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1-04-2009  Interview  
Philippines : le délai des ravisseurs a expiré, et le CICR espère que l'irréparable n'a pas été commis
Le mercredi 1er avril, cela faisait 77 jours que les collaborateurs du CICR, Mary Jean Lacaba, Eugenio Vagni et Andreas Notter, avaient été enlevés dans le sud des Philippines. Le chef des opérations du CICR pour l'Asie de l'Est, du Sud-Est et le Pacifique, Alain Aeschlimann, s'exprime sur la situation actuelle.

Le délai donné par les ravisseurs de Mary Jean, Eugenio et Andreas pour le retrait des troupes a expiré hier. Que pouvez-vous dire à ce sujet ?

Nous sommes extrêmement préoccupés par le sort et la sécurité de Mary Jean, Eugenio et Andreas. Nous continuons d'espérer que l'irréparable n'a pas été commis et qu'il ne le sera pas. La sécurité de nos trois collaborateurs est primordiale pour le CICR. La situation est très compliquée, mais nous restons confiants quant aux derniers rebondissements qui, espérons-le, n'auront pas de conséquences négatives pour nos collègues ou pour la population de l'île de Sulu.

À l'heure actuelle, nous ne sommes pas en mesure de confirmer ce qui se passe sur le terrain. Le CICR maintient le contact avec les autorités. Nous espérons toujours pouvoir résoudre la crise.

Nous réitérons notre appel aux ravisseurs pour qu'ils épargnent la vie de Mary Jean, Eugenio et Andreas, et qu'ils les laissent partir sains et saufs.

De plus, nous demandons une nouvelle fois aux autorités philippines de faire tout leur possible pour sauver la vie des otages et éviter d'entreprendre quoi que ce soit qui puisse mettre en danger nos collaborateurs.

Quelle est la réaction du CICR face à l'imposition de l'état d'urgence à Sulu ?

Nous avons pris note du fait que l'état d'urgence avait été décrété sur l'île de Sulu. Nous ne sommes pas en mesure de faire des commentaires sur le positionnement des troupes ou sur les mouvements de troupes ; nous ne le souhaitons pas d'ailleurs.

Le CICR continue d'espérer que l'évolution de la crise, y compris les mesures imposées récemment, n'affectera pas les conditions de vie ni la sécurité de la population civile sur l'île de Sulu.

Que peut faire d'autre le CICR dans cette situation ?

Le CICR continue de faire tout ce qu'il peut pour résoudre la crise. Beaucoup de gens travaillent en coulisse pour y parvenir, et nous les remercions de tous les efforts qu'ils déploient pour trouver une solution. Nous ne sommes pas en mesure d'entrer plus avant dans les détails sur les efforts en cours pour obtenir la libération de nos collègues, car nous ne voulons pas compliquer les choses.

Nous sommes très inquiets au sujet de nos collègues, mais les autres personnes qui ont été enlevées ces dernières semaines dans le sud des Philippines sont aussi dans nos pensées. Nous regrettons vivement tous les actes d'enlèvement, qui sont en contradiction avec les principes humanitaires fondamentaux et le droit international. Nous comprenons la douleur de toutes les personnes enlevées et celle de leurs proches, et nous sommes très solidaires avec eux.

Quand avez-vous parlé avec vos collègues pour la dernière fois ?

Mary Jean, Eugenio et Andreas ont pris contact avec le CICR la semaine dernière. L'épreuve qu'ils affrontent en ce moment est très rude. Nous sommes de tout cœur avec nos collègues et leurs familles, dont l'angoisse dans ces circonstances est difficilement imaginable.

Nous avons pris note des informations selon lesquelles les ravisseurs n'avaient pas mis à exécution leur menace. Cependant, les rumeurs vont bon train. Nous espérons pouvoir parler au plus vite avec Mary Jean, Eugenio et Andreas.

Nous réitérons notre appel pour la libération rapide, inconditionnelle et en toute sécurité de nos collègues.

Certains médias remettent en question l'approche du CICR concernant la sécurité de son personnel. Que répondez-vous à cela ?

Le CICR prend la sécurité de son personnel très au sérieux, et c'est un fait établi qu'il agit ainsi partout dans le monde. La situation à laquelle nous faisons face aujourd'hui aux Philippines est très préoccupante pour tout le monde au CICR. La visite qu'effectuaient nos collègues dans la prison provinciale de Sulu le jour où ils ont été enlevés avait été notifiée à toutes les autorités concernées, et la permission nécessaire leur avait été octroyée. Nos collègues ont été enlevés en plein jour dans le centre de la ville de Jolo, dans un endroit entouré de bâtiments publics. À la suite de cela, nous avons suspendu nos projets dans la région.

Cependant, nous continuons de mener nos activités visant à porter assistance et protection aux personnes touchées par le conflit armé et d'autres situations de violence aux Philippines. En collaboration avec la Croix-Rouge philippine, le CICR aide les personnes déplacées qui continuent de vivre dans des camps, dans le centre de Mindanao. Nous maintenons nos programmes de santé, d’approvisionnement en eau et d’assainissement, ainsi que nos activités dans les prisons et d'autres centres de détention à travers le pays.

Nous restons convaincus de devoir aider les personnes qui en ont besoin sans avoir recours aux escortes armées ou à une protection militaire. Les armes ne sont pas le moyen de défendre notre travail et nos principes. Ce n'est pas non plus sous la protection des armes que nous pouvons faire montre de notre neutralité et de notre indépendance ; en effet, nous devons faire en sorte d'être acceptés par toutes les parties – nous arriverions au résultat contraire. Nous voulons pouvoir agir au milieu des affrontements armés et d'autres situations de violence sans prendre parti pour une cause. Dans les situations de ce genre, les précédents sont très importants. Quand le CICR arrive à la conclusion qu'il est trop dangereux de travailler dans un endroit donné sans avoir recours à des escortes armées et qu'il n'est pas suffisamment accepté ou que la nature purement humanitaire de son travail n'est pas comprise, généralement, il suspend ses activités ou se retire. Je répète qu'on ne s'attendait pas du tout à ce qui est arrivé le 15 janvier, dans la ville de Jolo.

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1-04-2009