Mariama Kallon, 62 ans, mariée et mère de trois enfants, vivait heureuse dans la maison familiale au village de Konehun, dans le district de Pujehun, lorsque le conflit éclata en Sierra Leone en 1991. Des pilleurs attaquèrent Konehun pendant la crise, obligeant Mariama à fuir avec ses enfants.
Ses efforts pour leur trouver un havre sûr la séparèrent de son mari, avec lequel elle avait vécu près de 32 ans. Par la suite, elle et ses enfants furent capturés par des envahisseurs armés venant du Libéria. Ils réussirent à s’enfuir au Libéria lorsque leurs ravisseurs devaient faire face à une contre-attaque de leurs adversaires. La vie se transforma en une pénible routine pour Mariama, qui devait assumer seule le bien-être de ses enfants en l’absence de son mari.
Trois ans plus tard, grâce aux efforts conjugués des équipes de recherches du CICR et de la Croix-Rouge de Sierra Leone, son mari, Pa Musa, fut retrouvé et informé de l’endroit où se trouvait Mariama et les enfants ; le regroupement familial fut l’heureuse issue d’un si long combat. Mais Pa Musa tomba soudain malade et mourut deux mois plus tard au camp de réfugiés, des suites d’une grave maladie. Il possédait une maison au village, avant que la famille ne fuie, et ils espéraient tous rentrer chez eux à la fin du conflit. Ainsi, contre toute attente, Mariama retourna à Konehun avec ses enfants en 1999, mais en raison des destructions massives ayant frappé le village, elle fut incapable de retrouver sa maison.
« Les combattants armés qui ont attaqué le village ont brûlé la maison », raconta son oncle. Il mit à disposition de Mariama une pièce unique qu’elle partagea avec sa fille et ses deux adolescents, mais les deux femmes et les six enfants de son oncle n’étaient ni aimables ni conciliants. Malheureusement, l’oncle succomba également à une maladie, et ses femmes jetèrent Mariama et ses enfants à la rue, les exposant à une misère et des souffrances indicibles dans la maison d’un ami.
En 2005, l’équipe « eau et habitat » du CICR se rendit à Konehun pour y réaliser un projet d’abri pour femmes afin de porter secours aux veuves de guerre vulnérables. En raison de sa situation critique et de sa vulnérabilité, Mariama fut sélectionnée pour faire partie des bénéficiaires. Après avoir présenté plusieurs demandes à la communauté, elle reçut un coup de main sous forme de matériaux locaux pour reconstruire sa maison. Aucune comparaison possible entre sa nouvelle vie indépendante, dans sa maisonnette de trois chambres, et les énormes difficultés qu’elle avait dû surmonter. « Papa Dieu, je te remercierai toute ma vie… Dieu bénisse le CICR » s’exclama-t-elle.