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Florence Tercier, conseillère pour le thème femmes et guerre au CICR.
En quoi le déplacement touche-t-il plus particulièrement les femmes ?
Le déplacement a, pour toutes les personnes qui en sont victimes, des conséquences tragiques : perte du cadre de vie, des repères et des sources de revenu et, souvent, séparation d’avec des membres de la famille. En outre, les causes d’un déplacement et les circonstances dans lesquelles il se déroule sont la plupart du temps traumatisantes, qu’il se produise sous la contrainte ou qu’il représente la dernière chance de survie.
Les femmes sont particulièrement touchées par un déplacement, et ce, d'une part, parce qu’elles se retrouvent dans une situation où elles sont exposées à la violence et à l'exploitation ou, quand les hommes de leur communauté sont absents, elles ne bénéficient plus des mécanismes de protection traditionnels et, d'autre part, parce qu’elles doivent assumer à la fois leurs tâches domestiques habituelles et d’autres, en l'absence de leur mari ou des autres hommes de leur communauté. De plus, elles doivent subvenir aux besoins de leurs enfants et assurer leur éducation.
J'ai rencontré des femmes, dans différents contextes, qui doivent quotidiennement prendre des risques, parfois énormes, pour assurer leur propre survie et celle de leur famille. Aller chercher du travail, de quoi manger dans la forêt ou les champs, du bois ou de l'eau peut présenter des risques considérables, et chaque jour s’impose à elles un douloureux dilemme : mettre en balance ces risques avec les besoins immédiats de leur famille.
Il est avéré que les femmes sont particulièrement fortes dans l'adversité et ingénieuses dans les situations de déplacement. Pouvez-vous donner quelques exemples de leur capacité à s'en sortir ?
J'ai eu l'occasion de constater bien des fois que dans des situations de déplacement, les femmes deviennent le pilier central de la famille et de la communauté. Elles savent s'organiser, tant à l’intérieur de leur foyer qu’avec les autres femmes, sur la solidarité desquelles elles peuvent compter. Elles sont amenées à assumer de front plusieurs responsabilités et d'innombrables tâches et elles n'ont pas le choix.
Par exemple, on voit des femmes qui se mettent à exercer des activités qui jusque-là étaient réservées aux hommes de la communauté : maçonnerie, commerce, transport, chargement de camions, notamment. Souvent les femmes créent des coopératives ou des associations où elles peuvent travailler ensemble, se soutenir matériellement ou financièrement, mais aussi moralement.
On s’aperçoit donc que la guerre modifie le statut des femmes, que ce soit au sein du ménage ou au sein de la communauté, justement par le fait qu'elles doivent assumer différentes fonctions et différents rôles. Ces changements peuvent créer une dynamique positive qui les rend plus autonomes et les valorise, mais ils sont aussi parfois lourds de conséquences pour elles et, par conséquent, pour leurs enfants. D'une part, parce qu'elles sont submergées par l’ampleur de leurs responsabilités et de leurs tâches et, d'autre part, parce le rôle important qu'elles jouent et qui sort du cadre social ou culturel dans lequel elles sont habituellement cantonnées est parfois mal perçu.
Quelles sont les activités du CICR spécifiquement destinées à aider les femmes déplacées par la guerre ?
Le CICR s’efforce tout d’abord d’établir le contact avec les femmes pour comprendre la réalité de leur situation, leur vécu, leurs soucis et leurs besoins. En essayant de répondre au plus près à ces besoins, les activités du CICR bénéficient en fait à toutes les personnes qui ont été déplacées à cause d’un conflit armé, par exemple en leur fournissant des abris, des vivres et des biens non alimentaires.
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Camp de réfugié à Farchana, à l'est du Tchad. Marché quotidien.
Certains programmes ont pour but d’aider les femmes à restaurer leurs moyens de production, avec divers types de soutien qui vont de la distribution de semences, d’outils et de matériel agricoles, à des projets plus ciblés, comme l'élevage, la culture et le commerce de légumes, l’exploitation de moulins, en passant par une formation dans des domaines variés adaptée à l’environnement économique de chaque contexte.
Pour limiter les risques d’agression contre les femmes pendant qu’elles effectuent ces tâches, le CICR construit ou réhabilite des points d'eau à proximité des endroits où les femmes déplacées se sont installées.
Les activités menées par le CICR dans le domaine de la santé s’adressent plus spécifiquement aux femmes enceintes, qui reçoivent les soins appropriés avant, pendant et après l'accouchement, ainsi qu’aux femmes victimes de violences sexuelles, qui bénéficient d’un traitement adéquat et d’un soutien psychosocial.
Dans le cadre de la promotion du droit international humanitaire, le CICR fait passer auprès des porteurs d'armes des messages forts pour qu’ils respectent la protection accordée aux femmes.
Enfin, les risques que courent les femmes, tout comme leurs besoins, varient selon les phases du déplacement, à savoir avant et pendant la fuite, durant la période de déplacement et au retour. Ces risques et ces besoins sont considérables et multiples. C'est donc avec les femmes elles-mêmes qu’il faut envisager des solutions pour prévenir les risques et répondre aux besoins liés au déplacement.