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21-10-2008  Éclairage  
Philippines : prêter assistance aux malades et aux blessés
Depuis la reprise des affrontements qui opposent les forces armées philippines et le Front moro islamique de libération (Moro Islamic Liberation Front) en août dernier, les équipes médicales du centre de Mindanao travaillent jour et nuit. Iolanda Jaquemet, une collaboratrice du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), décrit leur tâche difficile.

La ville de Datu Piang, au centre de Mindanao (dans le sud des Philippines), est submergée par les 25 000 personnes déplacées qui s’y sont réfugiées après avoir fui de leurs villages en raison du conflit. Les bâches bleues caractéristiques qui servent de toiture à leurs abris de fortune ont envahi la ville – on les retrouve sur la mosquée, sur l’église, sous le pont et dans le parc, où un vieux panneau « Gardons notre parc propre ! » a été remplacé par une bannière plus imposante portant l’inscription : « Centre d’évacuation ».

Sous un toit de chaume soutenu par des poutres de bois, cinq patients – tous sous perfusion – sont couchés sur des lits très rudimentaires. « Comme cet abri n’a aucune paroi, ils sont parfois contraints de se rendre au centre de santé rural lorsqu’il pleut, explique avec un sourire las Ulambay Lidasan, la doctoresse responsable du centre. Mais ils doivent alors se coucher à même le sol, parce qu’il n’y a pas suffisamment de place pour installer des lits dans le bâtiment. »

Le centre de santé rural de Datu Piang est une représentation miniature de cette ville pittoresque située dans une zone marécageuse. Il apporte une assistance vitale aux personnes déplacées. La doctoresse Elizabeth Samama, chef adjoint des services de santé de la province de Maguindanao, la région la plus durement touchée par le conflit, relate les événements qui ont mis le centre sens dessus dessous : « Les affrontements ont débuté le 21 août. Depuis lors, nous travaillons 24 heures sur 24 et nous ne pouvons pas nous permettre de prendre des jours de congé. Nous faisons de notre mieux avec le peu de ressources dont nous disposons. »

Services de santé surchargés

La doctoresse Lidasan précise que le personnel du centre est surchargé. Désignant un jeune médecin en train de soigner un enfant atteint de diarrhée, elle ajoute : « Il est venu nous aider et nous lui en sommes très reconnaissants. » La doctoresse se relaie avec un autre collègue et travaille 24 heures d’affilée, s’accorde deux jours de repos, puis reprend son poste. Cinq autres agents de santé des municipalités alentour sont venus prêter main forte aux dix employés du centre.

Les statistiques de la doctoresse Lidasan sont éloquentes : « Au cours de ces sept dernières semaines, nous avons effectué 6 769 consultations, pris en charge 280 patients et envoyé 11 d’entre eux à l’hôpital de Cotabato City, la capitale de la région. » Le nombre de victimes aurait pu être plus élevé compte tenu de l'intensité du conflit.

Le petit centre médical de Datu Piang a dû prendre en charge jusqu’à huit victimes de tirs d’artillerie lourde en un jour. « C’était à la fin du mois de jeûne du Ramadan. Je préparais du café quand j’ai été touchée au dos par des éclats d’obus » se souvient Samira Endosan, une femme enceinte et mère de sept enfants. Samira craint que le bébé qu'elle porte n’ait été blessé dans l'incident.

L’obus a explosé dans les marais à proximité de l’école primaire Datu Gumbay Piang, qui abrite actuellement un centre d’évacuation. C’est ici que la famille Endosan cohabite avec trois autres familles dans une salle de classe. Les éclats d’obus ont également blessé trois jeunes enfants qui jouaient à l’extérieur du bâtiment. Les abris sont si peu nombreux que les « évacués » – c’est ainsi qu’on appelle les personnes déplacées dans la région – vont jusqu’à se réfugier sous les pilotis qui soutiennent le bâtiment principal de l’école.

