Le conflit du Darfour a profondément bouleversé la vie de millions de personnes, notamment pour ce qui touche à leurs moyens d’existence. À l’époque où le conflit a éclaté, il y a eu des déplacements massifs de personnes, les habitants des zones rurales n'ayant eu d'autre choix que de fuir leur foyer pour se réfugier dans des camps installés en périphérie de centres urbains défavorisés.
Si plus de deux millions de personnes ont fui vers ces camps, beaucoup d’autres sont restées dans leur village, où elles s’arrangent comme elles le peuvent pour survivre au quotidien. Dans le but d’éviter de nouveaux déplacements, le CICR a entrepris d’aider les habitants de villages reculés à préserver leurs moyens d’existence. Oré est un de ces villages.
La préparation est essentielle
Avant de se rendre dans les villages, il est nécessaire de planifier les opérations. Pouvoir accéder à Oré en toute sécurité est une priorité. Avant donc qu’une équipe soit envoyée sur le terrain, le CICR doit impérativement obtenir des garanties de sécurité de toutes les parties au conflit. Un camion d’une capacité suffisante pour transporter tout le matériel nécessaire, dont des pièces destinées à remettre en état des pompes à eau manuelles, est prêt à partir. Une fois que tous les détails auront été réglés, l’équipe de techniciens et d’ingénieurs du CICR pourra démarrer.
Le village d’Oré est situé à proximité de la ville d'Abata, à plus d'une heure de route de Zalingei, vers le nord (Darfour Ouest). Il est constitué de quelques 150 huttes et compte 650 habitants. La route qui conduit à Oré traverse le lit de larges rivières saisonnières qui sont actuellement sèches, la saison des pluies ne commençant qu'en juin.
Comme les routes qui y mènent sont sablonneuses, le village n’est accessible que par charrettes à ânes, véhicules tout-terrain et camions. En chemin, on traverse un paysage de villages en ruines dispersés de part et d'autre de la chaussée, témoins de ce qu’a vécu le Darfour ces quatre dernières années de conflit.
Réparation de pompes à eau
Au cours de cette dernière saison sèche, la quasi totalité des rivières a été asséchée au Darfour Ouest. Dans les petits villages, la moindre goutte d'eau vaut son pesant d'or. C’est la première chose que fait remarquer un habitant du village, Sheikh Adul Karim Adam Abakar : « Avant le début du conflit, il y a quatre ans, nous possédions des troupeaux de moutons, de vaches et de chameaux. Les gens du village étaient heureux. Aujourd’hui, la vie est dure. L’eau est ce qu’il y a de plus important pour nous. Nous avons un besoin urgent d'eau potable. »
À Oré, la seule pompe à eau manuelle du village a été endommagée début janvier. Lorsqu'elle a cessé de fonctionner, les habitants se sont adressés au dispensaire d’Abata. Ils ont expliqué ce qui leur arrivait à un volontaire du Croissant-Rouge. En attendant que les techniciens du CICR viennent la réparer, ils ont dû creuser le lit de la rivière jusqu’à une profondeur d'un mètre pour trouver de l’eau.
Au moment où elle est puisée, l’eau est généralement contaminée une seconde fois, soit que les gens se tiennent dans le trou et la souillent de leurs pieds, soit qu’ils utilisent des récipients qui ne sont pas propres, ou encore qu’ils ne se sont pas lavé les mains. « Cela demande beaucoup de temps et d’efforts de puiser quelques litres d’eau pour les besoins quotidiens d’une famille. Et souvent, nos gens tombent malades à cause de cette eau », précise Abdul.
L’équipe du CICR fut accueillie à Oré par des hordes d’enfants venus saluer les nouveaux venus. Par cette chaude après-midi, ils savaient qu’il allait se passer quelque chose d’important. Ils s’installèrent alors à l’ombre du camion du CICR et attendirent patiemment jusqu’à ce que la pompe soit réparée.
Dès qu’ils virent les premières gouttes couler, ils s'agglutinèrent autour de la pompe, tendant leurs petites mains pour boire et laver leur visage. Certains coururent chez eux chercher des jerrycans et des cuvettes pour les remplir. « La quantité moyenne d'eau nécessaire à la survie est de 15 litres par personne et par jour. Il est très important pour les habitants d'Oré d'avoir pu remettre en état la pompe manuelle », expliquait Moubarak Abdulrahman, ingénieur du CICR.
Lorsque l’eau commença à jaillir, tant les techniciens du CICR que les habitants d’Oré apparurent heureux et satisfaits. « C’est un nouvel encouragement pour le CICR à en faire encore davantage. Et pas seulement pour ce village, mais pour d’autres encore. Le sourire des enfants est ce qui nous stimule le plus à continuer de faire notre travail », déclarait Biserka Pop-Stefanija, un hydrotechnicien du CICR.
Une lutte acharnée pour les ressources
Le gros de la population du Darfour est constitué d’éleveurs nomades ou d'agriculteurs. Les éleveurs vivent de leurs chameaux, de leurs chèvres, de leurs moutons et de leurs vaches. Ils se sont retrouvés appauvris par le conflit, en raison d’un accès restreint aux routes migratoires traditionnelles, aux pâturages et à l'eau, ainsi qu’à cause des vols de bétail et de l’interruption des services vétérinaires.
La situation des agriculteurs n’est pas plus enviable. Le manque de sécurité a limité leurs mouvements et les ont empêchés de vaquer à leurs occupations. C’est notamment le cas dans le village d’Oré. « Bien que la dernière récolte ait été assez bonne, nous craignons que la nourriture vienne à manquer. Nous redoutons aussi à tout moment qu'il nous arrive quelque chose. Ici, c’est chez nous, et notre vie est ici. Nous avons une maison ; nous avons une famille ; nous avons des terres. Je ne peux pas quitter le village. Je ne peux pas déménager. Nous aspirons à vivre normalement, mais c'est impossible », se lamente Sheikh Adbul.
Et Biserka de conclure : « Les habitants du village apprécient la présence de l'équipe du CICR. C'est pour eux l'occasion de parler de leurs problèmes. Ce qui les inquiète tous au plus haut point, c'est l'insécurité. Le conflit armé du Darfour conditionne non seulement leur vie quotidienne, mais également leur avenir. »