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9-10-2003  Éclairage  
Numéro 17 : le nom de mon fils - Serbie et Montenegro
Cedomir Maric est professeur dans un collège technique de Belgrade. En tant que président de l’Association des familles de personnes disparues de la Kninska-Krajina, il s’efforce de retrouver la trace des personnes dont on a perdu la trace dans cette région pendant la guerre des Balkans. Le décès de son propre fils a été confirmé il y a deux ans. Aujourd’hui, il souhaite uniquement récupérer son corps et de l’enterrer comme il se doit. Et clore ainsi un chapitre très douloureux de sa vie.


Cedomir Maric est président de l’Association des familles de personnes disparues de la Kninska-Krajina. En 1995, son fils a disparu durant la guerre dans les Balkans.







«Avec le temps, l’espoir que je reverrais un jour mon fils s’est évanoui».













Zeljko Maric avait 21 ans au moment de sa disparition. Il était saxophoniste dans une fanfare militaire.





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Pour Cedomir, c’est l’espoir qui réunit toutes les familles au sein de l’association. Non pas l’espoir que leurs recherches trouvent une issue heureuse – après toutes ces années horribles, bien peu croit encore que les personnes qu’ils recherchent sont vivantes. Mais plutôt l’espoir qu’il soit au moins possible de récupérer leur corps.

« Avec le temps, l’espoir que je reverrais un jour mon fils s’est évanoui, explique cet homme âgé de 60 ans, né à Knin, qui vit aujourd’hui à Belgrade. Je me suis dit qu’il fallait maintenant regarder la réalité en face, et mon plus grand souhait désormais est de trouver le corps de mon fils pour lui donner des funérailles décentes, ajoute-t-il doucement. Et croyez-moi, je suis certain que les familles qui y sont parvenues se sentent mieux. »
L'histoire des Maric ne diffère guère de celle des 2'728 autres familles actuellement enregistrées comme réfugiées de Kninska Krajina et qui sont toujours en train de chercher des indices concernant d'autres membres disparus de leurs familles.
Les Maric étaient comblés quand leur fils est venu au monde : après avoir eu deux filles, un fils leur est né. Zeljko est devenu soldat et a rejoint les rangs de l’armée en 1995. Pas sur le front, mais dans une fanfare militaire où il a joué jusqu’au 4 août 1995. Ce jour-là, il a disparu sans laisser de trace.

« Juste un musicien, même pas un soldat »

« Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi il ne s’est pas replié avec le reste de la troupe, déclare Cedomir. Il n’y avait aucune raison qu’il reste… qu’est-ce qui lui est passé par la tête ? Je ne sais pas… Je ne sais vraiment pas. »
Au début, ils n’ont pas imaginé un instant que Zeljko pouvait être mort. Leur seul fils était forcément vivant, en prison peut-être. « C’était juste un musicien, même pas un soldat. Il n’a jamais fait de mal à une mouche », murmure son père. Et ensuite une lueur d’espoir : le Comité international de la Croix-Rouge se chargeait de rapatrier certains prisonniers de guerre libérés de différents lieux de détention en Croatie.
« Quand le premier groupe de prisonniers de guerre est arrivé à Belgrade en bus, j’étais là mais je me suis vite rendu compte que mon fils ne se trouvait pas parmi les passagers. J’ai montré sa photo à plusieurs d’entre eux pour voir s’ils savaient quelque chose de lui. Lorsqu’un deuxième groupe de prisonniers de guerre a été libéré, ce fut de nouveau une déception. J’étais totalement anéanti. »
« Un peu plus tard, un troisième et dernier groupe de prisonniers de guerre est arrivé. Je n’ai pas eu la force d’y aller. C’est mon frère qui y est allé à ma place. Les nouvelles qu’il a rapportées n’étaient pas bonnes. »
« Ma femme a continué à espérer, il y avait tellement d’histoires qui circulaient… que certains prisonniers de guerre creusaient un tunnel pour s’échapper, que des familles croates avaient en quelque sorte adopté des garçons serbes pour les sauver. Mais je savais que tout cela n’était que chimères. Et un jour j’ai dit : «Ça suffit. » Je ne voulais plus vivre dans cette angoisse et cette souffrance que nous nous infligions à nous-mêmes. »

Accepter une réalité douloureuse

Le cauchemar est devenu réalité lorsque, président de son association, il a reçu un rapport du Comité Helsinki de Croatie. Y était joint une liste de soldats serbes décédés ainsi que plusieurs témoignages confirmant les faits. Et là, sous le numéro 17, figurait le nom de son fils, suivi d’un témoignage anonyme.
« Aujourd’hui encore, je ne peux pas dire que je suis absolument sûr que ce soit vrai, mais vu le nombre d’années écoulées et la fiabilité de la source, je crois effectivement que c’est la vérité. Mais apprendre la nouvelle ne fut pas le plus dur. Le plus dur fut de l’annoncer à ma femme. »
Celle-ci n’a pas versé une seule larme. « Elle est comme ça, elle garde sa douleur pour elle », dit Cedomir. La première fois qu’il l’a entendue pleurer, c’est l’année dernière, au cimetière où est enterrée toute la famille, à Knin. Il a alors compris qu’il était temps qu’ils en parlent tous les deux s’ils voulaient panser leurs blessures.
« Ce que nous espérons maintenant, c’est retrouver son corps. On parle souvent d’exhumation et de ce que nous ferons quand nous trouverons son corps, où nous l’enterrerons. Et, croyez-le ou non, en parler nous fait du bien. »

Zeljko Maric avait 21 ans lorsqu’il a disparu sans laisser de trace. Il jouait du saxophone dans une fanfare militaire.

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