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20-06-2007 Éclairage Darfour : comment une jeune femme échappe à la violence Sousan est l’une des centaines de milliers de personnes que la violence qui prévaut dans la région soudanaise du Darfour a contraintes à fuir de chez elles. Déplacée à deux reprises pour échapper à la mort, elle raconte son histoire à David Ito, un collaborateur du CICR. Sousan (nom d’emprunt), qui approche aujourd’hui la trentaine, grandit dans une famille d’agriculteurs de 17 enfants, dans une petite ville du Darfour Sud. Très bonne élève, elle est sélectionnée pour aller étudier à l’université de Khartoum. Mais, faute d’argent, elle reste dans sa famille, aidant aux tâches domestiques et aux travaux de la ferme jusqu’à son mariage avec un homme de la région qui l’emmène vivre à Esheraia, une ville des environs.
La nuit tombée, nous nous sommes arrêtés tous ensemble pour manger et nous reposer.... la crainte était visible sur tous les visage.
Quelques heures après le départ de nos hommes, c’est notre village qui était attaqué. Nous, femmes, enfants et vieillards, nous sommes enfuis pour aller nous cacher.
Le premier jour, nous avons avancé le plus possible, pressés de nous éloigner de là où était le danger. La nuit tombée, nous nous sommes arrêtés tous ensemble pour manger et nous reposer. J’ai regardé autour de moi et mon cœur s’est empli de tristesse : la crainte était visible sur tous les visages ; nous étions si nombreux, et tellement pas préparés à ce qui nous attendait. Ceux qui n’avaient rien pu emporter étaient très reconnaissants envers leurs compagnons qui partageaient avec eux la nourriture qu’ils avaient. C’est une chose que j’apprécie chez mes compatriotes : nous partageons toujours, et spécialement quand tout vient à manquer. Cette nuit-là, nous nous sommes installés sous un couvert d’arbres. Personnellement, je suis restée éveillée jusqu’au matin ; j’avais peur et je ne pouvais fermer l’œil. Et s’ils revenaient nous attaquer pendant la nuit ? Et si je me retrouvais séparée de ma famille et de mon mari ? Que ferions-nous si quelque chose nous arrivait ? Autant de questions auxquelles je ne pouvais répondre, mais qui me remplissaient de terreur.
©CICR/B.Heger/sd-e-00849
Le camp pour déplacés internes de Gereida. Les personnes installées depuis longtemps dans le camp ont construit des abris provisoires.
Ensuite, on nous a distribué des vivres et des articles ménagers de première nécessité : des jerrycans, des casseroles, etc. Jusque-là, la vie avait été très difficile. Mon mari, qui avait quelque argent, avait pu acheter un peu de nourriture au marché, mais nous avions dû nous rationner, car nous ne savions pas combien de temps nous passerions avant de recevoir de l’aide ou de trouver du travail. Il n’était pas facile de faire la cuisine parce que nous n’avions pas d’ustensiles. Nous avions fini par en emprunter auprès d’autres familles, ce qui rendait les repas très irréguliers. Se procurer de l’eau pour cuire, boire et se laver était aussi une tâche difficile, tous les points d’eau étant très éloignés d’où nous étions installés. Dans ces conditions, nous n’avons pas tardé à être sales et à sentir mauvais. Pour moi, c’était la question de l’hygiène qui était le plus difficile. Comme il n’y avait pas de latrines à proximité de notre campement, nous, les femmes, devions attendre la tombée de la nuit pour aller aux toilettes et nous laver. Nous allions loin pour que personne ne puisse nous voir. Grâce à l’aide du CICR, je pouvais aller chercher de l’eau avec mes propres jerrycans, ce qui nous a permis de faire à manger et de nous laver convenablement. Quelques mois plus tard, des latrines ont été installées, et, petit à petit, la situation s’est améliorée. La journée, j’allais chercher du bois pour cuisiner ; pour nous, et aussi pour vendre au marché. C’est ainsi que je pouvais me faire un peu d’argent et acheter des articles que le CICR ne nous fournissait pas. Avec le temps, cependant, la situation sur le plan de la sécurité a commencé à se détériorer aux alentours de Gereida. Des personnes se faisaient dévaliser ou agresser lorsqu’elles sortaient de la ville chercher du bois ou de l’herbe. J’ai alors renoncé à m’éloigner de notre hutte. Sousan et les siens vivent toujours au jour le jour. Un jour, elle apprend que le CICR recrute des collaborateurs. Elle pose sa candidature, puis elle attend des semaines une réponse. Elle commence à perdre espoir, lorsqu’un jour, on l’appelle pour une interview.
©CICR/B.Heger/sd-e-00751
Le camp pour déplacés internes de Gereida. Des enfants souffrant de malnutrition reçoivent des soins dans un dispensaire de campagne du CICR.
J’ai maintenant un bébé, et je m’occupe des deux enfants de feu le frère de mon mari. Mon mari travaille comme enseignant volontaire dans une école pour enfants déplacés à Gereida. Ces derniers mois, un certain nombre de personnes déplacées ont pu retourner dans leur village. Certaines ont même pu recommencer à cultiver leurs champs. Mais chez moi, c’est trop loin ; et puis c’est encore trop risqué de rentrer. Bien que nous vivions mieux que la plupart des autres déplacés installés dans le camp, nous tenons à retourner au village dès que la situation le permettra. Nous espérons que ce sera bientôt, Incha Allah… |