Accueil
  English
  Arabic
  Russian
  Chinese
Aidez les victimes de la guerre : faites un don au CICR aujourd'hui
sudan-stories-300506
30-05-2006  Éclairage  
Darfour : vétérinaires en herbe pour le bétail
Tant de besoins doivent être satisfaits au Darfour, ravagé par la guerre, que former des agents de santé animale au niveau communautaire pour qu’ils puissent gérer des structures vétérinaires peut sembler secondaire. Mais cette action s’avère très précieuse pour les milliers de propriétaires de bétail qui ont vu leurs animaux tomber malades et mourir à cause du manque de soins.

La formation d’agents communautaires de santé animale fait partie intégrante du programme de sécurité économique du CICR au Soudan et a été mise en œuvre pour la première fois dans le sud du pays pendant le conflit, parallèlement à des programmes similaires conduits par d’autres agences.

Le CICR a commencé à former des agents communautaires de santé animale au Darfour Ouest et au Darfour Sud au printemps 2005. Des bergers et d’autres participants ont parcouru de longues distances pour assister aux séances à Garsila, Buram et Nyala.

Au Darfour Nord, suite à une évaluation approfondie des besoins en novembre dernier, un cours de formation élémentaire de 10 jours destiné aux gardiens de troupeaux, aux bergers et aux nomades a eu lieu à Dar Zaghawa. Aujourd’hui, des agro-éleveurs de Dar el Salaam, au sud d’El-Fasher, bénéficient également d’une formation, et un autre cours est prévu pour les nomades qui empruntent les voies migratoires nord-sud autour de Kabkabiye, à l’ouest d’El-Fasher, depuis la nuit des temps.

Le programme de formation des agents de santé animale a un double objectif : d’une part, apporter aux personnes des compétences vétérinaires élémentaires afin qu’elles puissent gérer des centres de soins pour les animaux malades dans les zones qui ne bénéficient pas de services vétérinaires, et d’autre part, leur permettre de le faire en étant financièrement autonomes. Le but du programme est d’être complémentaire aux campagnes de vaccination des animaux organisées par le CICR dans de nombreuses régions du Darfour, sans y être directement lié.

Une mission de suivi, organisée en mars pour évaluer les effets de la formation à Dar Zaghawa, a révélé que les agents de santé animale avaient été bien accueillis à leur retour dans leur communauté et que 90% d’entre eux travaillaient encore à temps plein. Leurs petites cliniques offrent un service essentiel et certains chefs de village ont même demandé à ce que davantage de travailleurs soient formés. Par conséquent, un deuxième cours de formation élémentaire est maintenant prévu à Dar Zaghawa.

Les critères d’admission à la formation d’agent de santé animale sont stricts. Une seule personne par village est autorisée à participer afin d’éviter toute rivalité. Le candidat est choisi par le CICR parmi trois personnes désignées par la communauté elle-même. L’homme choisi doit être marié, posséder du bétail, savoir lire et écrire et s’intéresser à l’élevage. Il devrait par ailleurs être civil, prêt à rentrer dans sa communauté pour y travailler après sa formation et ne pas avoir de lien de parenté avec le cheik du village.

Récemment, un matin, 13 hommes de villages isolés dispersés dans le Darfour Nord se sont rassemblés dans l’enceinte d’une école de filles à Dar es- Salaam et se sont assis sous un grand arbre épineux. C’était le lieu du dernier cours de formation en date organisé en coopération avec le ministère de l’Agriculture et des Ressources animales de l’État du Darfour Nord à El-Fasher.

Au cours des dix jours suivants, les hommes auront appris comment diagnostiquer et soigner diverses maladies animales et comment effectuer des opérations chirurgicales simples. Ils auront aussi suivi des cours sur les parasites, la pathologie et la pharmacologie élémentaire. Une partie de leur formation aura été consacrée aux notions de recouvrement des frais et de création de revenus et une séance aura traité de la diffusion du droit international humanitaire et du travail du CICR.

Ibrahim Al-Tahir, 37 ans, père de six enfants et propriétaire de 20 moutons, d’un certain nombre de poulets et d’un âne, faisait partie des participants. Lorsqu’on lui a demandé si sa famille était heureuse qu’il suive une formation para-vétérinaire, il a répondu avec empressement : « Pas seulement ma famille, tout le village est heureux. »

Un autre étudiant s’est joint à la conversation. « Dans mon village, on n’a plus accès aux services vétérinaires », dit-il, ajoutant : « En ce moment, nous nous contentons de soigner nos vaches, nos moutons et nos chèvres avec les médicaments que nous avons à disposition et nous espérons que ça marchera. »

Au mieux, le Darfour est un endroit peu accueillant pour les animaux. Le vaste territoire inhospitalier et désertique est d’une chaleur torride, il manque d’eau et est balayé par des tempêtes de sable qui rendent le ciel rouge brique. De plus, durant la saison des pluies, il connaît souvent des crues subites qui emportent hommes et animaux sans avertissement.

Depuis que le conflit a éclaté au Darfour en 2003, de nouveaux problèmes ont encore aggravé l’existence déjà précaire des troupeaux. Aujourd’hui, les voies migratoires sont coupées à cause des combats et il est impossible d’accéder aux services vétérinaires et aux marchés qui vendent des médicaments, dans des villes isolées au-delà des lignes de front. De leur côté, les vétérinaires qualifiés du gouvernement basés à El-Fasher, la capitale administrative du Darfour Nord, ne sont plus en sécurité lorsqu’ils se rendent dans nombre de zones rurales.

Mais la participation des vétérinaires est essentielle au programme de formation des agents de santé animale, car ce sont eux qui dirigent les cours de formation. Par conséquent, le CICR obtient les garanties sécuritaires nécessaires pour leur permettre de se rendre sur les lieux de formation et les conduit dans ses véhicules pour faire le trajet aller et retour.

C’est un processus qui fait l’unanimité.

Un élément essentiel de la formation est le « kit de démarrage » que chaque participant reçoit à la fin du cours. C’est un grand coffre de métal argenté qui contient entre autres les médicaments, les instruments et le matériel essentiels dont chaque homme aura besoin pour mettre sur pied un petit dispensaire vétérinaire à son retour chez lui. Vu qu’il aura acquis des notions de recouvrement des frais durant sa formation, il est attendu de lui qu’il réapprovisionne son stock en percevant une modique somme pour les médicaments qu’il prescrit et les services qu’il dispense.

Sous l’arbre épineux, Ibrahim Al-Tahir se prépare pour la première séance. En se levant, il fait remarquer :

« Former une seule personne dans chaque village ne suffit pas à satisfaire tous les besoins, mais c’est beaucoup mieux que rien. »

« Je suis d’accord », ajoute Abdul Al-Mutalib Yahya, un autre participant.

« La saison des pluies approche et le bétail va tomber malade. Vu qu’aucun vétérinaire ne vient au village, nous devons savoir comment soigner les animaux nous-mêmes. »

©CICR/J. Barry
Les participants sont informés sur le DIH et sur le travail du CICR


©ICRC/J. Barry
Ibrahim Al-Tahir (à gauche) avec d'autres participants durant un cours





©ICRC/J. Barry


Partager :
Autres documents dans cette section :
Dans le monde > Afrique > Soudan 


Vers le haut
Accueil | Plan du site | Recherche | Quoi de neuf | Contacts | Copyright | Politique de confidentialité | RSS
© 2008  Comité international de la Croix-Rouge
30-05-2006