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18-11-2007  Déclaration  
Promotion et protection des droits de l’enfant
Assemblée générale des Nations Unies, 62e session, Troisième Commission, Point 66 (a) de l’ordre du jour. Déclaration du Comité international de la Croix-Rouge, New York, le 17-19 novembre 2007

Seul le prononcé fait foi


Monsieur le Président, Excellences, Mesdames et Messieurs,

Le CICR est gravement préoccupé par la situation de tous les enfants touchés par des conflits armés. Aujourd’hui, nous souhaitons examiner la situation des enfants recrutés ou utilisés par des acteurs armés, en particulier celle des filles.

Dans une guerre, chacun d’entre nous peut devenir vulnérable. Les filles sont toutefois particulièrement vulnérables aux abus en raison de leur sexe et de leur âge et ces abus peuvent prendre de nombreuses formes. Les combattants peuvent forcer les filles à faire la cuisine, à chercher de l’eau et du bois de chauffe ou à faire leur ménage – et la liste est longue. Il est particulièrement préoccupant que les filles puissent être l’objet d’exploitation sexuelle, d’abus sexuels, d’enlèvement, de mariage forcé ou de grossesse précoce.

La meilleure protection dont les enfants peuvent bénéficier étant celle de rester avec leurs familles, l’impact que la guerre a sur les enfants est étroitement lié à son impact sur les adultes – à la fois sur les hommes et sur les femmes. Protéger toute la population civile en temps de guerre, notamment garder les familles ensemble, contribue donc à protéger tous les enfants – à la fois les garçons et les filles. Le CICR applique ce principe dans toutes ses opérations et recommande vivement d’accorder la plus grande priorité au maintien des familles ensemble, quelles que soient les circonstances.

Monsieur le Président,
Un des nombreux actes illégaux dont les enfants deviennent victimes dans des situations de conflit est le recrutement par les forces armées et les groupes armés. Prévenir le recrutement des enfants et leur participation aux hostilités est de loin le meilleur moyen de protéger les enfants. Le CICR accorde une grande importance à cet aspect dans ses activités sur le terrain et ses autres activités, notamment dans le domaine des lois et des réglementations. Les activités du CICR consistent notamment à faire des représentations aux porteurs d’armes et à toutes les parties aux conflits armés, à promouvoir la connaissance du droit international humanitaire et d’autres règles fondamentales, à contribuer au développement de nouvelles règles humanitaires et à apporter des services directs aux enfants.

Le CICR se félicite qu’un plus grand accent ait été placé sur le recrutement et l’utilisation des enfants dans les conflits armés, à la fois au sein des Nations Unies et parmi certains États et groupes armés. Le CICR a participé à l’élaboration des Engagements de Paris et des Principes de Paris ainsi qu’aux Principes directeurs relatifs aux enfants associés aux forces armés ou aux groupes armés. Ils représentent des outils importants puisqu’ils consolident les meilleures pratiques et renforcent le droit existant. Les principes accordent une grande importance aux jeunes filles recrutées ou utilisées par les parties belligérantes. Alors que les garçons représentent la majorité des enfants soldats, les filles jouent un rôle important pour les forces et les groupes armés : non seulement elles participent directement aux hostilités mais elles font aussi fréquemment l’objet d’abus. Les principes soulignent le fait que les forces gouvernementales, les groupes armés et la société civile partagent la responsabilité de veiller tout d’abord à ce que les enfants ne soient pas recrutés et à assurer leur libération et une réinsertion harmonieuse en cas de recrutement. Le CICR espère vivement qu’un nombre plus élevé d’États adhéreront aux Engagements de Paris.

Le CICR réaffirme qu’il importe que le droit existant, notamment le droit international humanitaire et le droit relatif aux droits de l’homme soient respectés au sein de la communauté internationale, ce qui revêt une importance particulière s’agissant des règles relatives au recrutement des enfants et à leur participation dans les conflits armés. Le CICR demande instamment à tous les États de ratifier le Protocole facultatif se rapportant à la Convention relative aux droits de l'enfant, concernant l'implication d'enfants dans les conflits armés et de mettre en œuvre ses dispositions. Le CICR espère également que le droit international comportera enfin une interdiction totale de toutes les formes de recrutement – volontaire ou involontaire – de toute personne âgée de moins de 18 ans.

Même si les jeunes filles représentent approximativement 40% des enfants recrutés, un pourcentage beaucoup plus petit prend part aux processus de démobilisation. Dans plusieurs contextes où un processus officiel de désarmement, de démobilisation et de réintégration a eu lieu, le CICR a relevé que seul un petit pourcentage de filles a suivi ce processus.

À propos de ces processus, on peut se demander « où sont les filles ? » Notre hypothèse est qu’elles restent souvent inaperçues parce qu’elles deviennent veuves ou exercent d’autres rôles domestiques, et ne sont donc pas considérées comme enfants soldats au même titre que les garçons. De plus, de nombreuses filles qui réussissent à quitter les forces armées ou les groupes armés ne veulent pas suivre un programme officiel de désarmement, de démobilisation et de réintégration, elles ont peur de la stigmatisation qui pourrait en résulter.

Nous estimons que le risque encouru par les filles d’être invisibles devrait être une considération majeure de toute négociation de libération avec les parties à un conflit. Il faut que leur situation tragique fasse l’objet d’une priorité élevée, leurs besoins spécifiques soient satisfaits et leurs points de vue entendus.

Monsieur le Président,

Le fait que les enfants souffrent des effets des conflits armés et d’autres situations de violence est une véritable tache sur la conscience humaine. Il nous incombe de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour faire cesser les souffrances des enfants.

Le CICR relève avec satisfaction que les enfants sont actuellement démobilisés, même dans les conflits qui n’ont pas encore été réglés, ce qui montre clairement que les efforts répétés de la communauté internationale pour mettre un terme à cette pratique apportent des résultats.

Permettez- moi de conclure en répétant que toutes les autorités concernées doivent accorder la plus grande priorité aux besoins spécifiques de protection et d’assistance des enfants – à la fois des garçons et des filles. Il importe que les principes consacrés par le droit international humanitaire et le droit relatif aux droits de l’homme soient appliqués. Espérons que les futurs processus de démobilisation montreront que les leçons du passé ont été apprises.


Merci, Monsieur le Président.

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