L’« eau » de ce lac de huit hectares est d’un brun sombre – 50 000 m3 d’eaux usées brutes. Il y a peu, le lac – il s’agit en fait d’un bassin qui devait initialement contenir l’eau de pluie – était une catastrophe en puissance : le niveau des eaux usées non traitées n’était qu’à un mètre des bords, menaçant d’inonder les rues et les maisons de Khan Younis, une ville du sud de la bande de Gaza qui compte 180 000 habitants.
À Khan Younis, les ménages jettent traditionnellement leurs eaux usées dans des fosses d’aisance qui doivent être asséchées régulièrement, un processus coûteux pour de nombreuses familles. Pour économiser, des milliers de ménages ont recours à ce qui a dû sembler être une solution simple pour se débarrasser des déchets – ils ont simplement relié leur maison aux canalisations d’eau de pluie. Mais personne n’a pensé aux conséquences…
Ou du moins, jusqu’à ce la compagnie côtière municipale des eaux (Coastal Municipal Water Utility – CMWU) et la municipalité de Khan Younis ne donnent l’alarme plus tôt dans l’année. Ils craignaient que les pluies attendues en hiver ne provoquent une hausse subite du niveau de l’eau, risquant d’entraîner le débordement du lac d’eaux usées dans la ville.
Grâce au soutien financier du Croissant-Rouge du Qatar, le CICR a réussi à proposer rapidement une solution à ce danger imminent. Il a construit deux nouveaux bassins à quelque trois kilomètres du lac existant pour retenir les eaux usées et éviter qu’elles n’inondent Khan Younis. Il a ainsi empêché que les eaux usées ne soient déversées directement dans la mer, ce qui aurait pollué une des dernières sections préservées de la côte de Gaza.
Une catastrophe évitée
« C’est une opération d’urgence visant à prévenir qu’une catastrophe ne se produise durant les prochaines pluies d’hiver », dit Tony Dalziel, chef de la sous-délégation du CICR à Gaza. « C’est un exemple qui illustre bien la fragilité des infrastructures dans la bande de Gaza. »
« Mais, souligne M. Dalziel, l’assistance humanitaire ne suffit pas à fournir une solution durable. À long terme, une station de traitement des eaux usées est nécessaire. Ce problème montre à quel point il est important d’investir dans les infrastructures de Gaza », ajoute-t-il.
La construction des nouveaux bassins de rétention des eaux usées n’a pris que quatre semaines et a été achevée juste avant l’arrivée prévue des pluies d’hiver. À la mi-décembre, par une journée ensoleillée mais fraîche, le CICR a inauguré le projet en présence du gouverneur, du maire et du directeur de la CMWU. Dans un acte symbolique, les trois partenaires – le CICR, le maire de Khan Younis et le gouverneur – ont tourné ensemble la roue de la nouvelle pompe des eaux usées pour la première fois, reflétant le degré de coopération entre le CICR et les autorités compétentes.
« C’est un projet important pour les habitants de Khan Younis », dit Usama El Fara, le gouverneur du gouvernorat de Khan Younis, « et la population remercie aussi le Croisssant-Rouge du Qatar pour l’aide qu’il nous a apportée. »
Au moment où il prononçait ces paroles, comme par un fait exprès et sous les applaudissements des personnes présentes à l’ouverture, un bulldozer est arrivé avec un immense panneau qui sera érigé près du projet de traitement des eaux usées de Khan Younis. Quelques minutes plus tard, les pompes s’étant mises en marche, les eaux usées ont jailli pour la première fois dans les nouveaux réservoirs.