En 2008, l’Afghanistan, la Colombie, la Géorgie et la Fédération de Russie, l’Irak, Israël, les territoires occupés et les territoires autonomes, l’Ouganda, le Pakistan, la République démocratique du Congo, la Somalie, le Soudan (Darfour), Sri Lanka et le Tchad figuraient parmi les principales opérations humanitaires du CICR. Afin de répondre et de s’adapter en temps voulu aux besoins humanitaires croissants ou imprévus, le CICR a requis 14 rallonges budgétaires distinctes, pour un total de CHF 153 millions. En Somalie, par exemple, le conflit armé associé à la sécheresse et à la crise alimentaire a eu un impact catastrophique sur une population déjà extrêmement vulnérable. Au Pakistan, l’intensification du conflit armé dans le nord-ouest du pays a entraîné des besoins humanitaires croissants, tandis que le conflit armé entre la Géorgie et la Fédération de Russie en août 2008, malgré sa brièveté, a eu des conséquences d’ordre humanitaire étendues, qui ont contraint le CICR à intensifier ses opérations dans la région.
La stratégie de déploiement et d’intervention rapides du CICR adoptée en 2007 a été mise en œuvre avec succès en 2008, non seulement en Géorgie et dans la Fédération de Russie, mais aussi au Kenya, à la suite des violences qui ont suivi les élections (en janvier), au Myanmar, où le CICR a intensifié ses opérations de secours humanitaire après le passage du cyclone Nargis (en mai), au Pakistan, suite au séisme (en octobre), et durant la dernière escalade de la violence à Gaza, qui a débuté en décembre. Ces opérations ont encore une fois montré que le déploiement rapide, associé à la volonté et à la capacité de tenir ses promesses, est indispensable pour obtenir un meilleur accès aux personnes ayant besoin de protection et d’assistance, et constitue donc un élément essentiel de la valeur ajoutée de l’action humanitaire du CICR.
Une des conséquences humanitaires les plus tragiques des conflits armés et d’autres situations de violence à travers le monde est toujours le déplacement de millions de personnes à l’intérieur de leur propre pays, souvent en raison de violations du droit international humanitaire par des parties à un conflit – les femmes et les enfants étant les plus durement touchés. En 2008, plus de 3,77 millions de déplacés internes dans le monde ont bénéficié des activités humanitaires du CICR. Celui-ci a porté secours à ceux qui fuyaient un conflit qui s’intensifiait (comme dans le nord-ouest du Pakistan et à Gaza à la fin de l’année) ou de nouvelles hostilités (notamment en Géorgie et dans la Fédération de Russie). Il a aussi aidé les familles qui les accueillaient (comme dans l’est du Tchad), les personnes déplacées depuis longtemps, souvent dans des contextes urbains (par exemple en Colombie), et les populations rurales vulnérables, afin d’accroître leur autonomie et ainsi prévenir leur déplacement (notamment au Darfour). En 2008 , le CICR a distribué des vivres à 2,8 millions de personnes, principalement des déplacés internes et des populations locales, et des articles de ménage et d’hygiène essentiels à près de 3,3 millions de personnes, tandis que quelque 2,4 millions de personnes ont bénéficié de programmes de production agricole durable ou d’initiatives microéconomiques.
En 2008, plus de 15 millions de personnes dans le monde ont bénéficié des activités du CICR dans les domaines de l’approvisionnement en eau, de l’assainissement et de la construction. En République démocratique du Congo, par exemple, le CICR a fourni de l’eau potable à 187 000 personnes touchées par les hostilités au Nord-Kivu. En Côte d’Ivoire, six ans après le début de la crise en 2002, le CICR a finalement pu confier la gestion du système d’approvisionnement en eau potable qui dessert plus de 1,5 million de personnes dans le nord du pays à l’opérateur privé SODECI.
Quelque 3,4 millions de personnes dans le monde ont bénéficié des activités sanitaires du CICR. L’institution a, par exemple, soutenu des hôpitaux et déployé des unités médicales mobiles dans le nord-ouest du Pakistan, où le nombre de patients blessés par armes a considérablement augmenté dans le courant de l’année, et envoyé des spécialistes de la santé au Zimbabwe pour participer à la lutte contre l’épidémie de choléra qui touchait le pays.
En 2008, le CICR a par ailleurs visité 494 540 détenus, dont 35 892 ont été suivis individuellement dans 2 387 lieux de détention. Le but de ces visites, qui sont fondées sur un dialogue confidentiel avec les détenus et les autorités détentrices, est de prévenir la torture, les mauvais traitements ou les abus, qui violent les droits de l’homme fondamentaux et les principes fondamentaux d'humanité.
