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30-10-2006  Éclairage  
Porté disparu au Népal : comment faire son deuil ?
Sanu Maya Tamang, de 36 ans, tend la main vers son plus jeune fils Dorje et caresse ses cheveux. « Il ne se souvient même pas de son père » dit-elle. Dorje a maintenant sept ans, et son père, Prem Bahadur, est porté disparu depuis 2003, lorsqu’il fut enlevé dans sa maison par un groupe d’hommes armés habillés en civil. La déléguée du CICR Delphine Van Solinge décrit l’angoisse de cette femme face aux difficultés économiques et à l’absence de nouvelles.

Sanu Maya ne savait pas qui étaient ces hommes, mais elle les a regardés passer les menottes à son mari et l’emmener. Elle n’a jamais revu son mari.

Vaines recherches

« Le jour suivant l’arrestation de mon mari, je me suis rendue dans le camp militaire tout proche pour le retrouver. Les soldats m’ont dit qu’il n’était pas là, mais je n’ai pas arrêté de chercher. J’ai tout essayé; j’ai également posé la question à la police et aux maoïstes. J’ai suis allée voir partout, mais personne n’a rien pu me dire. J’ai pris contact avec des défenseurs des droits de l’homme et avec le Comité international de la Croix-Rouge. Le CICR est venu me voir régulièrement pour me dire où ils avaient cherché et m’assurer qu’ils continueraient les recherches ».

L’angoisse de ne pas savoir

« Je ne sais pas s’il est vivant ou mort, mais je ne peux pas procéder aux rites funéraires sans savoir », explique Sanu Maya. « S’il est vivant, il faut que l’on me dise où il se trouve. S’il est mort, il faut m’en informer ; je l’accepterai, mais je dois savoir ».

Depuis la disparition de son mari, la vie de Sanu Maya s’est faite de plus en plus dure. Sa famille est de condition modeste et ne possède pas assez de terres pour se nourrir. Prem Bahadur travaillait occasionnellement dans la construction, ce qui lui procurait un revenu de base, mais depuis sa disparition, sa famille s’est vu contrainte à accumuler les dettes pour survivre. Ces dettes sont maintenant supérieures à la valeur du terrain, et Sanu Maya sait qu’elle sera probablement expulsée au cours de ces prochains mois. Ses trois enfants, Dorje et ses deux frères, ne vont plus à l’école depuis une année et demie : il n’y a tout simplement pas d’argent pour payer les livres ou les uniformes. Sanu Maya a dépensé presque toutes les économies de sa famille pour voyager d’un endroit à l’autre à la recherche de son mari. Elle n’a pas de métier, pas de revenu et aucune idée de ce qu’elle va faire.

L’angoisse de ne pas savoir ce qu’est devenu son mari, ajoutée aux difficultés économiques provoquées pas l’absence de ce dernier, a rendu la vie de Sanu Maya et de ses enfants insupportable.


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30-10-2006