2-06-2009 Éclairage Guatemala : mettre un terme au cycle de la douleur Le conflit armé qui a dévasté le Guatemala entre 1960 et 1996 a fait des dizaines de milliers de morts et de disparus. Les autorités, les proches des victimes et les organisations continuent de rechercher et d’identifier les restes de nombreuses personnes toujours portées disparues. Dans ce cadre, le CICR offre des conseils techniques et une assistance matérielle aux organismes guatémaltèques qui appuient ces démarches, et accompagne les proches dans les procédures juridiques.
©César Barajas/CICR
Un homme quitte le bureau du procureur général avec un cercueil contenant les restes d'une personne de sa famille.
Le soleil vient de se lever sur Nebaj, une localité de la région du Quiché, au Guatemala. De nombreuses personnes sont rassemblées devant les bureaux du procureur général, espérant qu’ils ouvriront bientôt. Elles attendent depuis près de 25 ans de connaître le sort de leurs proches, pour la majorité assassinés durant le conflit armé interne qu'a vécu le pays.
Le procureur général a procédé à l’inspection et à l’identification d’ossements trouvés dans une fosse commune près du village. Aujourd’hui, il restituera les restes aux familles pour qu’elles puissent leur donner une sépulture digne et conforme à leurs traditions. Ils se sont cachés pendant longtemps dans la montagne, craignant d’être encore suivis. Quand ils ont estimé que la situation s’était améliorée, ils sont retournés au village d’Acul pour reconstruire leur maison. Cependant, du fait de l’absence de Juana, et se sentant coupable de ne pas savoir où elle était enterrée, Jacinto était perturbé.
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Le corps ayant été rendu à la famille, un autel de prière est érigé.
Un jour, il a décidé de demander l’aide de l’organisation de soutien juridique Mouvement des personnes déplacées (Movimiento de Desarraigados), et d’entamer le processus de recherche du lieu d’inhumation de sa belle-mère. Après avoir mené une enquête et interrogé de nombreuses personnes, l'organisation a trouvé le site présumé de la tombe de Juana.
Un nouveau processus était alors lancé. L’organisation a déposé plainte auprès du procureur général, qui a désigné la Fondation d’anthropologie légale du Guatemala (Fundación Antropológica Forense de Guatemala – FAFG) comme expert pour mener l’enquête et identifier les ossements trouvés.
©César Barajas/CICR
Enterrement de Juana au cimetière.
Les résultats présentés par la FAFG permettent au procureur général de décider de la restitution légale des restes et de fixer la date à laquelle ils seront remis aux proches. Le Mouvement des personnes déplacées a informé Jacinto Toma des résultats et du jour où les restes lui seraient remis.
La FAFG a aidé les familles à acheter des caisses de type cercueils pour transporter les restes, et le CICR a contribué financièrement au transport et au logement des proches. L’institution a en outre offert un soutien technique aux organisations d’anthropologie légale, en partageant avec elles ses bases de données ante mortem et post mortem. Jacinto a offert un repas à ses proches et à quelques amis, et veillé toute la nuit la caisse contenant les restes de sa belle-mère. Le lendemain, il a défilé avec ses proches et ses amis en portant le cercueil sur ses épaules. Les habitants ont regardé avec curiosité cette procession funèbre, et quelques-uns ont offert leur aide. La caisse a été enterrée, après une cérémonie sommaire, auprès des restes d’autres proches dans le cimetière municipal, lieu de repos définitif. « Je suis très heureux, car ma belle-mère repose désormais au cimetière. Elle est enfin en paix. J’avais une dette envers elle et je l’ai payée, je suis très content », conclut Jacinto. |