© CICR
Le retour de Tia dans son village natal a provoqué une explosion de joie.
En janvier 2003, le conflit atteint la localité de Bohébly. Pauline est aux champs lorsque des combattants attaquent le village. Sa fille Tia, alors âgée de deux ans, se trouve avec sa belle-sœur Delphine.
Capturés par les assaillants, Delphine, Tia et d'autres villageois sont emmenés de force vers le Libéria voisin. Après quelques temps, plusieurs événements malheureux séparent l'enfant de sa tante. Delphine rentre seule au village.
"Tout le monde croyait cette enfant morte ! Comment une fillette de deux ans aurait-elle pu survivre toute seule dans la brousse ?" déclare aujourd'hui le chef du village.
"Moi, je savais qu'elle était vivante" répond la maman. "Je la voyais souvent dans mes rêves, mais personne ne voulait me croire. J'étais sûre que je la retrouverai un jour !"
En fait, Tia a été recueillie par Dorothy, une Libérienne de l'ethnie yacouba. Celle-ci l'a élevée comme sa propre enfant, tout en informant le CICR au Libéria de la présence de Tia sous son toit. Malheureusement, à cette époque, la petite sait à peine parler, aussi son dossier est-il très incomplet. De plus, faute d'informations, elle est enregistrée sous un faux nom.
De son côté, en 2004, la famille de Tia dépose une demande de recherche auprès du CICR en Côte d'Ivoire. Personne ne fait le lien entre ces deux dossiers et les équipes chargées des réunifications familiales se concentrent sur les nombreux autres cas consécutifs aux affrontements. Celui de Tia reste en suspens.
En 2007, le CICR cherche à clore les dossiers encore ouverts et finit par faire le rapprochement entre les deux cas. Après plusieurs entretiens avec Pauline et Delphine, l'agent local du CICR travaillant dans la zone montre des photos de la petite, mélangées parmi d'autres, à la maman. Malgré quatre années de séparation, Pauline reconnaît immédiatement son enfant. Une cicatrice dans le dos permet d'identifier Tia avec certitude.
Peu avant Noël, les délégations du CICR, de part et d'autre de la frontière, organisent le voyage de Pauline jusqu'au village libérien afin de procéder à l'identification mutuelle finale. Celle-ci est positive et deux jours plus tard, le CICR raccompagne enfin Pauline et sa fille à leur village !
Une foule en liesse, aux visages souriants et badigeonnés de poudre de kaolin, accueille le véhicule du CICR. Dès l'ouverture de la porte arrière, l'enfant est passée de bras en bras, embrassée par toutes et tous, au milieu des cris de joie. L'équipe du CICR est conviée aux festivités, et les délégués, badigeonnés eux aussi de poudre de kaolin, sont invités à boire du "bandji", le vin de palme local.
À la question de savoir ce qu'il ressent à ce moment même, Célestin, l'agent local du CICR, cheville ouvrière de la recherche et de la réunification, répond : "Lorsqu'on réussit une opération pareille, c'est la joie ! Et cette joie n'a pas de prix ! Ça donne la chair de poule !"