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17-11-2007  Déclaration  
Déclaration du CICR sur les femmes
Assemblée générale des Nations Unies, 62e session, Troisième Commission, Point 63 (a) de l’ordre du jour. Déclaration du Comité international de la Croix-Rouge, New York, le 15-17 novembre 2007

Seul le prononcé fait foi


Monsieur le Président, Excellences, Mesdames et Messieurs,

Le CICR est gravement préoccupé par la situation de toutes les femmes touchées par les conflits armés et d’autres situations de violence. Aujourd’hui, nous souhaitons aborder quelques-uns des terribles risques et défis auxquels les femmes doivent faire face dans ces situations.

Pour les femmes, les conflits armés et autres situations de violence peuvent être synonymes de déplacement, de perte de membres de leur famille et de perte de sources de revenu. Toutefois, les femmes s’adaptent et s’organisent, s’assurant que leurs familles et communautés survivent. Leur résistance réfute le cliché des femmes comme étant toujours les plus vulnérables. Néanmoins, la guerre expose les femmes à de grands risques, dont certains d’entre eux, tels que les menaces à la sécurité physique, sont communs à la communauté dans son ensemble. D’autres, tels que la violence sexuelle, peuvent être spécifiques à leur sexe.

Le droit international humanitaire aborde certes de manière appropriée les besoins des femmes dans les conflits armés, mais des efforts plus grands sont requis pour faire connaître la situation tragique des femmes et améliorer le respect du droit international humanitaire.

En tant que personnes civiles, il importe que les femmes soient protégées contre les dangers découlant de la conduite des hostilités et qu’elles puissent vivre sans avoir à appréhender des exécutions illégales, des mauvais traitements, la traite ou l’enlèvement. Ce n’est, hélas pas souvent le cas.

Une des violations les plus fréquentes et les plus traumatisantes dont souffrent les femmes en période de guerre est la violence sexuelle. Le viol et d’autres formes de violence sexuelle constituent des violations graves des règles fondamentales de protection des personnes dans des situations de violence, et si ces violations sont commises à l’encontre d’une personne protégée en vertu du DIH, elles constituent des crimes de guerre. Souvent, la violence sexuelle n’est pas un phénomène isolé. En particulier dans des sociétés où l’intégrité de la communauté et de la famille est liée à la « vertu » des femmes, le viol peut être utilisé délibérément pour déstabiliser des familles et des communautés entières – la seule menace de violence sexuelle peut forcer des communautés entières à quitter leurs foyers. Dans de nombreuses sociétés, une femme qui a été violée encourt un risque élevé de double victimisation : non seulement elle a souffert d’une attaque avec des effets potentiellement graves et durables mais elle risque aussi d’être stigmatisée ou abandonnée par la famille, les amis et la communauté. Il se peut qu’elle élève un enfant non désiré, soit dans la misère économique et victime de crimes dits d’honneur.

Les mesures que le CICR prend pour aider les victimes de la violence sexuelle incluent un soutien médical, psychologique, économique et social, en fonction de leurs besoins. De plus, l’action du CICR vise également à réduire l’exposition au risque de violence sexuelle et à sensibiliser au problème, de sorte que les communautés acceptent les victimes et leur offrent un soutien.

Il est possible de prévenir la violence sexuelle. Il incombe aux États et autres acteurs de mettre en oeuvre les règles interdisant la violence sexuelle. À cet égard, nous notons avec satisfaction les développements récents survenus aux niveaux international et national pour mettre un terme à l’impunité à l’égard des responsables des violations à l’encontre des femmes. Les efforts doivent se poursuivre afin de prévenir cette violation et de mettre en place une assistance adéquate pour ses victimes.

Les risques auxquels les femmes sont confrontées au cours des conflits armés peuvent être plus graves encore lorsqu’elles sont déplacées. Le déplacement prive les civils de la plupart de leurs sources de subsistance – en particulier de leurs terres. Les femmes sont particulièrement vulnérables lorsqu’elles sont chefs de famille, puisqu’elles doivent porter sur elles toute la responsabilité de la survie de leur famille. Les femmes peuvent aussi être victimes d’abus et d’exploitation alors qu’elles tentent d’obtenir de la nourriture et une assistance matérielle, et elles peuvent être en danger si elles quittent un camp pour chercher de la nourriture. Pour vivre dans la dignité, les personnes doivent avoir des sources de revenus, des vivres et d’autres biens, même si ceux-ci deviennent rares en période de conflit et tout particulièrement lors de déplacement. Une assistance appropriée qui tienne compte des besoins des femmes peut réduire les risques spécifiques auxquels elles sont exposées. Par exemple, le fait de leur apporter de l’eau, des rations alimentaires exigeant un temps de cuisson moindre ou des fourneaux à combustible efficaces réduit les besoins que les femmes ont de sortir dans les champs à la périphérie du village et donc les risques à leur sécurité physique. Le CICR, se fondant sur son étude approfondie intitulée « les femmes et la guerre », s’attache à s’assurer que ses programmes et ses activités humanitaires tiennent compte des besoins spécifiques et des perspectives des femmes et leur permettent de rétablir leurs moyens de production pour pouvoir devenir auto-suffisantes.

Une fois le conflit achevé, la situation de la plupart des femmes devient du moins un peu plus facile. Pour les femmes dont les êtres chers sont portés disparus, cela n’est pas nécessairement le cas. Pour elles, la paix n’apporte pas la paix de l’esprit. Au contraire, elles éprouvent une angoisse psychologique de ne pas connaître le sort d’un proche ou de ne pas être en mesure d’achever le processus de deuil. La grande majorité des personnes portées disparues sont des hommes qui ont été enlevés, emprisonnés ou exécutés. Un autre aspect du problème est toutefois souvent négligé : le sort de la femme qui porte la charge émotionnelle et économique d’un membre disparu de la famille, souvent le soutien de famille. Il est fréquent que le statut de personnes disparus ne soit pas officiellement reconnu. Les femmes dont les maris sont portés disparus n’ont donc pas de statut juridique clair – elles ne sont ni épouses ni veuves, ce qui peut avoir une incidence sur leurs droits à la propriété, à l’héritage ou la garde de leurs enfants, leurs perspectives de remariage et leur droit à toute pension ou soutien pouvant exister pour les veuves. Le CICR apporte son concours en leur fournissant une assistance matérielle ou en les soutenant tout au long des procédures administratives lors de la demande d’une aide financière ou de conseils juridiques, et appuie des ateliers psychologiques en faveur des familles des personnes disparues. Il sensibilise aussi les autorités et d’autres organes à la nécessité de soutenir ces familles. Tout devrait être fait pour prévenir les disparitions et clarifier dans les meilleurs délais le sort des personnes disparues. De plus, les États devraient reconnaître la situation des veuves des personnes disparues dans leurs lois et leur fournir l’aide dont elles ont besoin.

Monsieur le Président, Excellences, Mesdames et Messieurs,

Les femmes sont touchées par les conflits armés de diverses manières, dont certaines viennent d’être exposées. On pourrait prévenir ou du moins considérablement atténuer les difficultés que les femmes rencontrent dans ces situations si les normes et règles internationales conçues pour leur protection étaient mieux respectées. Le CICR demande instamment à tous les États de faire respecter la loi.

Merci de votre attention.


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17-11-2007