il a contribué, ces dernières années, au renforcement institutionnel des Unités d’accueil et d’orientation (
Unidades de Atención y Orientación, UAO).
L’assistance que le CICR a dû fournir à la population déplacée lui a permis d’acquérir une plus grande expérience dans ce domaine et de renforcer l’équipe de professionnels dont il dispose, qui est fermement engagée à poursuivre le travail humanitaire en faveur des victimes du conflit armé colombien.
Depuis que la délégation du CICR en Colombie a lancé, en 1997, son programme d’assistance humanitaire d’urgence, 1 024 940 personnes (soit 222 579 familles) ont reçu un soutien. Parmi celles-ci, 53 % sont des mineurs.
Sur les cinq dernières années, on estime que 6,2 % de l’aide humanitaire a bénéficié à des indigènes et 11,8 % à des afro-colombiens. Sur l’ensemble des familles qui ont bénéficié de l’aide, 18 % étaient des foyers dont le soutien de famille était une femme seule.
D'autres documents sont disponible sur le site du CICR en espagnol (radio spots, tv spot, affiche et d'autres témoignages