© CICR / B. Heger / SD-E-01987
Des patients attendent d'être soignés à la clinique de Golol, Jebel Marra.
Le soleil est encore bas sur l’horizon quand les premiers patients apparaissent dans l’encadrement de la porte du centre de santé primaire de Gorne. Adam Jibril est infirmier. Il est arrivé en avance pour ranger ses dossiers de la veille. Il est maintenant prêt à commencer ses consultations.
De son côté, la pharmacienne vérifie son stock et aligne déjà sur son bureau les boîtes des médicaments les plus couramment demandés. Même si le centre de santé reste ouvert sans interruption jusqu’au milieu de l’après-midi, la plupart des patients ou leurs familles préfèrent venir consulter avant les heures chaudes et d’être accaparés par leurs tâches quotidiennes.
Le village de Gorne est situé en zone gouvernementale, au pied du massif du Jebel Marra, dans l’Ouest du Darfour. Le Jebel Marra est considéré par certains comme le cœur du territoire fur et reste aujourd'hui le bastion d’une des factions de l'Armée de libération du Soudan (Soudan Liberation Army), un des principaux groupes d’opposition au gouvernement de Khartoum.
Sa position au carrefour des trois États du Darfour et sa fertilité en ont fait un lieu stratégique et convoité de tous. Si le cœur du Jebel Marra et les hauteurs sont restés exclusivement aux mains des Fur, les plaines alentours sont aujourd’hui peuplées à la fois de communautés agricoles et de nomades pastoralistes.
Une cohabitation fragile
© CICR / B. Heger / SD-E-01991
Clinique de Golol, Jebel Marra. Un infirmier ausculte un jeune patient.
La cohabitation entre paysans sédentaires et nomades pastoralistes, à Gorne comme dans les villages voisins de Dabenga et Waranga, demeure fragile et la sécurité une préoccupation majeure pour tous. Depuis 2006, le CICR a essayé d’assurer à Gorne une présence aussi régulière que possible – en organisant des campagnes de vaccination par exemple – et a récemment décidé d’aller plus loin en soutenant la petite clinique du village.
Ainsi, depuis octobre 2007, une équipe du CICR se rend-elle sur place tous les mois pour délivrer des médicaments et conseiller le personnel médical local composé d’un infirmier, d’une pharmacienne, d’une sage-femme et d’une femme de ménage. Le CICR a également remis du ciment pour consolider le bâtiment et couvre une partie du salaire du personnel médical.
Le centre de santé dessert principalement le village de Gorne et les quatre campements nomades qui l’entourent, soit environ 12 000 personnes. Les maladies les plus courantes sont la diarrhée, la dysenterie sanguinolente, les douleurs aux articulations, les infections pulmonaires et stomacales – dues à la mauvaise qualité de l'eau et de la nourriture –, les conjonctivites – dues à la poussière et aux mouches –, et la toux.
Les nomades, eux, sont davantage sujets à des infections urinaires et à des migraines du fait d'une exposition prolongée au soleil. Les nomades ont aussi un accès plus limité à l’eau et la déshydratation aggrave souvent leurs symptômes.
Des accrochages réguliers
En 2007, quelque 252 000 personnes vivant dans des zones rurales ont eu accès à des soins de santé primaires dans les 6 dispensaires que soutient le CICR au Darfour. Grâce à ce soutien, plus de 111 000 consultations ont été données, et pas moins de 72 000 doses de vaccin administrées.
De ces consultations, plus de 15 000 ont consisté en des services prénataux et postnataux pour les femmes enceintes et les nouvelles mamans et leurs bébés.
Des équipes médicales mobiles se sont rendues dans des villages isolés pour donner des soins préventifs et curatifs de base aux habitants, leur distribuant notamment de la vitamine A et des compléments alimentaires iodés.
Le CICR apporte son soutien au ministère de la Santé pour l’organisation de campagnes de vaccination dans des régions difficilement accessibles aux pouvoirs publics. Il l’a ainsi aidé à mener à bien des campagnes de vaccination contre la polio, qui ont permis d’immuniser plus de 46 000 enfants âgés de moins de 5 ans.
Sur les pentes méridionales du Jebel Marra, le CICR soutient un autre centre de santé, dans le village de Golol. Ce dernier est resté aux mains de l’opposition SLA depuis le début du conflit. Environ 15 000 personnes, toutes d’origine Fur, habitent le village et ses environs immédiats. Golol se situe à seulement sept ou huit kilomètres de la petite ville de Thur qui est en zone gouvernementale. La ligne de front passe à proximité et la région, si elle a connu des affrontements sérieux par le passé, reste régulièrement le théâtre de petits accrochages entre rebelles et soldats de l’armée soudanaise.
Depuis le début de la guerre, la population de Golol a considérablement augmenté avec l’afflux des déplacés. La clinique locale emploie sept personnes. Jusqu’à 70 consultations sont données chaque jour, en majorité à des femmes et à des enfants, souvent pour des cas de diarrhées ou de paludisme. Comme à Gorne, depuis le début 2006, le CICR délivre chaque mois des médicaments à Golol, et contribue au salaire du personnel médical. Au niveau des infrastructures, l'organisation prévoit d'agrandir en 2008 le bâtiment existant afin d'inclure trois salles de consultation supplémentaires.
Enfin, le CICR met aussi l’accent sur la prévention des maladies par une meilleure hygiène publique et s’applique à accroître autant que possible les compétences du personnel. En effet, contrairement aux habitants de Gorne, qui ont la possibilité de se rendre dans les villes en zone gouvernementale en cas de maladie grave, les habitants de Golol, notamment les hommes en âge de combattre, ne peuvent pas risquer de traverser la ligne de front. La petite clinique est leur seule chance de se faire traiter.
La menace des bandits
Retour à Gorne. Halima Shama est née et a grandi ici. Ses trois enfants sont malades. Elle explique au docteur que sa fille aînée Aisha, cinq ans, souffre de problèmes digestifs et son bébé Uthman de quatre mois d’une infection urinaire. Quant à sa fille cadette Hawa, quatre ans, elle n’a pas dormi de la nuit en raison d'une forte fièvre.
Après avoir ausculté ses trois jeunes patients, le docteur rassure leur mère et lui remet des comprimés dans un petit sachet en plastique en lui donnant des instructions précises. Halima paraît soulagée : ses trois enfants devraient retrouver le sourire au plus vite. À la sortie de la clinique, elle croise l'équipe du CICR et leur explique que, trois mois plus tôt, elle aurait dû se rendre à Nertiti pour soigner ses enfants. Le trajet en transport public aurait pris plus d’une demi-journée aller-retour et lui aurait coûté environ 5 dollars US… sans compter le risque d’être dévalisée en chemin par des bandits armés.
"La route n’est pas sûre, et nous n’avons pas les moyens de payer le bus" explique-t-elle. Hussein Adam Uthman, le sheikh du village, renchérit : "La population locale devait il y a quelques mois se rendre jusqu’à Nertiti, ou pire, jusqu’à Zalingei ou Nyala, et passer plus de cinq heures sur la route avant de pouvoir recevoir un traitement adéquat. Avec l’assistance du CICR, la clinique dispose maintenant des médicaments essentiels."