27-08-2007 Éclairage Sa fille et son petit-fils ont eu la vie sauve, mais son mari a été tué « Ces individus sont arrivés dans la région et, en moins d’un mois, ils étaient dans le village. Ils nous rassemblaient à tout moment et nous disaient que si d’autres personnes armées venaient, que nous ne leur donnions rien. Ils nous menaçaient tout le temps. Les épouses et les mères de famille pleuraient ; elles cherchaient leurs maris et leurs enfants qui avaient disparu ». Par ce témoignage, Amalia de la Concepción Navarro donne une idée de ce qu’elle a eu à affronter à l’époque où elle vivait dans un village de la région de Montes de María (Sucre). ©ICRC/ C. Rios
Amalia se souvient qu’avec son mari, ils travaillaient très dur pour pouvoir vivre dignement. Elle avait une petite épicerie et une voiture pour s’approvisionner en marchandises. Son mari, Emiro Cohen Torres, travaillait la terre et cultivait des arachides, de l’igname, du sésame et du tabac, principalement, qu’il vendait dans toute la région. Un jour, tandis que María était allée acheter du maïs à El Carmen (Sucre) pour son petit commerce, elle a entendu des rumeurs, qui semblaient sérieuses, selon lesquelles des gens en armes s’apprêtaient à attaquer le village où elle vivait. Prise d’angoisse, elle a appelé les siens, leur demandant de s’enfuir. Son mari a d’abord hésité à abandonner la maison, mais leur fille a fini par le convaincre. C'est ainsi qu'avec 36 autres familles, ils ont quitté le village. Le lendemain, le 18 février 2000, comme rien de ce qu’ils craignaient n’était arrivé, son mari et sa fille ont décidé de retourner à la maison. « Ce même jour, l’après-midi, des hommes armés ont fait irruption dans le village : ils ont fait sortir de leurs maisons plus de 300 personnes et les ont rassemblées sur la place principale, raconte Amalia. Parmi elles se trouvaient mon mari, ma fille avec son petit garçon d’un an et le mari de ma fille. À ses dires, les assaillants se sont mis à tirer, tuant beaucoup de monde devant les yeux des enfants. À un moment donné, quelqu’un a donné l’ordre d’emmener les femmes et les enfants vers une maison. » Tandis que son village était à feu et à sang, Amalia essayait de son côté de sortir d’El Carmen. « Les routes étaient bloquées, se souvient-elle. Tant bien que mal, je me suis frayé un chemin hors de la ville avec ma voiture, mais je n'ai pas tardé à être arrêtée. On m'a fait descendre du véhicule, qui a été incendié avec le maïs que je transportais. Alors que j'étais à la recherche d'un autre moyen de transport, quelqu'un m'a appelée pour me faire savoir que ma fille et mon petit-fils avaient eu la vie sauve, mais que mon mari avait été tué. » Après deux jours d’une attente angoissante, Amalia est parvenue à trouver un véhicule qui l’emmène au village. « Mon mari avait déjà été enterré. À la maison, tout avait été détruit : le frigidaire était criblé de balles et le téléviseur avait été fracassé. À l'épicerie, ils avaient tout cassé. Je me retrouvais à la rue, mon mari avait été tué et ma fille était traumatisée de ce qui était arrivé à son père. Elle est restée très longtemps complètement muette, sans parler à personne. » « Nous avons alors décidé de nous installer à El Carmen. Nous avons trouvé une maison pour loger toute la famille. Heureusement, j’ai pu récupérer de l’argent qu’on devait à mon mari pour du tabac qu’il avait livré, ce qui nous a permis de survivre un moment. » « Puis nous sommes partis pour Sincelejo (Sucre). En arrivant là-bas, je suis allée trouver la Croix-Rouge internationale, qui nous a donné son soutien en nous fournissant des vivres pour ma famille, ainsi que du petit matériel divers qui nous a été très utile le temps de nous installer. » Après bien des difficultés, Amalia a pris la décision de s’établir à Sincelejo. Grâce à un subside qu’elle a reçu du gouvernement, elle a pu se procurer un toit. « Aujourd’hui, la vie est dure pour moi. Pour survivre, je me débrouille : je vends des boissons que je confectionne et je fais de la couture avec une machine qu’on m’a donnée. Je n’ai pas d’autres solutions. »
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