« Toutes les écoles publiques ont suspendu leurs cours depuis plus d’un mois pour abriter les évacués », explique sans se plaindre Musib Uy Tan, un représentant de la municipalité, qui partage le sentiment de la doctoresse Samama : « Nous devons apporter aux personnes déplacées l'aide dont elles ont besoin. »

Le risque d’épidémie reste la principale préoccupation de Musib Uy Tan et de la doctoresse compte tenu de la surpopulation de la ville. Des cas isolés de rougeole ont été enregistrés, mais les diarrhées, les infections des voies respiratoires supérieures et les dermatoses sont plus fréquentes. On ne recense toutefois aucun cas de typhoïde et de choléra, qui sont particulièrement redoutés. « Le plus important, c’est de rester vigilants et de garantir des bonnes pratiques d’hygiène », précise la doctoresse Lidasan.

Deux fois par jour, son équipe d’agents de santé volontaires fait le tour des 23 centres d’évacuation établis à Datu Piang pour « suivre de près la situation ». Les ingénieurs du CICR contribuent à prévenir les épidémies en installant des citernes d’eau potable et en construisant des latrines dans les centres.

Une aide extérieure bienvenue

La doctoresse Samama s’inquiète pour l’avenir : « Si la situation se prolonge, nos ressources seront bientôt épuisées et nos agents de santé exténués. » Elle relève en outre la nécessité d’une aide extérieure pour que cette région pauvre des Philippines puisse faire face de manière adéquate à l’afflux de personnes déplacées. « Nous avons besoin de fonds et de davantage de ressources humaines, de moyens logistiques, de médicaments et de matériel médical. »

Le docteur Robert Paterson, coordonnateur des programmes de santé du CICR aux Philippines, est présent sur le terrain depuis les premiers jours des hostilités. « Je suis impressionné à la fois par le dévouement et le professionnalisme du personnel médical local, déclare-t-il. Ce n’est pas une tâche facile, car l’afflux de personnes déplacées a multiplié par deux la population de certaines municipalités. »

Le ministère de la Santé a lancé une campagne de vaccination contre la rougeole presque immédiatement après le début des nouveaux affrontements. Le docteur Paterson insiste sur le rôle décisif de cette campagne : « Étant donné la promiscuité dans laquelle les personnes déplacées sont contraintes de vivre, il existe un risque réel d'épidémie de rougeole, qui peut entrainer des handicaps chez les enfants, voire la mort, d’autant que nombre d’entre eux sont déjà affaiblis. » Début octobre, 75 % des enfants âgés de six mois à cinq ans étaient vaccinés contre la rougeole.

Le docteur Paterson précise également que le CICR est prêt à renforcer le système de santé national pour faire face à la situation d'urgence : « Nous soutenons huit centres de santé et prévoyons d’intensifier nos efforts ces prochains mois. » Et la doctoresse Samama de souligner : « Le CICR était le tout premier partenaire présent à Datu Piang. Il nous fournit des articles médicaux d’urgence et des médicaments, notamment contre le tétanos. Autrement dit, il comble nos lacunes. »

©CICR/Xinhua/Xu Lingui/ph-e-00127
Ces personnes déplacées vivent sous des tentes précaires à Lower Salvo, un barangay (village) situé au centre de Mindanao, depuis qu’elles ont fui les affrontements qui font rage dans les villages alentour.

©ICRC/Xinhua/Xu Lingui/ph-e-00132
Unité de soins de santé de Datu Piang, au centre de Mindanao. Le CICR apporte son soutien à cette unité surpeuplée et à sept autres structures de santé sur l’île.

©ICRC/Xinhua/Xu Lingui/ph-e-00129
Ville de Datu Piang, au centre de Mindanao. Ces personnes déplacées se sont réfugiées dans l'école primaire Datu Gumbay Piang. Quatre familles cohabitent dans une salle de classe.

©ICRC/Xinhua/Xu Lingui/ph-e-00131
Ville de Datu Piang, au centre de Mindanao. Les patients doivent se coucher à même le sol dans le laboratoire du centre de santé rural surpeuplé. En raison de l’afflux de personnes déplacées, la population de Datu Piang a augmenté de moitié depuis août 2008.

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21-10-2008