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26-02-2008  Interview  
Irak : priorité absolue à un système de santé dans un état catastrophique
Après des années de sanctions et de conflits armés récurrents, et surtout depuis 2003, le système de santé irakien s'est peu à peu détérioré. Pascal Olle, coordonnateur pour l'Irak du programme de santé du CICR, décrit l'état du système et les besoins actuels.

Le CICR soutient les services d'urgence en remettant en état les structures sanitaires et en les dotant de matériel chirurgical et médical.

En 2007, le CICR a :
  • équipé en matériel essentiel 73 salles d'urgence dans 69 hôpitaux et structures médicales, ainsi que les blocs opératoires de 27 hôpitaux dans tout le pays ;
  • distribué du matériel médical d'urgence à 28 hôpitaux du pays, en quantité suffisante pour soigner plus de 5 000 blessés de guerre ;
  • fourni à 84 hôpitaux et 12 centres de soins de santé primaires des médicaments, notamment ;
  • organisé trois sessions de formation à l'intention de 80 médecins et infirmiers sur les thèmes des premiers secours (niveau avancé), de la gestion des traumatismes dans les services d'urgence et de la chirurgie de guerre.

  • Comment décririez-vous le système de santé en Irak ?


    Il est choquant de voir à quel point les Irakiens manquent aujourd'hui des services de santé les plus essentiels. Dans les années 1970, l'Irak figurait parmi les pays qui disposaient des meilleurs services sanitaires de la région. Mais les années de conflit ont porté un sérieux coup aux infrastructures et ce, pour plusieurs raisons.

    À cause des conditions de sécurité précaires, il n'était plus possible d'entretenir régulièrement ni d'améliorer comme il se doit les structures et l'équipement. Or, dans toute zone de conflit, les services médicaux d'urgence sont vitaux. L'Irak continue d'être frappé par des incidents qui font de très nombreuses victimes. Tout récemment, le 1er février, les explosions qui ont visé le marché Al-Ghazl à Bagdad et un autre marché dans le sud de la ville ont fait des dizaines de morts et de blessés.

    De nombreuses personnes ont été hospitalisées et devraient pouvoir être sauvées. Mais ce n'est pas toujours le cas étant donné que les services d'urgence et de chirurgie ne sont souvent pas en mesure de soigner toutes les victimes.

    Autre problème, le manque de personnel médical qualifié et expérimenté. Comme bien d'autres Irakiens, les médecins, les chirurgiens et les membres du personnel infirmier sont menacés, ils risquent d'être enlevés ou tués, et ils vivent, ainsi que leur famille, dans l'insécurité. Cette situation a poussé beaucoup d'entre eux à quitter le pays – une fuite des cerveaux importante à un moment où le pays avait le plus besoin d'eux.

    Dans quelle mesure cette situation affecte-t-elle les Irakiens ?

    Au cours d'une de mes visites en Irak, j'ai rencontré un Irakien qui m'a dit : « Les soins médicaux ne sont pas vraiment une priorité pour moi. Ce qui importe le plus, c'est de vivre en sécurité, d'avoir un toit et un emploi. » Et beaucoup d'Irakiens le rejoignent. Je comprends que les gens puissent penser ainsi, notamment quand il s'agit de survivre.

    ©Reuters /M. R. Mahmoud
    Jeune blessé et ses proches à l'hôpital Yarmouk, Bagdad
    Je peux imaginer qu'on est au-dessus des problèmes de santé. On a besoin de stabilité et de se sentir protégés de toute forme de violence. Cela vient aussi du fait que les Irakiens n'ont pas confiance en leur système de santé et qu'ils n'en attendent rien. Mais c'est une position dangereuse, car les gens pourraient s'habituer aux services de santé qui leur sont actuellement fournis et qui sont loin de répondre aux normes minimales en termes de qualité. Les autorités sanitaires font des efforts, mais les ressources et les conditions de sécurité ne permettent pas de changer les choses plus rapidement.


    Il est extrêmement difficile pour la population de se faire soigner quand le matériel fait défaut et que les infrastructures sont vétustes. Le problème est encore plus aigu dans les groupes vulnérables tels que les enfants, les femmes enceintes et les blessés. Une femme enceinte qui doit passer par un poste de contrôle pour aller accoucher risque de se faire tuer ou enlever.

    Dans une situation aussi complexe et dangereuse, le CICR est-il à même de répondre aux besoins des Irakiens ? Que faudrait-il faire aujourd'hui pour améliorer l'accès aux services de santé ?

    On ne peut absolument pas dire que le CICR est en mesure de répondre à tous les besoins. Il est toujours aussi dangereux de travailler en Irak, car le contexte est de plus en plus instable et imprévisible. Le seul moyen pour nous d'être efficaces est de nous concentrer sur l'assistance d'urgence.

    ©Reuters /F. Bensch
    Une file d'attente à l'hôpital de Zafraniyah, Bagdad

    Aujourd'hui, la priorité première du CICR est d'intervenir en cas d'incident majeur faisant de nombreuses victimes. Nous aidons les services de santé à prendre en charge l'afflux de blessés en leur distribuant des kits pour blessés de guerre, kits qui comprennent le matériel médical et chirurgical nécessaire au traitement et au rétablissement des victimes. Chaque kit permet de traiter plus de 100 personnes et de réduire ainsi le nombre de décès à l'hôpital.

    À la suite des explosions survenues le 1er février, le CICR a fourni à l'hôpital universitaire de Bagdad suffisamment de médicaments et de matériel médical d'urgence pour traiter plus de 100 blessés. Des secours du même genre avaient déjà été envoyés préventivement à l’hôpital universitaire Al-Kindi et à l’hôpital Imam Ali de Bagdad (Voir le communiqué de presse à ce sujet).

    Il faudrait toujours garder à l'esprit que le personnel médical ainsi que les structures sanitaires doivent être protégés, car ils offrent des services cruciaux dans l'Irak d'aujourd'hui. Il est suffisamment difficile de maintenir en activité le système de santé étant donné le manque de personnel confirmé. Parallèlement à la remise en état des infrastructures sanitaires, il faudrait donner la priorité au renforcement des capacités du personnel médical.


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