Zoran Jovanovic
Quelle est la situation actuelle au Zimbabwe du point de vue humanitaire ?
La situation humanitaire actuelle est particulièrement difficile pour la population zimbabwéenne. Le pays s'était préparé durant des mois aux élections qui ont eu lieu à la fin mars. Fort heureusement, il n'y a eu à déplorer aucun incident et les élections se sont déroulées pacifiquement. Ce n'est qu'après le premier tour des élections que la situation s'est détériorée.
L'annonce officielle des résultats ayant été reportée, la population est devenue très agitée. L'anxiété que beaucoup éprouvaient a finalement dégénéré en une flambée de violence politique, donnant lieu à des incidents certes localisés, mais très préoccupants. Il s'avérerait que de nombreuses personnes ont dû abandonner leur foyer, ont été battues ou se sont senties menacées par les partisans d'un camp politique ou de l'autre. Des meurtres ont même été signalés. Nous attendons maintenant de voir comment la situation va évoluer, notamment en vue du deuxième tour des élections prévu le 27 juin.
©CICR/M. Sithole
Vaccination d'un bébé à la clinique de Nyamukamani dans le district de Makoni. Le CICR fournit des médicaments essentiels et du materiel médical à cette clinique.
En tout cas, et indépendamment des résultats, les besoins humanitaires seront considérables. L'environnement socioéconomique se dégrade rapidement avec une inflation qui échappe à tout contrôle (le taux d'inflation annuel dépasse 1 500 000 %). La situation a des effets négatifs importants sur les services de santé de base et la population.
Le CICR a-t-il été touché par la récente décision du gouvernement de suspendre les activités des organisations non gouvernementales (ONG) au Zimbabwe ?
La semaine dernière, le gouvernement zimbabwéen a informé toutes les ONG (nationales et internationales) actives dans le pays que leurs activités seraient suspendues avec effet immédiat, et ce, jusqu'à nouvel ordre. Il y a deux jours, le gouvernement a précisé que les activités telles que la fourniture de repas scolaires et les soins de santé à domicile n'étaient pas suspendues. Pour l'instant, cette décision ne concerne ni le CICR ni nos partenaires du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Le CICR réalisera ses activités sur le terrain comme prévu.
Nous avons conclu depuis longtemps un accord avec le gouvernement sur les modalités de travail au Zimbabwe et nous restons persuadés que ces modalités continueront d'être acceptées. Nous sommes toutefois très préoccupés par l'impact que la décision de suspendre des activités pourrait avoir sur les personnes bénéficiant de divers programmes mis en œuvre par des ONG dans le pays.
Pouvez-vous nous en dire plus sur les activités du CICR depuis le mois de mars ?
Tout d'abord, la délégation a pu parler avec les personnes éprouvées par la situation actuelle et venir en aide à plus de 800 personnes qui ont souffert des répercussions négatives des événements récents. Elle a également pu entretenir des contacts avec les autorités pour discuter avec elles des problèmes auxquels ces personnes étaient ou sont confrontées.
En outre, nous essayons d'obtenir l'accès aux personnes privées de liberté dont l'incarcération est liée à la situation actuelle au Zimbabwe. L'approche du CICR en la matière consiste à engager un dialogue confidentiel. Gagner la confiance des autorités est capital pour avoir accès aux lieux de détention.
Plus généralement, ces trois derniers mois, nous avons intensifié nos activités, essentiellement dans les domaines des soins de santé primaires, de l'approvisionnement en eau et de l'assainissement. Il y a plus de deux ans et demi, nous avons lancé le tout premier programme de soins de santé primaires réalisé au Zimbabwe par une organisation internationale. Outre les 16 structures sanitaires que nous soutenons depuis deux ans et demi, nous appuyons désormais trois hôpitaux de district en zones rurales et huit polycliniques dans les banlieues très peuplées de Harare. En complément de l'aide médicale qu'il fournit, le CICR apporte un soutien dans les domaines de l'approvisionnement en eau et de l'assainissement, afin de garantir que les centres de santé ont accès à de l'eau potable. Parallèlement, le CICR fournit gratuitement des pièces détachées aux communautés habitant aux alentours des centres médicaux pour leur permettre de réhabiliter les pompes à eau manuelles installées dans leurs villages.
©CICR/T. Sengwe
Des élèves de l'école pirmaire de Tshitatshawa dans le district de Tsholotsho prennent l'eau d'une pompe à eau manuelle réhabilité par le CICR.
Nous veillons à suivre en permanence l'évolution de la situation et à adapter notre action aux nouveaux besoins qui surgissent.
Nous nous employons en ce moment à étendre nos activités dans la ville de Harare, surtout dans les domaines de l'approvisionnement en eau et de l'assainissement, afin d'aider le service national des eaux (Zimbabwe National Water Authority) à distribuer de l'eau de bonne qualité en quantité suffisante.
De quelle façon la population du Zimbabwe est-elle touchée par la crise alimentaire mondiale ?
La situation alimentaire au Zimbabwe est problématique depuis quelques années déjà, et il ne fait malheureusement aucun doute qu'en 2008, le pays devra importer une énorme quantité d'aliments en raison des mauvaises récoltes. Les catégories de personnes qui subiront de plein fouet cette pénurie seront évidemment les personnes vulnérables, les déplacés et les malades. Les personnes privées de liberté risquent d'être touchées plus durement encore. De fait, la hausse des prix des aliments n'est pas prise en compte dans le budget des prisons, et leurs familles auront elles aussi beaucoup de difficultés à les aider.