Contexte politique et humanitaire
Pendant plus de 40 ans, le gouvernement colombien et les groupes armés organisés se sont affrontés pour contrôler le territoire et les ressources naturelles. Ce conflit a eu des conséquences désastreuses sur le plan humanitaire, à savoir des déplacements massifs de populations, des exécutions sommaires, des disparitions de personnes, des prises d'otages et le recrutement forcé d'enfants.
Le CICR travaille en Colombie depuis 1969, année où il commença à visiter les personnes privées de liberté à cause du conflit armé. Depuis, la délégation du CICR en Colombie a augmenté considérablement l'assistance qu'elle fournit à la population déplacée, mis en place des projets dans les domaines de l'agriculture, l'approvisionnement en eau et l'assainissement, et, en tant qu'intermédiaire neutre et indépendant, facilité à plusieurs reprises la libération d'otages. Elle s'est également montrée très active dans la promotion du droit international humanitaire auprès de toutes les parties au conflit armé, des autorités politiques, de la société civile et des universités.
Assistance aux personnes déplacées
Comme cela était déjà le cas, le conflit armé a forcé les civils à fuir leur foyer et à chercher refuge à la périphérie des grandes villes et dans les villes. Les départements d'Antioquia, de Nariño, Caqueta, Putumayo et d'Arauca ont été particulièrement touchés par les déplacements internes en 2007. Les déplacements de personnes ont augmenté de 20 %, tandis que les déplacements massifs ont diminué de 23 %. Dans l’ensemble, le montant de l'aide fournie par le CICR à la population déplacée a augmenté de 6 %.
Le Programme alimentaire mondial des Nations Unies et le CICR ont réalisé une étude approfondie de la situation socioéconomique des personnes déplacées à Bogota, Cucuta, Florencia et Medellin. Les autorités locales et nationales ont salué l'étude, qui constitue une importante source d'informations et les aidera à fournir une assistance mieux coordonnée. L'étude a également permis de sensibiliser les médias et l'opinion publique aux conséquences socioéconomiques des déplacements forcés.
En 2007, le CICR a distribué :
- une aide alimentaire à 47 000 personnes déplacées ;
- des bons alimentaires à 20 000 personnes déplacées ;
- des articles ménagers de première nécessité à plus de 66 000 personnes déplacées.
Protection
Le CICR a maintenu une présence dans les zones les plus durement touchées par le conflit armé et il a continué à réunir des informations sur des allégations de violations du droit humanitaire, portant pour la plupart sur des disparitions de personnes (346 cas) et des exécutions sommaires (326 cas). En outre, 55 cas de violences sexuelles ont été signalés ; après s'être entretenues avec des délégués du CICR, les victimes ont bénéficié d'une assistance et ont été orientées vers des structures médicales appropriées. Le CICR a rassemblé des données sur un certain nombre de cas d’enfants recrutés de force dans des groupes armés. Entre-temps, l'Institut colombien d'aide sociale (ICBF) a pris en charge cinq enfants qui avaient été relâchés par des groupes armés et remis au CICR ; il leur a apporté un soutien psychologique et les a aidés à se réinsérer dans la société.
Au total, 214 démarches ont été faites auprès de porteurs d'armes au sujet de violations du droit humanitaire. Le CICR a agi en tant qu'intermédiaire neutre et indépendant lors de la libération de 23 personnes qui étaient détenues par des groupes armés organisés. Plus de 2 300 civils qui avaient été menacés ont reçu une aide financière pour pouvoir se rendre dans des zones plus sûres, tandis que les familles de plus de 300 victimes d'exécutions sommaires ou personnes décédées à la suite du conflit armé ont bénéficié d’un soutien économique pour les frais de funérailles. Le CICR a également récupéré les corps de 11 membres de l'assemblée départementale de Valle del Cauca, qui avaient été détenus par les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie), afin de les rendre à leurs familles.
Détention
La délégation a collaboré étroitement avec le service pénitentiaire colombien (INPEC) pour améliorer les conditions générales de détention dans les prisons du pays et élaborer un programme de santé plus autonome. Un spécialiste du CICR a travaillé avec les services sanitaires de l'INPEC pour améliorer la qualité des soins de santé donnés aux détenus.
Il n'a malheureusement pas été possible de visiter les otages et les détenus retenus par des groupes armés organisés.
- Le CICR a visité 5 490 détenus (dont 1 485 enregistrés pour la première fois) au cours de 762 visites dans 410 lieux de détention.
- Avec le soutien du CICR, 1 834 détenus ont reçu la visite de parents proches.
