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29-08-2007  Interview  
Les personnes disparues : prévenir les disparitions et trouver des réponses
À l’occasion de la Journée internationale des personnes disparues (le 30 août), Renée Zellweger Monin, chef du groupe de travail du CICR sur les disparus, s’entretient sur la manière dont l’institution travaille à prévenir les disparitions et à apporter des nouvelles aux familles des personnes disparues qui souffrent depuis longtemps.

©CICR
Renée Zellweger Monin
On dit que le fardeau des personnes disparues et de leurs familles consécutif à un conflit armé et à une violence interne est une tragédie qui peut être évitée. Comment prévenir cette tragédie ?


Le fait que des personnes disparaissent dans des situations de conflit est en effet une grande tragédie humanitaire qui touche non seulement les victimes, les personnes disparues, mais aussi leurs familles et la communauté tout entière. La souffrance est énorme pour ceux qui restent – veuves, mères, enfants – et vivent dans une angoisse permanente, aspirant constamment à recevoir des nouvelles de l’être aimé, des nouvelles qui, dans la plupart des cas, n’arrivent jamais.

Et pourtant, comme vous l’avez dit, il est possible de prévenir cette tragédie ! Comment ? Tout d’abord et avant tout en respectant le droit.

Le droit international humanitaire (DIH), les normes internationales relatives aux droits de l’homme, et très souvent aussi, le droit national comportent des dispositions qui, si elles sont respectées par les parties à un conflit, permettraient de prévenir des disparitions. Les autorités et les parties à un conflit ont la responsabilité première de prévenir les disparitions. Toutefois, il est clair que, souvent, elles ne respectent pas ces lois, autrement, nous n’aurions pas des dizaines de milliers de personnes disparues de par le monde.

Pour promouvoir le respect du droit, le CICR diffuse le DIH aux autorités nationales, aux forces armées et aux groupes armés organisés. Il travaille également avec les États pour s’assurer que le DIH est traduit dans les lois nationales à la fois pour prévenir les disparitions et pour traiter leurs conséquences. Dans chaque contexte où le CICR est présent, il enregistre les actions que les autorités doivent prendre en conformité avec la loi pour prévenir les disparitions, et demandent aux autorités d’adopter les mesures qui s’imposent.

Ces mesures, en plus du développement de la législation nationale, comme mentionné ci-dessus, peuvent concerner le traitement des prisonniers et leurs conditions de vie dans les lieux de détention, les forces armées et la protection des civils. Par exemple, lorsque des personnes sont arrêtées et détenues, il est exigé des autorités concernées qu’elles s’enregistrent et s’assurent que cette information est transmise à leur famille ; les forces armées sont vivement encouragées à utiliser des plaques d’identité permettant à leurs membres d’être identifiés s’ils sont capturés, blessés ou tués ; en cas de déplacement massif de la population, il est demandé aux autorités de s’enregistrer et/ou de fournir des moyens d’identification aux civils les plus vulnérables tels que les enfants.

Le nouveau rapport du CICR, Personnes portées disparues : une tragédie oubliée, se réfère à ‘l’impératif d’agir’ au service des personnes disparues, et mentionne que l’on ne fait pas assez pour traiter cette question. Que fait concrètement le CICR et comment prévoit-il de faire des progrès sur cette délicate question humanitaire dans les années à venir ?

En plus de ce qui a été mentionné ci-dessus concernant le rôle du CICR dans le domaine de la promotion et du respect du droit, le CICR mène directement toute une gamme d’activités qui traitent de la question des disparitions.

Dans la plupart des situations de conflit, lorsque les moyens habituels de communication sont perturbés, le CICR aide les membres séparés des familles à communiquer, grâce aux messages Croix-Rouge, aux liaisons téléphoniques par satellite et aux téléphones mobiles, à Internet et aux autres moyens disponibles. Il recueille aussi des informations sur les personnes disparues et sur les circonstances dans lesquelles leur famille a perdu toute trace d’elles et il s’efforce de les localiser dans tous les lieux possibles – prisons, hôpitaux, camps – ou en s’adressant directement aux autorités. Ces activités sont souvent menées avec l’assistance des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Pour renforcer la capacité des Sociétés nationales et de l’ensemble du Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge de mener ces activités, le CICR élabore actuellement une nouvelle stratégie mondiale pour le rétablissement des liens familiaux.

Les visites du CICR dans les lieux de détention peuvent également jouer un rôle dans le traitement des disparitions. Dans les lieux de détention, le CICR enregistre l’identité des détenus. L’enregistrement des détenus peut jouer un rôle pour prévenir les disparitions. Le CICR peut également organiser l’échange de messages familiaux entre les détenus et leurs proches.

Par ses programmes d’assistance, le CICR s’efforce aussi d’aider les familles des personnes disparues qui se trouvent souvent dans des situations précaires à la suite de la perte du chef de famille.

Au cours des dernières années, le CICR a développé ses contacts et ses activités dans le domaine de la médecine légale, qui est une composante clé pour apprendre le sort des personnes disparues. C’est un aspect que le CICR continuera à poursuivre et à étendre. Il a aussi renforcé la coopération avec les associations familiales et continuera à le faire.

