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11-11-2008  Éclairage  
"Mon bébé s'appelle Souffrance"
Ils sont des milliers à avoir fui les combats et la violence qui ravagent le Nord-Kivu depuis septembre. Dans le camp de Kibati 2, près de Goma, des déplacés racontent les dramatiques épreuves, les fuites successives d'un camp à l'autre et la misère qui règne dans les camps.

Un minuscule bébé dans les bras, la jeune Alphonsine est assise sur la terre humide du camp, parmi des centaines de personnes qui, comme elle, ont fui les combats du Nord-Kivu. Tous attendent patiemment, à côté des grands camions du CICR, de recevoir la ration alimentaire pour quelques jours : un peu de farine, de l'huile, des haricots et du sel.

Alphonsine sourit malgré la fatigue et montre fièrement son enfant. "Je l'ai appelé Matesu, parce qu'il est né dans la guerre". Matesu, ça veut dire "souffrance" en swahili. Le petit Matesu est né en septembre, pendant l'une des nombreuses fuites précipitées d'Alphonsine, à la recherche d'un peu de sécurité. Pendant le périple, elle a perdu le contact avec le père de l'enfant. Elle s'estime cependant heureuse parce qu'elle est en vie et qu'elle a retrouvé beaucoup de ses proches dans le camp de Kibati.

A côté d'elle, Patience (*), une femme de 45 ans, mère de 11 enfants, ne parvient pas à retenir ses larmes. Elle dit avoir vu son mari assassiné par des hommes armés sous ses yeux. "Je ne peux pas tout vous raconter. C'est trop pénible. Quand j'y pense, j'ai tout de suite mal au cœur."
Elle a de la peine à se rappeler les détails de la course affolée pour fuir le village, un bébé sur le dos, un autre dans les bras, au milieu d'une foule paniquée. "Heureusement tous mes petits sont ici avec moi. L'aîné, qui a bientôt 14 ans, m'a beaucoup aidé. Mais maintenant, il ne me reste plus rien ! Nous vivons comme les animaux !"

"Ici nous sommes dans la misère la plus noire; nous allons souvent nous coucher le ventre vide. À notre arrivée dans le camp, nous avons même dû passer plusieurs nuits sous la pluie, car il n'y a pas suffisamment d'abri " – explique Jeanine (*), une mère de 7 enfants. Deux semaines plus tôt, sa famille a fui, abandonnant avant la récolte des champs de plusieurs hectares. "Notre maison a été brûlée, nos biens pillés. Je préfère mourir dans ce camp avec mes enfants plutôt que de rentrer au village" – ajoute Jeanine avant d'éclater en sanglots elle aussi.

"J'ai été contraint d'abandonner l'école quelques mois avant l'examen final et maintenant je n'ai plus d'argent pour payer la taxe scolaire", explique dans un français très soigné Hakizimana, un jeune garçon de 18 ans. Sa grande préoccupation est la survie et la sécurité de sa famille de 8 personnes. "En septembre, nous avons fui Kanombe pour trouver refuge à Rugari, ensuite nous avons dû quitter Rugari pour Rumangabo, puis Kibumba. Il y a quelques jours à nouveau, il a fallu fuir et nous avons rejoint le camp de Kibati 1, avant de trouver une place dans celui de Kibati 2. Je ne crois pas que le périple est fini et je ne me sens pas en sécurité ici : la ligne du front est à peine à deux kilomètres".

Ces témoignages ont été recueillis le 6 novembre 2008 dans le camp de Kibati 2, alors que, depuis deux jours, le CICR et les volontaires de la Croix-Rouge de la RDC distribuaient de la nourriture dans le camp.
Ce jour-là, des tirs de fusils et d'armes lourdes ont soudain retenti, tout proches. Après un moment de silence total, la panique s'est emparée des déplacés et dans une course affolée, ils ont abandonné la file d'attente et fui en direction de la ville de Goma, leurs plus petits enfants dans les bras. De leur côté, les humanitaires interrompaient la distribution et quittaient également le camp.

Quelques heures plus tard, un calme précaire s'étant installé, les déplacés sont revenu passer la nuit dans le camp. Le surlendemain le CICR et les volontaires de la Croix-Rouge de la RDC étaient à nouveau à pied d'œuvre pour terminer la distribution de nourriture aux personnes déplacées de Kibati.



(*) nom d'emprunt

©ICRC
Alphonsine berce son bébé, Matesu, en attendant de recevoir l'assistance alimentaire distribuée par le CICR et la Croix-Rouge de la RDC dans le camp de Kibati.
©ICRC
Hakizimana et sa famille viennent de recevoir les rations de nourriture qui vont assurer leur subsistance pendant une dizaine de jours.

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11-11-2008