- 21 détenus ont été équipés de prothèses et d'orthèses grâce à un accord de partage des coûts conclu entre l'INPEC et le CICR.
Soutien aux victimes de mines
En collaboration avec le ministère de la Protection sociale et la Croix-Rouge colombienne, le CICR a apporté son concours à diverses sessions de formation aux premiers secours et à la gestion clinique des patients blessés par arme, destinées au personnel médical travaillant dans les zones à risques. Il a également joué un rôle majeur dans la création d'un groupe de travail chargé d’aider le ministère de la Protection sociale et le service national d'apprentissage à mettre en place des programmes de formation conformes aux normes internationales, à l’intention des orthoprothésistes.
- Le CICR a traité plus de 400 nouvelles victimes de mines terrestres et autres restes explosifs de guerre, et les a orientées vers des structures médicales adaptées à leurs besoins ;
- Il a formé 232 agents de promotion sanitaire et infirmiers auxiliaires venant de 78 postes et centres de santé ;
- Il a formé 126 infirmiers et médecins à la gestion clinique des patients blessés par arme ;
- Il a équipé 38 nouveaux patients de prothèses et d'orthèses.
Promotion du droit international humanitaire
Autorités politiques
La Colombie est partie à la plupart des traités de droit international humanitaire, mais elle doit encore ratifier le Protocole relatif aux restes explosifs de guerre (Protocole V à la Convention sur certaines armes classiques). La délégation a créé un groupe de travail composé de représentants de plusieurs instances gouvernementales, dont le ministère des Affaires étrangères, le ministère de la Défense et le bureau du vice-président. Ce groupe a élaboré un document de travail détaillant les avantages et les difficultés que présente pour la Colombie l’adhésion à cet instrument juridique.
Le CICR a rencontré à plusieurs occasions les membres de la Cour constitutionnelle afin de promouvoir différentes questions relatives au droit humanitaire. Ces rencontres ont contribué à ce que la Cour adresse une recommandation au Congrès pour qu’il ratifie le Deuxième Protocole relatif à la Convention de La Haye pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé, et décide d'élaborer un ensemble de mesures juridiques en faveur des personnes portées disparues et de leur famille.
Forces armées
La délégation a travaillé étroitement avec les divisions sur le terrain, les bataillons et les écoles militaires afin de faire connaître les règles de droit humanitaire, diffuser des informations sur le mandat et les activités du CICR, et exposer les conséquences du conflit armé sur le plan humanitaire.
- Le CICR a organisé 185 séances d'information auxquelles ont participé plus de 14 650 militaires.
Police
Avec la Croix-Rouge colombienne et les forces de police nationales, le CICR a élaboré un guide sur le droit humanitaire pour permettre à plusieurs unités spéciales des forces de police d'incorporer les règles et les principes du droit humanitaire dans leur programme d'enseignement principal.
- Le CICR a fait 85 présentations devant plus de 2 800 policiers qui participent régulièrement à des hostilités.
Groupes armés organisés
Le CICR a continué de s'entretenir sans témoin avec toutes les parties au conflit armé, en mettant l’accent sur les conséquences des violations du droit humanitaire et en présentant ses activités et le mandat dont il est investi. Ces entretiens lui ont permis de poursuivre ses activités humanitaires dans les zones contrôlées par les FARC et l'ALN (Armée de libération nationale). Le CICR a également organisé plusieurs séances d'information sur le droit humanitaire pour des combattants rebelles.
Société civile
Les médias
La délégation du CICR était en contact régulier avec les médias nationaux et internationaux afin de les tenir informés des activités menées par l'institution et de les sensibiliser aux conséquences du conflit sur le plan humanitaire.
- Le CICR a mis sur pied plusieurs ateliers de 45 heures à l'intention de plus de 160 journalistes ;
- La délégation a publié plus de 40 communiqués de presse sur la situation humanitaire en Colombie et sur les activités du CICR, qui ont servi à rédiger plus de 600 articles ;
- Le CICR a organisé 9 conférences de presse dans différentes villes de Colombie et à Genève, durant lesquelles il a présenté son Rapport annuel 2006 à plus de 130 médias régionaux, nationaux et internationaux.
Coopération renforcée avec la Croix-Rouge colombienne
Le CICR a travaillé étroitement avec la Croix-Rouge colombienne pour renforcer les capacités de cette dernière et porter assistance à la population déplacée. Il a également aidé la Société nationale à multiplier ses activités de prévention du VIH/sida (en collaborant avec les autorités sanitaires locales) et de formation à la réduction des risques dus aux mines.