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14-09-2007  Éclairage  
Sud-Soudan : deux fois rescapé de la guerre
Quoique le conflit qui a opposé le nord et le sud du Soudan ait pris fin en 2005, nombre de ses victimes luttent encore pour reconstruire leur vie. Mayon Deng a 42 ans. Il s’est engagé dans l’armée soudanaise en 1984 et a été démobilisé en 1996 après avoir perdu sa jambe gauche au combat. En novembre 2006, sa jambe droite a dû être amputée à la suite d’affrontements dans son village. Robin Waudo, délégué du CICR chargé de la communication à Juba, raconte l’histoire de cet ancien soldat.

Mayon est originaire de Malakal. Lorsqu’il s’est enrôlé dans l’armée soudanaise, il a été déployé à Bentiu, dans l’État d’Unity. Au cours d’une bataille en 1996, il a été grièvement blessé à la jambe gauche et évacué à Yei avec d’autres blessés pour recevoir des soins médicaux. Après trois mois de traitement, sa blessure s’est infectée et les chirurgiens ont été contraints de lui amputer la jambe au-dessous du genou.

« J’ai pensé que c’était la fin, explique-t-il. J’étais perdu et ne savais pas par où recommencer ma vie. » Il est resté en convalescence à l’hôpital de Yei durant sept mois.

Il reprend : « Lorsque je suis sorti de l’hôpital, je suis rentré chez moi, à Malakal, pour retrouver ma femme et mes huit enfants. J’étais heureux de revoir ma famille après cette terrible épreuve. » Loin de se laisser décourager, Mayon a aménagé un atelier de menuiserie et s’est mis à fabriquer des meubles pour mieux gagner sa vie.

Au moment où il se réinsérait dans la vie civile, il a entendu parler du CICR et de son programme d’aide en faveur des blessés de guerre amputés. Il s’est alors rendu au bureau du CICR de Malakal, qui coordonne le transfert des blessés de guerre amputés au Centre national de prothèses et d’orthèses à Khartoum.

Une plus grande mobilité

Avec le soutien du CICR, Mayon a pu se rendre à Khartoum en 2001. « Mon seul souhait était de pouvoir remarcher sans béquilles », raconte-t-il. Et son souhait s’est réalisé : un mois plus tard, l’ancien soldat a pu rentrer chez lui, à Malakal, en marchant normalement grâce à une prothèse. Hélas, il n’était pas au bout de ses peines.

En novembre 2006, Malakal a été le théâtre de violents affrontements armés. La maison de Mayon se trouvait à proximité du lieu des hostilités. Sa famille a quitté la maison avec des voisins, tandis qu’il est resté sur place pour s’assurer que ses biens ne seraient pas pillés. Il a finalement été contraint de fuir, car les affrontements s’intensifiaient. Lorsqu’il est sorti de sa maison, une explosion l’a grièvement blessé à la jambe droite, endommageant également sa jambe artificielle. Après avoir été secouru et à nouveau admis à l’hôpital de Yei, il a dû être amputé de la jambe droite.

À nouveau sur pied

En juin 2007, il a été transféré à l’atelier orthopédique soutenu par le CICR à Juba, où il a été équipé de nouvelles prothèses et a réappris à marcher.

« Le jour où j’ai rencontré Mayon à l’atelier orthopédique, il s’exerçait à marcher de long en large dans la cour avec ses nouvelles jambes, raconte Denver Graham, un orthoprothésiste du CICR. Il m’a fait un grand sourire, qui laissait transparaître sa joie de pouvoir marcher à nouveau. Quelques jours plus tard, nous l’avons accompagné à l’aéroport pour un vol à destination de Malakal. Son excitation n’a fait que croître à l’idée de retrouver sa famille. Quelques minutes avant le décollage, il parlait de l’avenir avec un enthousiasme et un courage remarquables. Je suis heureux d’exercer un travail qui me permet de rencontrer au quotidien des gens qui, comme Mayon, parviennent à déployer une force inouïe pour surmonter des événements aussi traumatisants. »

Ni la guerre ni la paix n’ont épargné Mayon, en tant que soldat et civil. Il a néanmoins survécu à la perte de ses deux jambes avec l’aide du CICR. « Son sourire était la preuve qu’il avait triomphé de ces circonstances tragiques », souligne Graham.

L’atelier orthopédique de Juba

Le CICR travaille en coopération avec le Gouvernement du Sud-Soudan dans le cadre de l’atelier orthopédique de Juba, pour venir en aide aux blessés de guerre amputés et aux handicapés physiques. Le programme de rééducation a commencé à Juba en 2006, après la fermeture du centre orthopédique de l’hôpital de Lopiding, dans le nord du Kenya. Avant le mois de juin 2006, tous les patients du Sud-Soudan étaient transférés à Lopiding ou à Khartoum pour avoir accès à une assistance médicale.
  • 50 % des patients sont des victimes de guerre et 21 % des victimes de mines ;
  • les patients sont âgés de 4 à 75 ans ;
  • 241 patients ont été pris en charge à Juba entre janvier et mai 2007 ;
  • 19 Soudanais ont suivi une formation de techniciens orthopédistes et physiothérapeutes à Khartoum, au Rwanda et en Tanzanie ;
  • 100 patients seront pris en charge chaque mois dans le nouveau Centre de rééducation de Juba actuellement en construction.

  • ©ICRC/R. Waudo
    Mayon Deng marche avec ses membres artificiels durant une séance de rééducation à l’atelier orthopédique de Juba.

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    14-09-2007