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6-08-2008  Interview  
Le soutien économique à des milliers de familles en RDC : un vrai défi en ces temps de crise alimentaire mondiale
Pour faire face à la situation humanitaire difficile qui prévaut actuellement au Nord et au Sud Kivu, le CICR a presque doublé le volume de ses activités d’assistance aux personnes affectées par le conflit armé interne. Ian Byram, le responsable du département “Sécurité économique” du CICR en RDC explique quelles sont les démarches entreprises par le CICR pour répondre aux besoins.

Ian Byram, responsable du département "Sécurité économique" du CICR en RDC.

Le CICR a mis en œuvre deux types de programme d’assistance économique en RDC. Le premier, dans l'urgence, consiste à distribuer des vivres et des biens essentiels aux déplacés, aux personnes qui retournent chez elles et aux familles d’accueil dans les zones affectées par le conflit – depuis le début de l’année, plus de 15'221 familles ont reçu un soutien en nourriture, en biens essentiels ou en semences. Le deuxième, sur le plus long terme, consiste à mettre en place des projets qui permettent aux populations de recréer ou d'augmenter leur capacité de production.

Plus de 17 délégués et employés locaux travaillent dans le domaine de la sécurité économique dans les zones affectées par le conflit armé,au Nord et au Sud Kivu, avec l'indispensable soutien de nombreux volontaires de la Croix-Rouge de la RDC.


Actuellement, la plus grande part du budget du CICR en RDC est alloué aux activités de sécurité économique. Pourquoi ?

©ICRC/C. de Keyzer/cd-e-00685
Camp de déplacés de Minova, Sud Kivu. Le nombre des civils affectés par le conflit continue d’augmenter.
Nous travaillons en fonction des besoins et nos bénéficiaires sont toujours les victimes de violence armée. Dans une situation d'urgence, comme dans l'est de la RDC, une des premières actions est de distribuer de l'assistance aux populations civiles, qui se retrouvent souvent sans l'essentiel pour leur survie. C'est pourquoi nous avons dû augmenter notre budget et donc nos capacités de réponse à l'urgence.


Concrètement, notre budget est surtout utilisé pour la distribution de biens essentiels, de semences et de vivres. Selon les besoins, les populations civiles affectées reçoivent des kits avec des couvertures, des jerricans, des seaux, des habits, des nattes, des savons et une houe.. Si nous constatons que les civils ont besoin de nourriture, nous essayons également d'offrir du maïs, de l'huile, des haricots. Et puis, quand les déplacés ont enfin l'opportunité de revenir dans leurs villages, nous nous efforçons de faciliter leur réinstallation. Nos bénéficiaires sont également des familles qui accueillent les déplacés, car les mouvements de population affectent fortement les ressources des communautés locales.

Il n'y a pas de réponse standard à l'urgence. Il est important d'évaluer les principaux facteurs qui affectent les populations avant d'apporter une réponse. Par exemple, nous ne pouvons pas nous contenter de distribuer de l'assistance agricole à des civils qui manquent en premier lieu de nourriture.


En RDC et particulièrement dans le Nord Kivu, un grand nombre d’acteurs humanitaires sont présents. Qu’est-ce qui fait la particularité du CICR dans le domaine de la sécurité économique ?

Le mode de fonctionnement du CICR est l'approche intégrée, qui permet de mener plusieurs activités en parallèle et de manière complémentaire – protection, santé, approvisionnement en eau, etc. Ceci est très important parce qu'une crise humanitaire engendre des besoins multiples. De même, nous ne pouvons pas séparer les actions de protection des actions d'assistance. Par exemple, une famille peut se retrouver sans biens essentiels parce que leur maison a été pillée. Il s'agit d'un problème qui demande une réponse à plusieurs niveaux: celui du rappel des principes humanitaires aux responsables du pillage, mais aussi celui de l'assistance concrète et rapide à cette famille en terme de biens essentiels et nourriture.

©ICRC/C. de Keyzer/cd-e-00686
Préparation d’une distribution de nourriture. Plus de 323 tonnes de farine de maïs ont été distribuées depuis le début de l’année pour répondre aux besoins urgents des civils.

Nous essayons toujours de nous assurer que la distribution profitera bien aux personnes les plus vulnérables parmi celles affectées par la violence armée. Le CICR fait un enregistrement des familles "porte à porte" avant chaque action d'assistance. Parallèlement, les délégués sensibilisent les communautés, les autorités et les porteurs d'armes dans la région. Nous coordonnons nos activités avec les autres acteurs humanitaires. Cependant, nos équipes travaillent aussi dans des zones où nous sommes les seuls à avoir accès.


Quelles sont les principales contraintes que vous rencontrez sur le terrain, en particulier dans les zones affectées par le conflit ?

Les deux contraintes majeures qui nous empêchent parfois d'accéder aux personnes affectées par la violence sont la sécurité et l'état déplorable des infrastructures routières. Dans le territoire de Rutshuru dans le Nord Kivu, par exemple, nous avons dû suspendre une intervention à la suite de l'attaque d'une de nos équipes par des hommes armés.

Au début de l'année, une première distribution de vivres dans le territoire du Masisi au Nord Kivu n'a été que partiellement réalisée, parce que la route, fragilisée par la saison des pluies, s'est écroulée et que, pendant des jours, nos camions ne pouvaient plus accéder au lieu de la distribution.

Mais, même si nous sommes parfois obligés de partir et d'interrompre une distribution, nous essayons toujours de revenir lorsque l'accès s'améliore parce nous nous sommes engagés envers les gens que nous avons enregistrés. C'est ce qui c'est passé notamment à Masisi quelques semaines après l'échec des premières tentatives de distribution.


Les volontaires de la Croix-Rouge de la RDC sont d'un grand soutien pendant les distributions d’assistance, surtout dans les lieux affectés par le conflit. Quelle est l’importance de ce partenariat ?

Les volontaires de la Croix-Rouge font partie des équipes qui enregistrent les familles, et nous travaillons main dans la main pendant les distributions. Le plus souvent, ces hommes et ces femmes habitent eux-mêmes dans les zones directement affectée par le conflit armé et connaissent mieux que nous le contexte. Ils peuvent nous dire ce qui s'est passé avant notre arrivée et quelles seront les conséquences de notre intervention. Leurs connaissances nous permettent d'acquérir une compréhension de l'environnement que, seuls, nous n'aurions jamais.


Quel est l'impact de la crise alimentaire mondiale dans les zones de conflits ? Comment est-ce qu'elle affecte vos activités sur le terrain ?

L'impact de la crise alimentaire fait partie intégrante de nos évaluations sur le terrain. L'augmentation des prix de certains produits de base est un fardeau de plus pour les populations, déjà rendues extrêmement vulnérables suite à la crise humanitaire. Les agriculteurs locaux ne peuvent même pas tirer profit de cette augmentation car ils doivent faire face à la hausse du prix de l'essence et à un accès plus difficile à la terre et aux marchés, dû à la détérioration de la situation sécuritaire.

Le CICR s'est engagé financièrement et moralement à poursuivre les distributions de nourriture dans les zones affectées par le conflit. Malgré la hausse des prix des produits alimentaires, nous ne diminuerons pas nos activités.


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6-08-2008