9-03-2009 Interview République démocratique du Congo : le regard d'un photographe En 2008, Carl de Keyzer, photographe de l'agence Magnum, a accompagné pendant un mois les équipes du CICR en République démocratique du Congo. Dans l'est du pays, où des dizaines de milliers de personnes ont dû fuir les combats, ce photographe de renom a posé son regard sur le quotidien des déplacés et des populations locales. Retour sur l'expérience.
©ICRC/O. Miltcheva
J'ai été étonné de voir comment les gens réussissent à garder une incroyable joie de vivre. Quand on visite ces lieux-là, c'est comme si rien ne s'était passé. Les gens acceptent d'être photographiés, parfois même trop facilement. J'avoue m'être senti un peu coupable de m'immiscer ainsi dans leur intimité.
Carl de Keyzer est un photographe belge internationalement reconnu. Depuis 1994, il fait partie du cercle très restreint des photographes de l'agence Magnum, référence mondiale parmi les agences de photographie.
Neuf livres, un grand nombre d'expositions et des récompenses prestigieuses jalonnent la biographie de Carl de Keyzer. Ses œuvres, loin du journalisme de sensation, soulignent les dimensions historique et dramatique présentes derrière les scènes de vie les plus ordinaires.
En 2004, «Zona », ensemble de photographies sur les camps de prisonniers en Sibérie, a été exposé au Musée international de la Croix-Rouge à Genève.
www.carldekeyzer.com Avec une seule photo, un tel exercice est difficile. Par ailleurs, il existe un certain style de photos "humanitaires", qui sont en général destinées à accompagner des campagnes de collectes de fonds. Je travaille différemment et plutôt sur des projets à long terme. Je préfère rester longtemps dans un pays pour mieux sentir ce qu'il s'y passe. Les images que je préfère faire sont des images complexes parce qu'elles reflètent la complexité de la vie elle-même. Il y a une grande différence entre mon approche et l'approche de photographes qui travaillent pour la presse – et il y en a beaucoup que je respecte. Les photographes de presse vont généralement passer un temps plus court sur le terrain, une à deux semaines par exemple. Leur voyage coûte cher et ils sont sous la pression des medias pour revenir avec des images qui « font vendre ». Donc, que font-ils ? Ils visitent des camps de réfugiés, veulent photographier des combattants. Ils recherchent des images avec un impact visuel immédiat, susceptibles de choquer le public.
©ICRC/O. Miltcheva
Par contre, pour le CICR, j'ai pris des photos plus objectives que celles de mes travaux artistiques. Je me suis limité au style documentaire. Parce que si je commençais à « jouer », cela risquait d'être mal compris. Le premier défi, c'est de ne pas devenir soi-même une victime du conflit. A l'est de la RDC, il y a toujours des affrontements et beaucoup de personnes armées. Cependant, ce sont des préoccupations dont le photographe doit faire abstraction, sans quoi il ne peut pas travailler. On ne peut pas faire la route entre Goma et Masisi dans le Nord-Kivu et penser à chaque instant que des gens armés peuvent vous attaquer. |