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22-09-2007  Interview  
Irak : une situation d'extrême détresse
De retour d'une mission en Irak, Béatrice Mégevand-Roggo, cheffe des opérations du CICR pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, parle de la grave crise humanitaire qui frappe ce pays, des souffrances endurées par la population civile au quotidien et des difficultés pour les humanitaires d’intervenir dans un environnement aussi dangereux.

Béatrice Mégevand-Roggo
De quelle manière la crise humanitaire affecte-t-elle actuellement la population civile en Irak ?

La crise humanitaire en Irak ne cesse de s'étendre, de s'approfondir, de s'aggraver et la situation, du point de vue de la sécurité, s'est énormément dégradée au cours de la dernière année et plus encore au cours des derniers mois. Du point de vue humanitaire, c’est une situation d'extrême détresse.

Lors de ma récente mission en Irak, j'ai pu éprouver à quel point la sécurité et la survie au quotidien sont les principales préoccupations de la population. Le danger est sournois, il peut frapper n'importe où, à n'importe quel moment et de n'importe quelle manière, alors qu'on fait ses courses ou qu'on accompagne ses enfants à l'école. Aussi bien à Bagdad que dans beaucoup d'autres villes ou région du pays. On sent que le quotidien des Irakiens est constamment teinté de la crainte profonde de ce qui peut arriver à tout moment.

Je crois que c'est ce qui est le plus pénible à vivre pour les Irakiens, plus encore que toutes les difficultés de la vie de tous les jours : manque d'eau, manque d'électricité, problèmes d'approvisionnement à cause du danger de sortir de chez soi, accès restreint aux soins médicaux … Les hôpitaux fonctionnent mal et sont débordés, le personnel qualifié resté en Irak est peu nombreux, les centres de santé qui ne sont pas fermés ne fonctionnent que de manière intermittente et peu satisfaisante. Tous les aspects de la vie quotidienne sont devenus particulièrement éprouvants.

En raison de tout cela, de plus en plus de personnes et de familles sont obligées de fuir. Elles se déplacent à l'intérieur du pays ou tentent de se réfugier à l’étranger.

Il est très difficile d'évaluer le nombre de personnes touchées par le conflit et le nombre exact de déplacés et de réfugiés. Ce qui est certain, est que plusieurs millions de personnes ont émigré et plusieurs centaines de milliers se sont déplacées à l'intérieur du pays. La fermeture annoncée de la frontière syrienne va rendre encore plus dramatique la situation de ceux qui voudront quitter le pays.


Quels sont les défis auxquels le CICR doit faire face ? Comment évaluez-vous la capacité du CICR à procurer assistance et protection à ceux qui en ont le plus besoin dans un environnement humanitaire aussi dangereux ?

Le défi de sécurité est le principal défi pour les acteurs humanitaires. En Irak, la difficulté pour toute organisation humanitaire, dont le CICR, est de de fonctionner selon un modus operandi traditionnel avec du personnel expatrié sur place, qui constate les besoins et assure le suivi de l’action. Cela n’est pas possible actuellement en Irak, sauf dans le nord. Dans le reste du pays, nous devons compter essentiellement sur nos employés irakiens, qui accomplissent un travail extraordinaire, comme j'ai pu le constater sur place, et grâce auxquels nous continuons de mener des activités.

Nous comptons aussi beaucoup sur le Croissant-Rouge irakien pour la réalisation du programme d'assistance aux personnes déplacées et les activités de rétablissement des liens familiaux, en particulier les échanges de messages Croix-Rouge entre les personnes détenues et leur famille.

C'est ainsi grâce aux Irakiens que notre opération peut être menée pour tenter de répondre aux besoins humanitaires de ceux qui sont le plus gravement touchés par le conflit.

Pour une organisation comme le CICR, qui n'a pas recours à des escortes armées dans un environnement humanitaire si dangereux, la clé, est essentiellement dans le dialogue avec toutes les parties et tous les acteurs ayant une influence sur le conflit. Il s’agit d’expliquer ce que nous faisons, quel est notre mandat, ce qu'est une action humanitaire neutre et indépendante, de convaincre par l'action et l'exemple, de persuader enfin du bien-fondé de nos opérations.

Je crois que ce dialogue, cette volonté de parler et d'avoir des contacts avec tout le monde, de s'expliquer, d'expliquer ce que nous faisons sont absolument essentiels dans tous les contextes. Dans un contexte tel que l'Irak, ça l'est d'avantage encore. Même si nous ne sommes pas à l'abri d'incidents violents, cela reste le meilleur moyen de faire accepter et respecter l'action humanitaire du CICR.


En mai 2007, le CICR a intensifié ses activités en Irak, mais l'aide humanitaire n'est manifestement pas suffisante pour répondre aux besoins de la population civile. Que faire de plus ?

Évidemment l'action humanitaire n'est pas suffisante et pourtant elle peut faire beaucoup. Les besoins sont immenses, mais les fonds à disposition sont également très importants et les bonnes volontés nombreuses. Il faut donc vraiment créer les conditions utiles et nécessaires pour mener des actions humanitaires qui répondent à l'ensemble des besoins des Irakiens. Ces conditions aujourd'hui ne sont malheureusement pas réunies : la solution à trouver est plus globale et plus politique.

Aujourd'hui en Irak, les humanitaires ne peuvent qu’apporter une solution provisoire à certains problèmes, ils ne peuvent que répondre à l'urgence, ils ne peuvent enfin qu'intervenir une fois que le mal est fait. Il s'agirait de prévenir le mal et de créer des conditions adéquates, sur le plan politique et de la sécurité, pour que l'action humanitaire puisse pleinement se développer. Ces solutions évidemment ne dépendent pas des acteurs humanitaires, mais des acteurs politiques et militaires sur le terrain.

En tant que CICR, nous ne pouvons que lancer un appel pour que des solutions soient trouvées. Seul un plein respect du droit international humanitaire et des principes qui le sous-tendent peut garantir un environnement adéquat pour mener une activité humanitaire satisfaisante.

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22-09-2007