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19-02-2008  Éclairage  
République du Congo : le théâtre comme moyen de promotion des valeurs humanitaires
Grâce à un vecteur convivial et adapté au contexte, le CICR sensibilise la population du Pool, y compris des anciens combattants, aux valeurs humanitaires. Histoire racontée par Ariane Tombet, cheffe de délégation en République du Congo.

En ce jour de novembre, la pluie, qui en cette saison a pris l'habitude d'accompagner toutes nos activités sur le terrain, a finalement cessé. Nous pouvons donc prendre la route pour Yokama, un petit village situé à sept kilomètres de Kinkala dans le Pool. Ses habitants nous attendent sur la place du village, assis sous des manguiers dont les fruits menacent de tomber à tout moment… Une atmosphère de fête règne dans le village.

Plus au fait des us et coutumes locales, mes collègues de la sous-délégation du CICR à Kinkala ont choisi un mercredi pour présenter la pièce de théâtre. En effet, le mercredi, les paysans préfèrent ne pas aller au champ car, selon une vieille croyance, ce jour n'est pas opportun pour les agriculteurs... Toute la population est donc là. Les femmes et les enfants d'un côté, et les hommes, parmi lesquels des ex-porteurs d'armes, de l'autre. Face à eux, les responsables du village sont assis sur des chaises installées pour la circonstance.

Guerre ou paix : des messages universels

© CICR
Une situation que certains spectateurs ont déjà connue...
Le CICR est très attendu. Tous se sont mis sur leur 31 pour recevoir la cheffe de la délégation, qu'on invite à s'asseoir à la droite du chef de village. Prenant la parole, ce dernier souligne que le CICR est bien connu ici pour ses activités dans le département du Pool. S'adressant aux villageois, il leur explique que la pièce à laquelle ils vont assister traite d'une situation qu'ils ont malheureusement connue et que, bien que les hostilités aient cessé, certains messages sont toujours d'actualité. Il remercie enfin le CICR pour son initiative.

La pièce, Rapt à Mulunga, commence. Elle a été conçue en 2005 et relate l'histoire d'un villageois et sa famille pris dans l'horreur des hostilités. Une histoire que beaucoup de Congolais ont vécu. Le respect de la population civile, le mandat du CICR, les activités d'un secouriste de la Croix-Rouge sont les principaux thèmes de cette pièce. Les 13 acteurs sont originaires du Pool. Avec beaucoup de professionnalisme et d'humour, ils font passer les messages clés à la population. Ils n'ont pas besoin de décor, les maquillages et les costumes suffisent pour transporter les spectateurs dans le récit. Un jeune adolescent se chargera de jouer de la musique, de danser et de chanter entre les scènes pour permettre aux acteurs de se changer.

Au fil de la pièce, la population découvre les notions de base du droit international humanitaire (DIH), le mandat du CICR et le respect de certaines valeurs universelles. Quant à moi, j'en apprends tout autant sur les coutumes locales : la demande en mariage qui s'exprime en passant au doigt de la promise un bout de ficelle, la détermination de la dot avec ses chants spécifiques permettant de savoir si la famille de la promise est satisfaite ou pas, le cirage des chaussures des familles respectives... autant de rituels qui sont encore pratiqués de nos jours dans les villages lors des cérémonies de mariage.

Le "délégué CICR" sort de sa case : pantalon à pinces, chemise, cravate et chaussures cirées, une apparence qui contraste avec l'habillement des autres acteurs. Son badge en carton est énorme et il porte un petit attaché-case….Serait-ce ainsi que la population perçoit le délégué "mundele" (le blanc) ? Une parodie qui m'a bien fait sourire …

Des traductions à rallonge !

C'est un plaisir d'écouter les acteurs parler en lari, la langue locale si mélodieuse. De temps à autre, cette mélodie est interrompue par un mot en français qui n'a pas trouvé sa traduction comme neutralité, impartialité, confidentialité, et qui sont accompagnés d'une explication de leur signification en lari. Serait-ce des principes tellement éloignés des réalités culturelles qu'aucune traduction littérale ne soit possible? Et puis il y a le chef de village qui a les larmes aux yeux, tellement il rit. Rire de la triste réalité qu'ils ont vécue. N'est-ce pas un exutoire ? Certaines situations relatées doivent sûrement lui aller droit au coeur mais l'humour l'emporte.

C'est déjà la fin de la représentation. Tout est bien qui finit bien, et les acteurs sont chaleureusement applaudit pour leur prestation. La population est ravie. Cette représentation les a non seulement sortis de leur train-train quotidien, mais elle sera sûrement un sujet de discussion dans les cases.

Pour conclure, un des responsables du village prend finalement la parole : " Merci CICR, merci ! Vous savez, on a vécu ça, mais on sent que la paix est à quelques kilomètres de nous et avons espoir. Il faut jeter les armes pour réintégrer la famille. Nous voulons que nos fils rentrent dans leurs familles. Aujourd'hui nous avons entendu les vertus de la paix, de l'amour et de l'entente entre nous et nous devons y adhérer pour aller de l'avant."

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19-02-2008