Max Hadorn, chef de la délégation du CICR en RDC
Depuis le 28 août dernier, les affrontements dans les Kivus se sont intensifiés. Quelles sont les conséquences pour la population civile ?
Les principales conséquences sont de nouveaux déplacements de populations depuis les zones affectées par les hostilités. D'après les estimations provenant de sources humanitaires, environ 100 000 personnes se seraient déplacées depuis la reprise des affrontements armés. Certains déplacements sont directement causés par les affrontements, alors que d'autres se font à titre préventif, afin d'éviter les pillages et autres actes de violence de la part des porteurs d'armes.
Depuis le Nord Kivu, les populations se déplacent vers les zones plus sûres du Nord Rutshuru et du Sud Lubero, situées à 170 kilomètres au Nord de Goma. Depuis le Sud Kivu, elles se dirigent vers le territoire de Kalehe, à 40 kilomètres au Nord de Bukavu.
Les autres conséquences de ces affrontements sont la présence de blessés de guerre, tant parmi la population civile que chez les porteurs d'armes, les problèmes d'accès à l'eau et aux soins de santé et de manière générale les besoins de base de la population qui ne sont pas couverts.
Que faites-vous pour venir en aide à la population ?
Très rapidement, nos équipes ont entrepris une évaluation des besoins et des programmes en cours dans certaines régions du Nord Kivu (Sud Lubero et Nord Rutshuru) ainsi qu'au Sud Kivu (Minova) afin d'adapter au mieux notre réponse, et de coordonner efficacement nos activités avec les autres acteurs humanitaires.
Pour répondre aux besoins plus urgents, nous soutenons 17 structures de santé en les fournissant en médicaments et en matériel médical pour le traitement des blessés. Nous avons distribué des kits spécifiques permettant de soigner environ 200 blessés. Ces structures couvrent un bassin de population de plus de 600 000 personnes. Un chirurgien et une infirmière ont également été mis à disposition d'hôpitaux du Nord Kivu pour opérer les blessés.
La Croix-Rouge de la RDC, avec le soutien du CICR, a collecté, quant à elle, des dépouilles mortelles dans la région de Rutshuru et à Sake, à une trentaine de kilomètres de Goma, afin de leur offrir une sépulture digne.
Nous avons également installé à Kanyabayonga dans le Nord Kivu, lieu de refuge de nombreuses personnes déplacées, deux réservoirs de 5 000 litres chacun, qui favorisent l'accès à l'eau potable de plus de 10 000 personnes.
Enfin, en collaboration avec la Croix-Rouge de la RDC, nous poursuivons, là où c'est possible, notamment dans l'est du Rutshuru (Nord Kivu), nos distributions de nourriture, de semences et d'outils au bénéfice de près de 40 000 personnes.
L'insécurité ambiante affecte-t-elle vos activités au Nord et au Sud Kivu ?
La difficulté, voire même dans certaines zones l'impossibilité de nous déplacer, ralentissent notre action ou nous empêchent d'avoir accès à certaines populations affectées par les hostilités. C'est particulièrement vrai dans des zones à l'ouest de Goma. Malgré cela, là où la sécurité le permet, dans les régions du Nord Rutshuru, du Sud Lubero, de Goma et dans le Sud Kivu, le CICR poursuit ses activités d'assistance.
A ce sujet, je rappelle que toutes les parties au conflit doivent autoriser et faciliter le passage rapide et sans encombre des secours destinés aux civils, selon le droit international humanitaire.
Comment le CICR peut-il protéger la population et prévenir les violations du DIH ?
Nous maintenons le dialogue avec toutes les parties au conflit et nous leur rappelons les obligations qui sont les leurs en vertu du droit international humanitaire. Nous insistons sur le fait que les civils sont les premières victimes des conflits et que rien ne justifie les violations du droit international humanitaire. Les porteurs d'armes ont la responsabilité de respecter la vie et l'intégrité des populations civiles, des blessés et des personnes capturées dans le cadre du conflit.