Comment le CICR réagit-il face à la récente intensification des combats à Sri Lanka ?
Après le cessez-le-feu de 2002, nous avons eu quelques années de calme, mais les affrontements armés ont repris de plus belle au milieu de 2006. Actuellement, la plupart des actes de violence se produisent sur la côte orientale, région où le CICR est présent. Les gens ont dû fuir les combats entre les forces gouvernementales et les Tigres tamouls, qui se déroulaient parfois très près des villages et les faisaient craindre pour leur vie. À nouveau, c’est la population civile qui est la principale victime de la violence.
Nous essayons de porter assistance à la population, surtout aux déplacés internes, dont le nombre dépasse les 100 000. Ceux-ci se concentrent avant tout dans le district côtier de Batticaloa, qui est sous contrôle gouvernemental. La moitié d’entre eux ont la possibilité de séjourner chez des amis ou des proches. Les organisations humanitaires répondent aux besoins des déplacés internes qui n’ont pas d’autre solution que de se rendre dans les camps. Le CICR, quant à lui, fournit des abris, des produits non alimentaires, des articles d'hygiène ainsi que des services d’approvisionnement en eau et d’assainissement à 12 000 personnes, dans 5 camps différents.
Dans quelle mesure le CICR a-t-il pu venir en aide aux personnes dans le besoin ?
Dans tous les conflits armés, nous expliquons aux parties en guerre que les activités du CICR n’affectent en rien les opérations militaires en cours. Ce n’est pas une tâche facile, et le Sri Lanka ne fait pas exception. L'accès aux victimes est un élément clé pour le CICR et les autres organisations humanitaires, et tant le gouvernement que les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE) comprennent, du moins je l’espère, les raisons pour lesquelles nous devons rester neutres.
Toutefois, l’intensité des combats peut nous empêcher d'atteindre les victimes. Nous sommes prêts à prendre des risques, mais pas à mettre en danger la vie de nos collègues. Lors d’un conflit armé, l’accès est un problème omniprésent qui nous a souvent causé de graves difficultés, même si je dois reconnaître que, récemment, la situation s'est améliorée. Actuellement, nous sommes capables, en gros, d’apporter notre assistance dans toutes les zones où nous souhaitons travailler et de rester en contact avec les bénéficiaires. Mais la situation peut changer du jour au lendemain.
Toute une série de problèmes continuent de peser sur le pays, tels que les personnes portées disparues, les mines ou le manque de respect envers la population civile. Le chemin de la normalité pourrait être très long…
En fait, j'espère que ce ne sera pas le cas. Mais regardons la réalité en face. Le conflit à Sri Lanka ne date pas d’hier, il dure depuis 20 ans. Le cessez-le-feu de 2002 n’existe qu’en théorie, et les différends sont trop importants pour qu’il soit possible d’envisager le proche avenir avec optimisme.
Tout ce que l’on peut souhaiter pour le moment, c’est que toutes les parties reviennent un jour à la table des négociations pour trouver une solution politique. Actuellement, ce n'est pas possible. Il n’y a pas de pourparlers en cours, et pour autant que je sache, aucun signe n’indique que les discussions pourraient reprendre prochainement. Je crains qu'il ne faille encore faire preuve de patience avant qu’une percée ne puisse avoir lieu. Le CICR continue à s’engager pour élucider le sort des personnes portées disparues. Nous entretenons de nombreux contacts avec toutes les parties et à chaque occasion, nous leur rappelons leur obligation de respecter la population civile.