Mayon est originaire de Malakal. Lorsqu’il s’est enrôlé dans l’armée soudanaise, il a été déployé à Bentiu, dans l’État d’Unity. Au cours d’une bataille en 1996, il a été grièvement blessé à la jambe gauche et évacué à Yei avec d’autres blessés pour recevoir des soins médicaux. Après trois mois de traitement, sa blessure s’est infectée et les chirurgiens ont été contraints de lui amputer la jambe au-dessous du genou.
« J’ai pensé que c’était la fin, explique-t-il. J’étais perdu et ne savais pas par où recommencer ma vie. » Il est resté en convalescence à l’hôpital de Yei durant sept mois.
Il reprend : « Lorsque je suis sorti de l’hôpital, je suis rentré chez moi, à Malakal, pour retrouver ma femme et mes huit enfants. J’étais heureux de revoir ma famille après cette terrible épreuve. » Loin de se laisser décourager, Mayon a aménagé un atelier de menuiserie et s’est mis à fabriquer des meubles pour mieux gagner sa vie.
Au moment où il se réinsérait dans la vie civile, il a entendu parler du CICR et de son programme d’aide en faveur des blessés de guerre amputés. Il s’est alors rendu au bureau du CICR de Malakal, qui coordonne le transfert des blessés de guerre amputés au Centre national de prothèses et d’orthèses à Khartoum.
Une plus grande mobilité
Avec le soutien du CICR, Mayon a pu se rendre à Khartoum en 2001. « Mon seul souhait était de pouvoir remarcher sans béquilles », raconte-t-il. Et son souhait s’est réalisé : un mois plus tard, l’ancien soldat a pu rentrer chez lui, à Malakal, en marchant normalement grâce à une prothèse. Hélas, il n’était pas au bout de ses peines.
En novembre 2006, Malakal a été le théâtre de violents affrontements armés. La maison de Mayon se trouvait à proximité du lieu des hostilités. Sa famille a quitté la maison avec des voisins, tandis qu’il est resté sur place pour s’assurer que ses biens ne seraient pas pillés. Il a finalement été contraint de fuir, car les affrontements s’intensifiaient. Lorsqu’il est sorti de sa maison, une explosion l’a grièvement blessé à la jambe droite, endommageant également sa jambe artificielle. Après avoir été secouru et à nouveau admis à l’hôpital de Yei, il a dû être amputé de la jambe droite.
À nouveau sur pied
En juin 2007, il a été transféré à l’atelier orthopédique soutenu par le CICR à Juba, où il a été équipé de nouvelles prothèses et a réappris à marcher.
« Le jour où j’ai rencontré Mayon à l’atelier orthopédique, il s’exerçait à marcher de long en large dans la cour avec ses nouvelles jambes, raconte Denver Graham, un orthoprothésiste du CICR. Il m’a fait un grand sourire, qui laissait transparaître sa joie de pouvoir marcher à nouveau. Quelques jours plus tard, nous l’avons accompagné à l’aéroport pour un vol à destination de Malakal. Son excitation n’a fait que croître à l’idée de retrouver sa famille. Quelques minutes avant le décollage, il parlait de l’avenir avec un enthousiasme et un courage remarquables. Je suis heureux d’exercer un travail qui me permet de rencontrer au quotidien des gens qui, comme Mayon, parviennent à déployer une force inouïe pour surmonter des événements aussi traumatisants. »
Ni la guerre ni la paix n’ont épargné Mayon, en tant que soldat et civil. Il a néanmoins survécu à la perte de ses deux jambes avec l’aide du CICR. « Son sourire était la preuve qu’il avait triomphé de ces circonstances tragiques », souligne Graham.