Dans les années à venir, le CICR continuera de renforcer ses actions dans ce domaine sur la base de la vaste gamme d’activités que j’ai décrit plus haut et continuera d’agir en faveur des personnes disparues et de leurs familles par tous les moyens possibles. Il importe de persévérer dans ces efforts parce que la question des personnes disparues n’est pas quelque chose qui peut être résolue rapidement. Nous le savons par expérience.

Notre travail sur les personnes disparues est un engagement sur le long terme et de grande ampleur. Lorsque des disparitions se produisent dans un pays, il faut des années et quelquefois des décennies pour avoir les réponses. La priorité du CICR à cet égard consiste à rester à la disposition des familles dans le temps pour qu’elles puissent un jour obtenir des réponses. Il importe aussi que le contact soit maintenu avec les autorités responsables ainsi qu’avec d’autres organisations qui traitent de cette question d’une manière ou d’une autre.

Dans de nombreux pays, les personnes qui détiennent le pouvoir après un conflit sont les mêmes que celles qui ont commis – ou permis – des atrocités et des disparitions au cours des hostilités. Quel est le rôle du CICR dans ces situations délicates ?

La question des personnes disparues est en effet souvent hautement politique et complexe. Outre le fait que les personnes qui ont contribué aux disparitions peuvent encore être au pouvoir après un conflit, si le nombre élevé de personnes disparues est rendu public, le résultat peut être perçu comme une défaite de l’une ou de l’autre partie au conflit. Les autorités peuvent donc rechigner à aborder la question. Une fois de plus, la responsabilité première et le pouvoir de fournir des réponses incombent aux autorités. Et la fourniture des réponses est une question de crédibilité pour les nouvelles autorités à l’égard de leurs propres citoyens mais aussi sur la scène internationale.

Le CICR maintient donc un contact constant avec les autorités nationales, où qu’elles soient et quel qu’ait été leur rôle par le passé, afin de les aider à établir les mécanismes nécessaires pour clarifier le sort des personnes disparues. Une fois de plus, le rôle et la priorité du CICR restent purement humanitaires : aider les familles à obtenir une réponse sur le sort de leurs proches qui ont disparu.

Personnes disparues – les femmes portent une grande part du fardeau

Florence Tercier, conseillère pour le thème femmes et guerre au CICR:
Quand on pense aux personnes portées disparues, on pense surtout aux moyens de les retrouver. Ce que l'on évoque moins fréquemment c'est le sort des proches qui restent. Pourtant dans de nombreux conflits, des milliers de personnes restent sans nouvelles de leurs proches et dans la plupart des cas, ce sont des hommes qui disparaissent et ce sont des femmes qui perdent maris, pères ou fils. Alors il s'agit bien de rechercher les disparus, mais aussi de soutenir les personnes qui restent sans nouvelles, devant supporter le fardeau émotionnel et les conséquences de la disparition de leurs proches. Et en tant que femme, cela affecte particulièrement leur situation. Avec la disparition de leur mari, et sans certificat de décès, elles se retrouvent ni veuves, ni mariées: elles n'ont pas droit à hériter des biens familiaux et n'ont souvent même pas la responsabilité légale de leurs enfants, elles ne peuvent toucher de rentes de veuves et ne peuvent se remarier. De plus, elles ont la responsabilité de subvenir aux besoins de leur famille et assurer l'éducation des enfants. Pour toutes ces femmes, cette situation demande beaucoup de force, de courage et de résilience.


Extrait du rapport CICR sur les personnes disparues – Géorgie
« Il n’avait que 22 ans. Il était si gentil, si talentueux. J’ai dépensé tout mon argent, je suis allée voir des cartomanciennes en Azerbaïdjan, et chaque fois, elles ont dit qu’il était vivant.
En 2003, je suis retournée à Sochi – dans une région située entre l’Abkhazie et la Russie – où j’ai payé l’ami d’un ami pour qu’il fasse des recherches dans les prisons. Je n’ai rien dit à ma fille, elle ne m’aurait jamais laissée partir. Maintenant, mon but principal dans la vie, c’est d’aller à Tsugurovka, au bas de cette falaise. Même si je ne trouve qu’un squelette, cela m’est égal, je veux seulement retrouver mon fils. »

Guliko a perdu son fils il y a 14 ans, mais sa blessure est encore à vif, comme si cela s’était passé hier. Dans le monde, il y a des centaines de milliers d’histoires comme la sienne.
©CICR/A. Montanari

Extrait du rapport CICR sur les personnes disparues – Népal
Leurs récits sont si répétitifs qu’ils en deviennent presque banals. C’était au milieu de la nuit. Nous dormions. Un camion s’arrêta, ils appelèrent mon mari par son nom. Ils le battirent et l’emmenèrent. Je ne le revis jamais. Parfois, c’était l’armée qui était à notre porte. D’autres fois, c’étaient les rebelles. Souvent, les femmes suppliaient qu’on les emmène avec leur mari. Certaines demandaient à être tuées à sa place, afin qu’il puisse subvenir aux besoins de leurs enfants.
©CICR

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29-08-2007