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5-06-2009  Éclairage  
République démocratique du Congo : Rachel, ou le poids de l'eau
Conséquence des nombreuses vagues de déplacement, la population de la ville de Goma, capitale du Nord-Kivu, a presque triplé depuis 1994. Les infrastructures n'étant pas prévues pour un tel essor, plus de la moitié des habitants ne bénéficie pas d'un accès régulier à l'eau potable. Cet état de fait engendre maladies et mauvaise hygiène, notamment chez les déplacés qui ont trouvé refuge en ville. Portraits de trois d'entre eux, qui luttent au quotidien pour se procurer de l'eau propre.

6 h du matin à Kasika, un des quartiers les plus pauvres de Goma

Pieds nus sur les pierres volcaniques, à peine réveillée, Rachel attache son bidon sur le dos. Droit devant elle, dans la brume, se dresse un labyrinthe de ruelles boueuses. Il lui faudra marcher deux heures avant de pouvoir remplir son bidon d'eau sur la rive du lac Kivu.

Rachel est une fillette de 12 ans, un peu timide, un peu rêveuse, hantée par le lointain souvenir de son village vert dans les collines de Masisi, qu'elle a dû quitter pour fuir le conflit qui ravage son pays depuis tant d'années. Depuis cinq mois, Rachel, sa famille et plus de 500 autres déplacés originaires de la même région ont trouvé refuge à Goma, sous le toit troué d'un grand bâtiment endommagé par l'éruption volcanique en 2002.

La nuit, tous les habitants dorment serrés les uns contre les autres, à même le sol. La journée, la plupart des adultes partent à la recherche d'un gagne-pain, tandis que les enfants, petits et grands, empruntent la longue route de l'eau.

« Nous avons préféré venir en ville plutôt que de rester dans les camps de déplacés, parce qu'ici mes parents peuvent trouver plus facilement du travail », explique la jeune fille. « Mais c'est difficile de survivre, très difficile. »

Un des grands problèmes, que ces déplacés partagent avec quelques milliers de résidents du quartier, c'est l'accès à l'eau potable. Comme Kasika n'est pas approvisionné, ses habitants ont un choix bien limité : acheter à des revendeurs de l'eau à des prix exorbitants ou aller la puiser dans le lac Kivu.

L'eau du lac, elle, est gratuite, mais sujette aux contaminations par les déchets de la ville. Là où vit Rachel, plusieurs déplacés sont allongés sur le sol poussiéreux, souffrant de douleurs abdominales et de diarrhée.

En outre, la route du lac étant longue, la quantité d'eau qu'on peut ramener à chaque fois est limitée et, malheureusement, jamais suffisante pour permettre de se laver, nettoyer la vaisselle et maintenir la propreté des lieux. Faleke, une cousine de Rachel âgée de 5 ans, montre tristement ses mains couvertes de plaies. Conséquence d'une mauvaise hygiène, la galle ronge lentement son corps.

8 h du matin, quartier de N'dosho

Comme chaque matin, Elisabeth, 58 ans, une autre rescapée des combats dans la zone de Masisi, entame les préparatifs quotidiens du musururu – une bière locale à base de sorgho –, dont la production lui permet de gagner sa vie dans la grande ville.

« J'ai eu beaucoup de chance », raconte-t-elle. « Quand je suis arrivée ici il y a deux ans, j'avais tout perdu. J'étais tellement malade que je marchais à peine. Je n'aurais pas pu faire la route du lac pour chercher de l'eau. Maintenant, grâce aux réservoirs d'eau construits par le CICR, je peux puiser suffisamment pour boire, pour me laver et même pour faire tourner ma petite affaire de musururu."

Dans cette partie de Goma, plus de 250 000 personnes – un tiers de la population de la ville – bénéficient d'un accès régulier l'eau potable, grâce au système d'approvisionnement mis en place par le CICR. Ce réseau est cependant très éloigné du quartier de Kasika et de la route de Rachel...

10 h du matin, au bord du lac Kivu

Rachel arrive essoufflée avec son bidon de 10 litres sur la plage publique. C'est un des rares lieux de la ville avec accès direct au lac, la côte de Goma étant presque entièrement construite avec des habitations privées.

Pieds dans l'eau, la fillette taille sa route au milieu d'une centaine de femmes et d'enfants, déplacés et résidents, tous venus avec le même objectif. Les vagues renversent un garçon alors qu’il tente désespérément de remplir un bidon presque aussi grand que lui.

« Avant-hier, une petite fille qui vivait dans notre maison s'est noyée ici. Ça arrive très souvent parce que l'eau du lac n'est pas bonne », explique Rachel. « Cette eau peut emporter les enfants et également donner des maladies. Si j'avais le choix, je ne viendrais jamais chercher de l'eau ici. Mais… c'est comme ça. »

Elle hausse les épaules, puis s'engage sur le chemin du retour, courbée sous le poids de l'eau.

© CICR/O. Miltcheva
Rachel se prépare à partir puiser de l'eau. Chaque jour, jerrican sur le dos, elle parcourt quelque 8 km pour atteindre la rive du lac Kivu et revenir jusqu'à chez elle.

© CICR/O. Miltcheva
Faleke, 5 ans, montre ses mains atteintes par la gale. Dans l'habitation qu'elle partage avec quelques centaines d'autres déplacés du Nord-Kivu, le manque d'eau ne permet pas de maintenir une bonne hygiène.

©CICR/O. Miltcheva
Devant un réservoir construit par le CICR, Elisabeth prépare le musururu. Grâce à un accès régulier à l'eau potable, Elisabeth peut maintenant subvenir à ses besoins. Elle a même pu monter une petite affaire.

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5-06-2009