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31-07-2006  Interview  
Caucase du Nord : la situation de sécurité reste fragile
Le CICR est toujours actif dans le Caucase du Nord où il continue de venir en aide à la population locale et aux déplacés internes touchés par la violence armée. De retour du terrain, où il a passé trois ans comme chef de la délégation du CICR à Moscou, Marco Altherr répond à une série de questions sur la mission de l’institution dans la région.

De quelle manière la situation qui prévaut actuellement dans le Caucase du Nord touche-t-elle les gens vivant dans la région et que fait le CICR pour leur venir en aide sur le plan humanitaire ?

Le CICR maintient une présence dans la région pour répondre aux besoins humanitaires actuels. L’action d’assistance du CICR dans le Caucase du Nord demeure une de ses opérations les plus importantes au monde en termes de budget. L’institution a adopté une approche double : d’un côté, il fournit une aide directe aux familles les plus vulnérables ; de l’autre, il apporte son soutien aux services publics et s’emploie à améliorer les capacités rémunératrices des ménages.

Le CICR distribue des articles ménagers de première nécessité tels qu’assortiments d’articles d’hygiène et tentes aux personnes les plus vulnérables vivant dans les districts du centre de la Tchétchénie, ainsi qu’aux déplacés internes établis en Ingouchie et au Daghestan. En 2006, le CICR est ainsi venu en aide à plus de 80 000 personnes. Il a également contribué à améliorer les conditions de vie de la population en remettant en état des infrastructures publiques, notamment les systèmes d’approvisionnement en eau, de chauffage et d’évacuation des eaux usées. Le soutien aux services de santé fait aussi partie des priorités de l’institution, qui fournit des médicaments et du matériel médical à des hôpitaux en Tchétchénie, en Ingouchie et au Daghestan. Grâce à ses projets microéconomiques ciblés, le CICR a aidé en 2005 plus de 80 ménages à créer une petite entreprise familiale, leur permettant ainsi de dépendre dans une moindre mesure de l’aide humanitaire. En 2006, ce programme de projets microéconomiques a été étendu à l’Ingouchie et au Daghestan.

Le CICR continue à travailler avec la Croix-Rouge russe, son premier partenaire dans le Caucase du Nord. Entre autres activités, les sections de la Croix-Rouge russe viennent en aide à 2 500 personnes âgées par le biais de programmes de soins à domicile dans 11 régions et d’assistance psychologique et juridique à l’intention de la population locale et des personnes déplacées dans 14 régions (dont la Tchétchénie).

Pourquoi le CICR n’a-t-il pas pu reprendre son programme de visites aux personnes détenues pour des motifs liés au conflit armé en Tchétchénie ?

En 2004, le CICR a rencontré des difficultés qui l’ont empêché de mener ses visites dans les lieux de détention conformément aux modalités habituelles qu’il applique dans le monde entier, et qui prévoient notamment l’accès régulier à toutes les personnes détenues dans tous les lieux de détention et la possibilité de s’entretenir sans témoin avec les détenus. En septembre 2004, le CICR s’est donc vu obligé de suspendre ses visites aux personnes détenues.

Par la suite, le CICR a entamé des pourparlers avec les autorités russes sur la reprise de ces visites. Les négociations ont cependant échoué en raison de dissensions concernant les procédures et les modalités. En juin 2006, le CICR a entreprend de nouvelles démarches. Dans une lettre adressée au président russe, le président du CICR, Jakob Kellenberger, lance un appel à Vladimir Poutine pour la reprise de ses visites dans les lieux de détention, lui rappelant que le CICR travaille selon ses modalités habituelles dans quelque 80 pays de par le monde. M. Kellenberger conclut en déclarant qu’il est prêt à se rendre à Moscou pour s’entretenir avec le président Poutine de l’avenir de la coopération entre la Fédération de Russie et le CICR.

À souligner que si les délégués du CICR ne sont pas en mesure de visiter les détenus, ils poursuivent toutefois leurs activités visant à établir et maintenir des liens entre ceux-ci et leurs familles. Le programme de visites familiales permet à deux membres de la famille de rendre visite une fois par an à un proche en détention. Depuis qu’il a été lancé, fin février 2005, 298 familles ont fait une demande de visite.

L’insécurité qui règne dans les républiques voisines de la Tchétchénie semble aller en augmentant. Dans quelle mesure est-ce une source d’inquiétude pour le CICR ?

Très précaire en 2005, la situation de sécurité est restée la même dans le Caucase du Nord au cours des six premiers mois de 2006. Le CICR est préoccupé par le risque de déstabilisation qui menace la région.

En octobre 2005, des affrontements armés ont éclaté à Naltchik. Ils ont fait plusieurs victimes et ont conduit à une série d’arrestations, provoquant un climat d’instabilité et de peur au sein de la population civile de la république.

Au Daghestan, des attaques lancées contre des membres des forces de police, dont des officiers de haut rang, continuent de se produire, infligeant de lourdes pertes au sein des forces de sécurité comme parmi les civils. En Ingouchie, la situation demeure là aussi instable : des attaques toujours plus fréquentes visent principalement les autorités fédérales et locales.

En dépit de certains éléments nouveaux qui ont permis d’améliorer la vie quotidienne de la population en Tchétchénie, l’avenir reste très incertain, alors que les attaques et les affrontements armés se poursuivent. D’importantes forces armées et de sécurité sont toujours stationnées en Tchétchénie et aux alentours de la république. Des arrestations sont toujours effectuées pour des motifs en relation avec le conflit et il est constamment fait état de disparitions. Pour faire suite aux allégations portant sur des arrestations ou des disparitions qu’il ne cesse de recevoir de la part des familles, le CICR demande instamment aux autorités concernées de faire la lumière sur ces cas.

Au terme de votre mission de trois ans dans la Fédération de Russie, quels progrès notables avez-vous pu observer ? Qu’avez-vous par contre à déplorer ?

Le CICR a mis au point une opération d’assistance efficace dans le Caucase du Nord, en lançant notamment des projets microéconomiques individuels destinés à fournir un soutien direct ou indirect aux ménages vulnérables. Grâce à ses programmes éducatifs et à une promotion active du droit international humanitaire, le CICR a en outre touché un public très vaste, que ce soit dans les principales écoles secondaires, les facultés de droit, les écoles militaires ou les facultés de sciences politiques de la Fédération de Russie. Cette coopération se poursuivra à l’avenir. Voici pour ce qui est des résultats notables.

Quant aux regrets que j’ai, un des principaux concerne l’absence d’avancement du dossier relatif à la reprise des visites aux personnes détenues. Nous espérons que la lettre adressée par le président du CICR au président russe contribuera à régler ce problème.

En outre, le CICR est toujours sans nouvelles de l’employé de son bureau de Grozny, Usman Saidaliev, enlevé à son domicile en 2003, en Tchétchénie. Je tiens enfin à rappeler que le CICR n’a été informé d’aucun progrès concernant l’enquête officielle portant sur l’assassinat de six de ses délégués à Novye Atagi en 1996.

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31-07-2006