Le CICR a pu réduire ses activités dans certains pays où un redressement durable après un conflit a mené à une amélioration considérable de la situation humanitaire. En Sierra Leone, par exemple, sept ans après l'accord de paix, le CICR a fermé sa délégation, bien qu'il conserve un bureau à Freetown sous la supervision de sa délégation en Guinée voisine. Le bureau de Freetown continuera de suivre de près la situation dans le pays et de soutenir certains programmes de la Croix-Rouge de Sierra Leone, notamment ceux qui sont centrés sur le rétablissement des liens familiaux. Et, six ans après la fin de la guerre civile angolaise, le CICR a continué de réduire ses activités en vue de la fermeture, à terme, de sa délégation dans le pays.
Toujours en 2008, le CICR a continué d’explorer les perspectives d’une action humanitaire et de développer ses activités en la matière dans les contextes de violence urbaine, comme au Brésil et en Haïti, où il a notamment veillé à ce que les victimes de violences dans les bidonvilles aient accès aux services médicaux.
Pour qu’il soit accepté par toutes les parties prenantes, il est crucial que le CICR soit vu par chacune d’entre elles comme une organisation utile, crédible et tenant ses promesses. Cela lui permet en outre d’obtenir l’accès à ceux qui en ont le plus besoin et de leur fournir protection et assistance. Le statut humanitaire neutre et indépendant de l’institution, son action et sa communication sont essentiels pour obtenir cette acceptation. Grâce à son statut, le CICR a pu offrir ses services d’intermédiaire neutre à plusieurs occasions en 2008, facilitant la libération de civils ou de combattants capturés ou le transfert de restes humains, notamment en Colombie, au Mali, et entre Israël et le Liban.
Bien que le CICR soit convaincu que les règles actuelles du droit international humanitaire constituent un cadre juridique approprié contenant les dispositions nécessaires pour limiter les souffrances humaines dans les conflits armés, il a encore une fois été très difficile, en 2008, d’amener les parties aux conflits à respecter le droit. Au cours de l'année, des violations intolérables du droit humanitaire ont à nouveau été observées dans de nombreux conflits armés à travers le monde.
Même si le CICR est convaincu que le droit humanitaire est toujours aussi pertinent, cela ne signifie pas qu’il ne soit pas possible ou nécessaire de le développer et de clarifier des notions qui sont devenues essentielles dans le contexte des conflits actuels. La Convention sur les armes à sous-munitions, qui a été ouverte à la signature des États en décembre 2008 et dont le CICR était un des plus ardents défenseurs, est la preuve que le droit international humanitaire peut être développé lorsqu’une forte volonté politique existe. Un autre exemple positif est l’aboutissement, en septembre 2008, d’une initiative intergouvernementale sur les compagnies militaires et de sécurité privées opérant en situation de conflit armé. Les 17 États qui participent à l’initiative ont réussi à réaffirmer et à clarifier les règles applicables aux États et à ces compagnies et à définir de bonnes orientations pratiques pour leurs relations.
Un défi constant, non seulement pour le CICR mais aussi pour la communauté humanitaire dans son ensemble, est de coordonner au mieux les efforts de façon à éviter les lacunes ou le travail à double lorsqu’ils répondent aux besoins. Le CICR remplit son mandat dans le strict respect de sa propre approche humanitaire neutre et indépendante, mais il s’engage en faveur de toutes les initiatives visant à améliorer la coopération et le dialogue entre les organisations humanitaires – lorsque ces initiatives se fondent sur la transparence et la clarté pour traiter de questions fondamentales comme le nombre de bénéficiaires, l’accès et les capacités. Le but ultime d'une meilleure coordination doit être une action humanitaire plus efficace et plus fiable là où elle est le plus utile – c’est-à-dire sur le terrain, pour les victimes d’une catastrophe ou d’un conflit armé. Bien que certains progrès aient été accomplis dans ce domaine, il reste encore beaucoup à faire.
La coopération et la coordination au sein du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ont toujours été d’une importance particulière pour le CICR, et 2008 n’a pas fait exception. Le CICR a entrepris diverses activités avec des Sociétés nationales du monde entier, notamment la fourniture de premiers secours et de soins de santé, la distribution de vivres, le transport de blessés de guerre à l’hôpital et le rétablissement des liens familiaux. Agissant en partenariat avec des Sociétés nationales dans des contextes opérationnels clés – de l’Afghanistan à la Colombie, en passant par la République démocratique du Congo, Israël, les territoires occupés et les territoires autonomes, le Pakistan et la Somalie, pour n'en citer que quelques-uns – le CICR s’est efforcé d’avoir un impact maximal en menant une action humanitaire efficace.
Jakob Kellenberger
Président